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Full text of "Pamphilus; ou, L'art d'être aimé: comédie latine du Xe siècle, précédée d'une étude critique & d ..."

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FREDERICK ATHEARN LAME 

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Owaf 1849 



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L'q41{T rD'ET1{E C^IdMÉ 



COMÉDIE LATINE DU X* SIÈCLE 



PRÉCÉDéE 



D^UNE ETUDE CRITIQUE & D'UNE PARAPHRASE 



PAR 



Adolphe BAUDOUIN 

Ancien Élève de l'école des Chartes 



PARIS 

LIBRAIRIE MODERNE 
23 — Boulevard Montmartre — 23 

1874 



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xous DROITS jeiM:s£:b.vês. 



TABLE DES CHAPITRES 



Pages. 
I. Roswitha. — M. Aschbach et la critique allemande. — 
Renaissance littéraire du xe siècle i 

n. Hfstoire critique delà comédie de Pamphile. — Le manus- 
crit d'AurilIac. — Concordances du Pamphile avec des poè- 
mes contemporains. — Encore un critique allemand, 
M. Jacques Grimm. — Témoignages de grammairiens des 
xne et xiue siècles 26 

m. Les mœurs du xe siècle d'après la comédie de Pamphile. 65 

ly . Paraphrase du Pamphile 79 

V. Notice bibliographique lû»^^^ 

VI. Texte latin du Pamphile 429 

VU. Notes et pièces justificatives 474 

Vni. Lexique des concordances du Pamphile et de plusieurs 
poèmes du x© siècle 498 



PAMPHILUS DE AMORE 



COMÉDIE LATINE DU X^ SIÈttE 



En novembre i839 , M. Charles Magnin, Fauteur 
de l'Histoire des Marionnettes, publiait dans la 
Itevue des Deux Mondes une étude intitulée : La 
Comédie au x® siècle. Titre paradoxal , car il tend à 
renverser l'opinion qu'on s'est formée de cette 
période et contredit sans ménagements ce qu'on 
sait des origines du théâtre moderne; mais titre 
plus grand que son objet : les œuvres de Roswitha- 
Je ne doute pas que M. Magnin ne se fût fait illu- 
sion à lui-même. Un érudit qui voue sa vie à 



— 2 — 

créer une notion nouvelle , et c'est bien son cas à 
lui , aborde presque toujours ses recherches avec 
une idée préconçue. Ce n'est pas une petite affaire 
que d'affirmer ce que personne n'a encore dit 
expressément , de la manière et dans le sens qu'on 
le veut dire. Les preuves qu'on réussit à se procu- 
rer ne sont guère probantes : ce sont presque tou- 
jours des riens. On les cote pourtant, on les classe; 
par un artifice dont on est souvent dupe soi-même, 
on s'ingénie à en graduer la valeur, comme quel- 
qu'un qui rangerait des zéros par rang de taille , 
substituant à l'idée de nombre celle de dimension. 
Mais aussi quand on a cette fortune de rencontrer 
une chose qui vaut réellement par elle-même , on 
subit d'une manière inévitable la loi de proportion 
qui régit tous les esprits. On ne la regarde pas des 
mêmes yeux qu'un indifférent. On ne la voit que 
par rapport aux choses que l'on considère d'habi- 
tude; on la croit grande parce qu'elle vous le 
paraît. C'est ainsi que M. Magnin a envisagé les 
œuvres de Roswitha, que j'appellerai peut-être 
Hroswitha, quand je saurai l'allemand. En réalité, 
rien de plus pauvre, même pour le x® siècle, 
rien de moins dramatique que les drames de cette 
bonne religieuse. 

Les six pièces qu'on honore du nom de comédies 
sont tout simplement des légendes, et quelles 
légendes I Les moins édifiantes, je n'ose pas dire les 
plus déshonnêtes qu'ait peut-être enfantées l'ha- 



— 3 — 

giographie, où il n'y a pas d'intrigue, pas d'autre 
caractère que celui de Tascète, pas d'autre passion 
que celle de l'absolu religieux. Pour épisodes , de 
mortelles dissertations découpées dans Boëce , sur 
la théorie des nombres et sur la musique ; c'est ce 
que Roswitha appelle des poils qu'elle a arrachés 
du manteau de la Philosophie pour en soutacher 
son ouvrage. Tout cela dialogué dans un latin 
d'emprunt, avec la gaucherie teutonne et une 
platitude, dont, un peu de patience aidant, on finit 
pourtant par s'amuser. Roswitha qui est peut-être 
candide malgré les apparences , mais qui n'est pas 
modeste, s'imagine de bonne foi qu'elle a imité 
Térence. Elle avoue même ingénuement que c'est 
pour lutter contre lui, pour lui disputer les 
lectrices qu'il avait conquises jusque dans le cloî- 
tre de Gandersheim, qu'elle a composé ses ouvra- 
ges. Elle est toute étonnée de n'y avoir pas réussi ; 
elle s'en plaint, c'est la première femme incomprise 
des littératures modernes. M. Magnin, tout fin 
lettré qu'il est , s'en montre presque aussi mortifié 
qu'elle. Il a vu tant de choses dans ces moralités 
du X® siècle I II s'efforce de persuader à ceux qui 
le lisent que telle pièce est d'une gaieté digne de 
Molière I que telle autre ne le cède pas aux plus 
tragiques de Shakespeare. Il institue un parallèle 
en règle entre Callimachus et Roméo et Juliette. Je 
crois bien qu'au fond , il a peur que quelqu'un 
n'ait envie de connaître directement ces merveilles 



{ 



— 4 — 

et ne vienne, en ce cas, à douter de son goût. Il 
avertit , en effet , que comme en peinture , il y a 
une manière d'apprécier Raphaël et une manière 
d'apprécier le Pérugin , il faut n'aborder Roswitha 
qu'avec une admiration à tempéraments. Mais il est 
convaincu que celle des spectateurs contempo- 
rains, moins difficiles que nous, a été sans réserve. 
Car, sa thèse l'y pousse, il veut absolument que 
ces comédies aient été représentées à Gandersheim, 
devant la Cour de Germanie , comme Esther le fut 
à Saint-Cyr, devant Louis XIV. Il croit apercevoir 
partout des didascalies , entendez : des indications 
de jeux de scène, et il prend sa part des impres- 
sions qu'elles ont dû causer sur un public d'il y a 
800 ans. 

Ce pauvre M. Magnin I II est bien heureux pour 
lui qu'il soit mort I La science allemande , vous 
savez, cette terrible science allemande, qui. voit 
tout, qui connaît tout, qui n'est pas dupe, qui 
déniche tous les mystères et déchire tous les voiles. . . 
elle a découvert , il y a de cela sept ans , que Ros- 
witha n'a jamais existé. Le célèbre M. Aschbach , 
dont la critique égale l'érudition, l'a envoyée re- 
joindre Homère (1). Je ne dirais peut-être pas 

(i) Voir dans la Revus de V Instruction publique ( Hachette ) , du 
24 octobre 1867, une lettre de M. Léon Bore, professeur de littérature 
étrangère à la Faculté de Dijon , sur Roswitha et l'authenticité de 
ses œuvres. C'est une traduction d'un article signé R. R., inséré 
dans le Beilage zur Allgemeinen Zeitung de la Gazette d'Augsbourg, 
du 44 septembre i 867. 



comment il s'y est pris, si le procédé dont il s'est 
servi n'était banal en Allemagne , et s'il n'impor- 
tait de le faire connaître. Dernièrement encore , 
M. Hommsen en usait devant l'Académie de Berlin, 
pour rayer de l'histoire le nom de Coriolan. Et ce 
serait chose faite , si le savant et judicieux profes- 
seur de Bàle, M. Baschauffen, n'était venu mettre 
le holà (1). 

Depuis que les beaux jours de la théologie et de 
la philosophie sont passés , les Allemands se sont 
mis à traiter l'histoire et la philologie comme ils 
faisaient autrefois la métaphysique. L'esprit de 
système a planté son drapeau sur ces terres autre- 
fois dédaignées de la spéculation. On n'ignore pas 
dans quel état ils ont déjà mis l'histoire romaine 
et l'histoire évangélique. A présent , pour être sur 
de savoir quelque chose en ces matières, il faut s'en- 
rôler dans une secte, il faut appartenir à telle ou 
telle école exégétique, être nieburhien ou monim- 
sénien , comme on est luthérien ou calviniste. Si 
l'on ne prend pas parti on marche droit au scep- 
ticisme, à moins de se retourner piteusement vers 
la vieille orthodoxie classique. C'est là une trans- 
formation de la sophistique. Elle a envahi l'histoire 
de la même façon et pour les mêmes causes qu'elle 
avait conquis la Philosophie au temps de Platon. 

(i) Coriolan devant M. Mommsen, par M. BaschautTen, professeur 
à l'Université de Bâle. (Traduction Giraud Toulon), gr. in-8o, 
Genève , 1870. 



_ 6 — 

Chez une nation naturellement studieuse et raison- 
neuse, un système, s'il est hardi et subtil, appuyé 
sur un fond de savoir et soutenu de quelque talent 
et de beaucoup de présomption , met en mouve- 
ment tous les esprits. Il mène infailliblement à la 
longue , ou ne mène guère la recherche désintéres- 
sée de la vérité : à la réputation , aux honneurs , 
à la fortune. Aussi la science n'est-elle guère probe 
au-delà du Rhin, parce qu'elle y est rarement 
impersonnelle. Pour un savant consciencieux, on 
y voit vingt opérateurs qui font métier d'exciter 
la curiosité de la foule en scalpant les auteurs 
graves. Le malheur, pour ceux-là , c'est qu'il reste 
peu d'auteurs graves dont la réputation soit encore 
incontestée. Dieu me garde de confondre M. Asch- 
bach dans la catégorie de ces savants d'industrie 1 
un critique aussi éminent ne peut pas être des- 
cendu jusqu'à leurs petits calculs , en s'attaquant 
à Roswitha. A la vérité, les Allemands étaient 
très-fiers de cette bonne fille. Elle était pour eux 
une gloire nationale , et leur culte pour le génie 
de leur race, que les dédains de Voltaire ont 
rendu quelque peu farouche , s'humanisait jusqu'à 
la tendresse devant ce fleuron précoce et singulier 
de leurs facultés littéraires. Venir briser leur 
idole , c'était dur. Mais la science ( la science de 
M. Aschbach), l'ordonnait, et M. Aschbach ne 
sait pas désobéir à la science. Il n'a donc pas 
hésité à déclarer que les œuvres de la Religieuse 



de Gandersheim étaient une supercherie. Conrad 
Meissel, ou Celtis, c'est-à-dire Burin, comme il 
aimait à se nommer en latin, qui les publia le 
premier à Nuremberg , en 1501 , les aurait inven- 
tées de toutes pièces, à seule fin de fermer la bou- 
che aux Italiens qui déniaient aux Tedeschi les 
facultés dramatiques. Ce diable de Celtis pensait à 
tout 1 On ne le prenait jamais sans vert. Il se douta 
bien qu'on lui demanderait d'où il avait tiré ses 
comédies. Aussi que fit-il ? Il s'en alla trouver les 
Bénédictins du monastère de Saint-Emméran à 
Ratisbonne, et les pria de lui communiquer un 
certain kgendarium écrit de la main d'une cer- 
taine Rosw^itha. Alors un célèbre paléographe, 
Mathieu Pappenheim, lui prêta sa plume pour 
transcrire sur parchemin, en caractères du x® siè- 
cle, les six pseudo-comédies. 

Cette petite œuvre d'art accomplie, on brûla le 
codex original , et à la place on rendit l'autre aux 
Religieux , qui naturellement ne s'aperçurent de 
rien. M. Aschbach a découvert tout cela dans la 
correspondance de Celtis, avec plusieurs de ses 
amis, qui tous se trouvent avoir été ses compli- 
ces. Ce n'a pas été sans peine et sans une prodi- 
gieuse dépense de sagacité qu'il a démêlé cette 
patriotique intrigue , car il n'en est parlé partout 
qu'à mots couvertSi M. Aschbach convient même 
que la correspondance avait été mutilée ; évidem- 
ment à dessein I Oh I les savants fauss^keî& ^\- 



— 8 — 

daient bien leur secret! Quelqu'un d'entre eux 
sans doute avait été trop explicite ! C'est qu'il ne 
fallait pas que l'Empereur en fût informé I II au- 
rait été trop en colère 1 M. Aschbach , a lu dans 
leurs lettres ce qu'aucun de leurs contemporains 
n'y eut su lire. On aura, du reste, une idée , quoi- 
que bien imparfaite, de l'étonnante pénétration 
du critique allemand , quand on saura que l'em- 
prunt du manuscrit, la complicité du paléogra- 
phe , le faux et l'escamotage lui ont été révélés par 
cette petite phrase perdue dans une lettre du mal- 
heureux Pappenheim : « J'ai voué ce secret à 
l'oubli : les flamnîcs l'ont dévoré. » 

Je ne voudrais pas rabaisser le mérite de 
M. Aschbach, mais les résultats qu'il a obtenus 
paraîtront peut-être moins merveilleux quand on 
connaîtra la méthode qu'il a suivie. Evidemment 
s'il avait commencé par lire la correspondance de 
Celtis , les passages qu'il a notés et dont il a tiré 
un si grand parti seraient demeurés pour lui let- 
tres closes. Il n'y aurait vu que des allusions à 
des faits particuliei'S , comme il y en a tant dans 
tout commerce épistolaire, petites énigmes que 
ceux mêmes qui s'écrivent ne sauraient pas tou- 
jours expliquer après quelques années. Mais il ne 
les a abordées qu'après avoir étudié les œuvres 
de Roswitha et pour y chercher la solution d'un 
problème, dont le premier entre les érudits, il a 
reconnu l'existence et posé les termes. En effet , 



— 9 — 

personne avant lui n'avait fait réflexion sur l'excel- 
lente latinité de l'émule des comiques anciens , 
sur l'usage qu'elle fait de l'hexamètre et du vers 
léonin , sur ce qu'elle dit du goût si vif des non- 
nes de Gandersheim pour Térence, sur les con- 
naissances dont elle fait preuve en arithmétique 
et en musique , sur la teinture qu'elle paraît avoir 
du grec , enfin sur sa prédilection pour des sujets 
scandaleux dont sa pudeur aurait dû pourtant 
s'alarmer. Mais tout cela parut d'abord suspect 
au savant M. Aschbach. Etait-il possible que tout 
cela se fût rencontré au x® siècle , en Allemagne , 
chez une femme, chez une religieuse I M. Asch- 
bach aurait pu consulter à cet égard Leibniz et 
Dom Rivet, mais il s'interrogeait lui-même, et 
généralement quand on s'adresse ainsi des ques- 
tions , ce n'est pas pour laisser à d'autres l'hon- 
neur de les résoudre. Et le savant allemand , avec 
une autorité qui s'impose et qui impose se répon- 
dit non , hardiment. Non , car au x® siècle , le latin 
est encore absolument barbare; non, car on ne 
sait alors ce que c'est qu'un hexamètre ; non , car 
on ne peut admettre que des religieuses lussent 
Térence dont elles devaient ignorer même le nom ; 
non , car la princesse Théophanie n'avait pas en- 
core épousé Othon II et donne occasion d'appren- 
dre le grec; non, enfin, car les avenues de l'an- 
tiquité sont à peine frayées en ce temps-là , et 
ne s'ouvriront largement qu'au xvi® siècle. Donc , 



— 10 — 

les comédies de Roswitha n'ont pu être écrites qu'à 
l'époque de la Renaissance; elles sont l'œuvre de 
quelque humaniste; probablement (bientôt il dira 
sûrement) , de leur premier éditeur. Et cela expli- 
que bien le choix des sujets : personne n'ignore le 
goût des érudits de cette époque pour les contes 
libres et les propos graveleux. 

J'ai voulu aller jusqu'au bout pour donner un 
spécimen de ce que l'on appelle critique au delà 
du Rhin. On voit au fond ce que c'est. Il s'agit 
d'approcher des textes et des monuments de l'his- 
toire 5 qui laissent faire naturellement , des machi- 
nes chargées d'arguments plus ou moins lourds 
et pénétrants. Après qu'on les a fait jouer , quand 
tout est censé détruit et rasé au niveau du sol , — 
cela ressemble beaucoup à un jeu d'enfant , — la 
fantaisie du critique s'établit en souveraine sur 
les ruines , fait son choix parmi les démolitions, et 
avec des matériaux qu'il a suffi de désunir, pour 
leur donner , paraît-il , une valeur historique in- 
destructible , elle travaille à élever un nouvel édi- 
fice , disposé à sa convenance celui-là, et mieux 
approprié que l'ancien à ses intérêts et à ses pas- 
sions. Sous sa main , des conjectures qui s'engen- 
drent les unes les autres, s'agrègent et se prolon- 
gent et s'étagent à p'erte de vue, véritables hallu- 
cinations qui ne diffèrent des autres qu'en ce 
qu'elles sont imprimées. En effet , le voyant sem- 
ble si convaincu , il parle avec tant d'autorité , il 



— il — 

se donne un aspect si savant, prend des airs si 
infaillibles , que ceux qui ont quelque notion des 
choses , en veulent presque à leur bon sens de 
regimber contre un tel homme Quant aux au- 
tres, ils bénissent la fortune qui leur a fait trou- 
ver un tel guide dans le pays de Térudition. 

Ce n'est pas que le petit roman de M. Aschbach 
manque d'intérêt. Il est édifiant, il est instructif, 
il apprend aux jeunes générations teutonnes, com- 
ment il faut s'y prendre au besoin , pour épargner 
des souffrances à l'amour-propre national , et on 
ne peut guère lui reprocher de ce chef que de 
déshonorer gratuitement ce pauvre Celtis et ce 
brave Pappenheim. Mais il est d'ailleurs si faible- 
ment imaginé que le bon sens public allemand 
finira tôt ou tard par le condamner. L'innocente 
Roswitha n'en sera toutefois qu'à demi-ressusci- 
tée, car ce que son agresseur dit du x® siècle, em- 
prunte quelque force à des préjugés très-répandus 
et peut peser encore longtemps sur sa mémoire. 
Cela , au fond ,. n'importe guère. Les dialogues de 
la nonne de Gandersheim n'ont qu'une valeur 
historique , et qu'ils soient du x® ou du xvi® siècle , 
ils ne peuvent servir qu'à prouver que le genre 
dramatique n'est pas la faculté maîtresse des com- 
patriotes de Schiller. Mais s'il est indifférent de 
rendre la vie à la victime de M. Aschbach, il ne 
l'est pas de montrer que l'air n'a pas manqué à ce 
dixième siècle , où le savant critique fait le vide 



.-^ — 12 — 

de sa propre autorité, et que des gens d'esprit qui 
connaissaient l'antiquité, qui l'aimaient jusqu'à 
l'imiter assez heureusement , ont pu y respirer et 
s'y mouvoir. Ce n'est pas là d'ailleurs une thèse 
nouvelle. Il y a plus de cent ans qu'elle a été 
posée, soutenue, démontrée aux applaudissements 
de l'Europe savante, par les auteurs anonymes 
de V Histoire littéraire de la France (1). Nos grands 
Bénédictins qui travaillaient obscurément dans le 
seul intérêt de la vérité , pour la seule gloire de 
leur pays et de leur institut, n'avaient aucun 
goût pour ce qu'on appelle les brillants systèmes 
et les paradoxes retentissants. Ils se plaisaient à 
laisser parler les textes. Mais avec quel soin ils 
cherchaient et reconnaissaient les sources ! Avec 
quelle simplicité, mais aussi avec quel ordre et 
quelle précision ils savaient en régler, en distri- 
buer le flux I Les faits s'écoulent sous leurs mains, 
par masses, avec une égalité soutenue, une abon- 
dance intarissable qu'on peut trouver monotone , 
mais qu'on ne se lasse pas d'admirer. Quand ou 
ferme leur livre , on s'est formé du x® siècle une 
idée qui ne ressemble en rien à celle qu'on avait 
apprise. Ce n'est pas un grand siècle, comme le 
oit pres({ue Leibniz qui l'avait beaucoup étudié; 
ce n'est pas un siècle de lumières; c'est — du 
moins à partir de Robert P"^ — un siècle de renais- 

(l) Ilisloh-e littéraire de la France j t. vi. 



— 13 — 

sance , le point de départ de cette brillante civili- 
sation qui s'épanouira sous saint Louis. La trêve 
de Dieu, les jugements de Dieu , Tan mil , qui ont 
tant exercé les rhéteurs et servi la paresse des 
historiens, prouvent sa foi bien plus que son 
ignorance. Ils attestent Tempire de l'Eglise , ou 
plutôt de la Religion , car l'Eglise, en proie à tous 
les désordres, est profondément déchue. Mais pour 
avoir un sentiment vrai de l'histoire de cette pé- 
riode, il ne faut pas plus s'arrêter à l'abaissement 
moral du clergé qu'aux langueurs trop déplorées 
d'une dynastie expirante ; l'anarchie qu'elles en- 
gendrent n'est qu'un accident , parce qxie au mo- 
ment où le chaos paraît le plus grand , ce qu'on 
peut appeler l'àme , le principe constitutif de la 
religion et de la royauté , est en train de subir 
une métamorphose. En France, peuple spiritua- 
liste, l'idéal ne périt pas, il se déplace. Quand il 
n'est plus où il doit être, il n'y a qu'à le chercher 
ailleurs. Dans la seconde moitié du x^ siècle, on le 
trouve chez les descendants de Robert-le-Fort et 
dans les monastères. Là est la vie nouvelle. Les 
Capétiens, la race la plus politique, au moins 
dans la première branche, et la plus vraiment 
royale qui fut jamais , ont conçu la souveraineté 
comme pourrait le faire un philosophe. Un roi est 
un juge en dernier ressort qui est- et qui doit 
rester tout puissant. C'est avec cette seule idée 
dont la vertu d'attraction fut irrésistible^ (\ue 



— 14 — 

pièce à pièce ils ont fait la France, et c'est par 
l'organisation de la justice qu'ils l'ont constituée 
et maintenue. Quand Robert le Pieux, qui régna 
près de 40 ans, sera mieux connu , et j'espère un 
jour le faire connaître, on verra qu'il est lui seul 
aussi grand que ses descendants les plus illustres, 
saint Louis et Philippe-le-Bel. La grande crise du 
changement de dynastie passée , la vie sociale ne 
fut plus troublée profondément sous son règne, 
car il n'eut à soutenir ni guerre avec l'étranger, 
ni guerre avec les grands feudataires. Une paix 
si durable, en ce temps-là, a quelque chose 
d'extraordinaire que l'opinion qu'il avait su don- 
ner de sa puissance, ne suffirait pas seule à expli- 
quer. Aussi y en a-t-il une autre raison , c'est que 
la plupart des princes ses contemporains, au 
moins les plus puissants, lui ressemblent. Ils sont 
animés du même esprit et imbus des mêmes idées. 
On dirait que le roi de Germanie, le comte de 
Flandres, le duc des Normands, le comte de 
Poitiers et lui-même ont été formés sur le même 
modèle. Et en effet , c'est cela vraiment. Ils ont eu 
les mêmes instituteurs, ils ont donné ce spectacle 
qui a paru étrange, même de notre temps, de 
princes qui suivent des cours publics. Le jeune 
Robert et le jeune Othon II ont été dans l'école de 
Rheims les jlisciples d'un maître qui se trouva 
être Gerbert, mais dont illustre ou obscur, ils 
eussent tout de même suivi les leçons. D'où leur 



— 15 ^ 

est venu ce désir d'instruction? Et comment se 
fait-il que dans un temps où la Force est censée 
ne se soucier que d'elle-même, elle aille ainsi 
s'oublier aux pieds d'un savant? 

La cause première de ce phénomène est bien 
simple , si simple, que si Ton se bornait à l'énon- 
cer, elle paraîtrait contestable. C'est le rétablisse- 
ment dans les cloîtres de la règle de saint Benoît , 
entrepris dès le commencement du siècle. Cette 
réforme d'abord lente mais opiniâtrement pour- 
suivie , finit, comme l'on dit , par avoir son heure. 
A partir du moment où saint Odon , qui mourut 
en 945 , devint abbé de Cluny , elle s'étendit avec 
un éclat et une rapidité merveilleuse à tous les 
monastères. On reconnaît dans cette révolution , 
car c'en est une , quand on la considère de près , 
cette espèce de fièvre ardente , cet emportement 
de désir que l'idée du bien dans tous ses modes , 
et aussi hélas I l'illusion du bien , communique à 
l'esprit français. Il semble que de tous côtés l'on 
soit affamé de règle. Les Mayeul , les Odilon, les 
Guillaume de Saint-Bénigne, les Richard de Saint- 
Vanne , les Abbon de Fleury qui continuèrent l'œu- 
vre du célèbre abbé de Cluny , ont besoin de se 
multiplier afin de répondre à tous les appels. 

Pour apercevoir nettement les conséquences de 
ce grand mouvement de restauration , il importe 
de se rappeler l'esprit de la règle bénédictine. Au 
lieu d'engager les moines dans un duel sans fin 



— 16 — 

et singulièrement périlleux contre la discipline, 
elle les détourne des grands efforts ascétiques , que 
la nature ne peut toujours comporter, et dérive 
leur humanité vers le travail et vers l'étude. Or, les 
hommes supérieurs qui s'appliquèrent alors à la 
faire revivre, renchérirent encore sur la pensée 
de saint Benoît : à l'obligation de savoir, ils ajou- 
tèrent celle d'enseigner. Il ne leur suffit pas que 
les couvents qu'ils réformaient devinssent des aca- 
démies, occupées à recueillir tout ce qui pouvait 
rester de la civilisation antique. Ils voulurent qu'ils 
fussent par surcroît des écoles ouvertes à tout 
venant , où religieux et séculiers seraient, séparé- 
ment et dans une mesure diverse , les uns dans le 
cloître, les autres hors de la clôture, initiés et for- 
més aux arts libéraux. Ainsi la grande affaire du 
temps, la vie spirituelle, fut induite à s'alimenter 
de la vie littéraire. La voie du salut que tant d'àmes 
inquiètes ou troublées allaient chercher dans l'or- 
dre monastique , se confondit avec celle du savoir. 
Les maisons religieuses devinrent des séminaires 
où tous les talents purent éclore , où l'on cultiva 
toutes les aptitudes. Il sortit d'elles comme un 
courant de doctrine et de vertu qui se répandit 
par mille canaux dans l'Eglise et dans le monde , 
et qui éleva insensiblement le niveau de l'esprit 
et des mœurs. 

Les transformations qui s'accomplirent par le 
travail, en quelque sorte souterrain, de l'instruc- 



— 17 - 

tion, sont d'une évidence frappante. A vingt ans 
de distance , le clergé et la noblesse n'ont plus 
la même physionomie. Le mérite a triomphé de la 
simonie : les évéques , les abbés sont presque tous 
des hommes instruits, ennemis déterminés des 
abus dont leur ordre a tant souffert. La Gaule 
ecclésiastique a plus de gymnases , et de gym- 
nases fréquentés, que n'en eut jamais la Gaule 
romaine. L'amour, si ce n'est encore le génie des 
lettres , brille sur elle comme une auréole. Dans 
ses couvents, autour de ses cathédrales, des éco- 
làtres que leur célébrité suit partout où ils 
veulent bien s'arrêter , travaillent avec leurs au- 
diteurs à retrouver les principes des sciences 
et des arts. Ils y forment d'autres maîtres, moines 
ou clercs , que l'Angleterre et l'Allemagne récla- 
ment à l'envi , ou qu'une jeunesse studieuse com- 
ble de richesses pour les retenir en France et 
s'assurer leurs leçons. Dans la classe militaire, 
le changement est peut-être encore plus marqué. 
Les grands , que les annalistes du temps trouvent 
tout simple d'appeler des satrapes — c'est Térence 
qui leur a appris ce mot-là — les grands peuvent 
aller de pair avec les nouveaux évêques ; il y en 
a même parmi eux qui font preuve d'un certain 
talent d'écrire. Guillaume V, comte de Poitiers, 
sait plier le latin aux grâces et à l'enjouement 
dé ce qu'il faut bien appeler l'esprit français (1). 

(i) Historiens de France , t. x , p. 484. 



~ 18 — 

Eudes , comte de Blois et de Chartres , raffine , 
en latin encore, sur le sentiment de Thonneur, 
mieux qu'on ne le fera jamais ati temps de la 
chevalerie (1). 

Cette réforme des monastères est si féconde, 
qu'on ne peut en noter d'un coup toutes les con- 
séquences. L'une des plus importantes, fut qu'elle 
rendit favorable aux lettres cette même ambition 
du ciel qui leur avait été si fatale lors de l'invasion 
des Barbares. Les moines du iv® siècle se croyaient 
obligés de brûler les manuscrits ; ceux du x® se 
firent un devoir de les reproduire. Des milliers 
de scribes excellents qu'assistaient de bons correc- 
teurs , furent employés de toutes parts à former 
des bibliothèques. Il n'y a pas d'exagération à dire 
que si l'antiquité n'a pas péri une seconde fois, on 
le doit surtout à leurs travaux. Ils n'ont pas été 
moins ardents que la Renaissance à rechercher et 
à copier des manuscrits ; pour être absolument 
juste, il faut leur donner l'honneur d'avoir exhumé 
ce que celle-ci n'a fait que retrouver après eux et 
chez eux. C'est là, je crois, une remarque que 
l'on n'a pas encore faite. Il n'est pas étonnant 
qu'elle ait échappé aux érudits du xvi® siècle ; ils 
s'étaient imaginé qu'on les avait attendus pour 
admirer Virgile f Et d'ailleurs , ce souverain dé- 
dain de notre moyen âge , que les Grecs de Cons- 

(1) Historiens de France, t. x, p. 50i. 



— 19 — 

tantinople leur avaient transmis, ne les aidait 
guère à s'avouer qu'ils avaient eu des devanciers. 
Ce n'est pas à dire que les lettrés du x« siècle les 
aient jamais égalés dans la manière de com- 
prendre et de sentir l'antiquité. Parmi les auteurs 
anciens , ces enfants de l'Eglise ont l'air d'arriver 
d'un autre monde. Abbon de Fleury, qui a vécu 
familièrement avec Horace , et qui le cite volon- 
tiers , ne peut s'empêcher de l'appeler t quelqu'un 
des séculiers I > Ils parlent une langue dont ils 
n'ont pas le génie , et dont ils ne s'attardent pas 
d'ailleurs à apprendre les délicatesses. Héritiers 
bien imprévus d'une vaste littérature , obligés 
par toutes sortes de causes d'en accepter, d'en 
reprendre la tradition , ils n'en savent voir d'a- 
bord que les richesses les plus effectives. Leurs 
admirations , disons mieux leurs préférences , 
sont celles d'esprits dépourvus , que l'utile et le 
nécessaire attirent tout naturellement. Ils ne pen- 
sent qu'à se munir de connaissances ; ils se jettent 
avec avidité sur les traités élémentaires , sur ce 
que nous nommons les livres de classe ou de mé- 
tier. Ils sont fous de ce qu'ils appellent Vart , 
c'est-à-dire des pratiques et des méthodes empi- 
riques — l'art est chez eux le mot à la mode; les 
lieux communs ne les gênent pas, au contraire. Les 
proverbes les enchantent , ils en font des recueils 
exactement comme on en fera au xvi® siècle , et 
plus tard , jusqu'à ce que Cervantes ait la malice 



— 20 — 

d'en farcir, comme on sait , la cervelle du bon 
Sancho. Quand ils ne compilent pas, ils imitent 
le mieux qu'ils peuvent , accommodant à leur 
manière les pensées des autres, vendangeant à 
toutes mains leurs cahiers d'expressions ; écoliers 
laborieux et qui s'appliquent trop. Mais, à la dif- 
férence de ceux qui , 300 ans après eux , ont subi 
comme eux la tyrannie des modèles antiques , la 
forme ne leur importe guère ; ils n'ont souci que 
de la substance. Ce ne sont pas proprement des 
écrivains, et quoiqu'ils aient pour l'hexamètre et 
le pentamètre, et aussi pour le vers léonin —je dis 
cela pour M. Aschbach — une passion naïve et illé- 
gitime , ce ne sont pas des poètes : ce sont avant 
tout des érudits ; c'est le caractère que leur assi- 
gne l'ensemble de leurs ouvrages. Au surplus , 
ils ne pouvaient être autre chose. Qu'attendre 
davantage de moines contemplatifs , qui n'avaient 
abordé les labeurs de l'esprit que par occasion , 
sans vocation , et comme par mesure de disci- 
pline ? Ils n'aimaient pas assez à se sentir hommes 
pour se complaire à peindre les hommes. Avec 
cela, presque tous les cadres consacrés de la lit- 
térature répugnaient à leur profession. Par le 
théâtre , ils se seraient rendu le monde qu'ils 
avaient déserté , et il eût été trop singulier que 
des solitaires fissent leur étude de bien parler les 
divers langages des passions. 
C'est hors du cloître, dans une atmosphère 



— 21 — 

moins froide , sous un ciel moins sévère, que les 
lettres ont dû fleurir. C'est parmi les gens d'Eglise 
qui se ressentent encore , malgré les décrets de 
vingt conciles , d'une licence presque séculaire ; 
parmi les clercs sans engagement , qui inaugu- 
rent l'enseignement privé; parmi les quelques 
hommes d'étude que peuvent abriter les villes, 
que le sentiment littéraire a dû se produire. Je dis 
a dû! non pas que le fait en lui-même soit in- 
certain ; les preuves qui l'attestent ne sont pas 
nombreuses , pourtant il y en a. Mais quand bien 
même les Spiciléges et les Analectes, le Recueil 
des historiens de France et les autres grandes col- 
lections bénédictines n'en fourniraient aucune , 
il y aurait encore celle-ci qui, pour être moins 
réelle, n'en a pas moins d'autorité : je veux dire 
la nature souverainement immuable et pei-sistante 
du génie de notre race. Il ne faut pas que l'abus 
formidable que l'on fait aujourd'hui de l'induction 
nous empêche de reconnaître des ancêtres aux 
Trouvères. Au pays des romans , des fabliaux et 
de la farce de Pathelin , l'esprit n'a jamais pu 
cesser de piquer ou de sourire, ni l'imagination 
d'inventer. Sans doute on n'a guère de preuves 
qu'à la fin du x® siècle, ils eussent encore assoupli 
à leur usage la langue nationale. Mais à certaine 
vivacité d'allure , on les sent déjà à l'œuvre dans 
les quelques poésies latines de circonstance que 
nous ont conservées, par grand hasard , les biblio- 



4 



— 22 — 

thèques des couvents. Ils font payer cher au vers 
métrique l'ennui qu'ils ont de le subir. Ils lui 
rompent ses agencements de longues et de brè- 
ves , ils lui imposent la cadence, l'affublent de la 
rime, l'entraînent dans la ronde joyeuse de leurs 
couplets satiriques et de leurs chansons. Croira- 
t-on que les quelques pièces qui ont été publiées 
jusqu'à présent sont tout ce qu'ils ont produit 
alors? Autant vaudrait juger sur quelques feuilles 
restées après l'automne de toute la frondaison 
d'un printemps; autant vaudrait arguer de ce qui, 
par nature, ne dure pas, contre la permanence 
des lois naturelles. Je crois, pour moi, à bien d'au- 
tres ouvrages ou qui ont péri, ou qui sont encore 
inconnus ; et pour préciser ma pensée, car aussi 
bien le titre de cette étude l'a déjà fait deviner , 
je ne puis admettre qu'excitée comme elle l'a été, 
par le spectacle nouveau de la comédie latine, 
l'aptitude dramatique, si essentielle à l'esprit fran- 
çais , ne se soit pas manifestée dès ce temps-là. 
Il serait par trop étrange que dans un pays où 
Térence n'a jamais eu d'héritiers , une femme , 
Roswitha, ait voulu imiter Térence , et que chez 
nous personne n'ait eu la même ambition. Dieu 
sait pourtant qu'on ne le lisait pas avec moins de 
passion en France qu'à Gandersheim f C'était le 
poète favori ; tout le monde le savait par cœur. On 
formerait un assez gros vocabulaire si l'on relevait , 
dans les seuls chroniqueurs du temps , les mots 



— 23 — 

• 

qu'ils lui ont empruntés. M. Philarète Chasles, 
qui a publié dans le Journal des Débats du 22 fé- 
vrier 1 863 une fable latine du x® siècle, le Loup et 
Y Agneau (1) , la croyait d'origine génoise ou floren- 
tine , à cause du mot patrissare qui s'y trouve et 
quia Vair italien. Il ne l'aurait pas dépaysée ainsi , 
après avoir relu les Adelphes^ s'il avait su ce que 
je dis ici. Térence étant le plus sympathique des 
poètes , l'impression si douce et si profonde qu'il 
a faite sur les premiers modernes qui l'ont connu 
s'explique par son charme même. Mais pour ses 
lecteurs du x® siècle, il devait avoir, ce me sem- 
ble , un attrait plus particulier. 

VHeautontimorumenos , avec ses remords , son 
besoin d'expiation , sa retraite aux champs, l'ac- 
cent de tendresse pénétrante qu'il met à s'accu- 
ser de ses rigueurs envers son fils , leur présen- 
tait une parfaite image de ces consciences dou- 
loureuses qu'ils voyaient autour d'eux , en si grand 
nombre , chercher la fin de leurs angoisses dans 
les plus dures pénitences. Je ne me- rappelle plus 
si Térence figure dans l'enfer du Dante , mais je 
devine à la ferveur de leurs admirations que les 
chrétiens de ce temps auraient ouvert volontiers à 
ce profane les portes de leur paradis. Est-il bien 
nécessaire de poursuivre ces réflexions? On sent 
bien que je ne le fais pas à priori : si je tiens tant 

(i) Voir cette Fable aux Preuves. 



— 24 — 

à établir que le comique latin a eu des imitateurs 
dès le temps de Hugues Capet , c'est qu'il en a 
eu et que j'en suis sur. Je l'aurais dit tout de 
suite si les esprits n'étaient ainsi faits qu'ils regar- 
dent souvent comme invraisemblable ce qui lui 
est inopiné. C'est pour cela que j'ai donné d'abord 
ce que j'appellerai la théorie de ma certitude. Les 
preuves positives viendront tout à l'heure, et plus 
tard, on découvrira, je l'espère , la plus positive 
de toutes (non pas pourtant aux yeux de M. Asch- 
bach) , quelque vénérable manuscrit ; car , quant 
à présent, Pamphilus de Amore^ c'est le titre de 
notre comédie du x® siècle , n'a plus son acte de 
naissance , ou plutôt il y a une lacune dans ses par- 
chemins. Le codex de la bibliothèque de Bàle (4) , 
celui de Zuric où il est recueilli , n'appartiennent 
l'un et l'autre qu'à la seconde moitié du xv® siècle. 



(\ ) Je suis heureux de pouvoir exprimer ici ma vive reconnais- 
sance à M. le docteur Louis Sieber, directeur de la Bibliothèque 
publique de Bâle. Je lui dois tout ce qu'il y a dans cette étude 
de preuves positives et d'informations érudites. Il a bien voulu 
me donner par le menu la description du manuscrit de Bâle , où 
se trouve le Pamphilus ; il m'a révélé l'existence du manuscrit 
de Zuric , que ne signale pas Gustave Haeuel ; il m'a envoyé des 
fac-similé de ces deux codex. Avec une attention charmante à 
ménager les susceptibilités possibles de mon ignorance , il a pris 
la peine de me faire connaître par de nombreux extraits Ebert, 
Leyser , Melchior Goldast. Enfin , il m'a procuré la photographie 
de l'une des premières éditions de Pamphilus, que Brunet n'a pas 
connue. Ses lettres sont si instructives que j'ai cru devoir les met- 
tre comme preuves à la suite de mon travail. 



— 25 — 

Cela met le Pamphilus dans la situation d'un vieil- 
lard qu'on voudrait convaincre, titres en main, 
d'être encore en pleine jeunesse. Mais des écritu- 
res ne peuvent pas prévaloir contre les signes réels 
dont le temps l'a marqué. La critique ne saurait 
s'y tromper; en pareille occasion, elle n'est pas 
autre chose que cette expérience commune qui 
fait qu'on détermine assez bien l'âge d'un visage, à 
première vue. Ceux qui rencontrent le mieux à cet 
égard, seraient-ils toujours capables d'expliquer à 
quels traits ils distinguent un homme de quarante 
ans d'un autre qui en a cinquante ? Un peintre 
qui suivrait leurs indications, le pinceau à la 
main, attraperait- il ces touches successives par 
lesquelles le temps modifie une physionomie? Elles 
sont , ces touches , à la fois si propres au sujet et 
si insensibles, qu'elles échappent à l'enseignement. 
Au moins , je n'ai pas ouï-dire qu'on exerce les 
élèves de nos écoles à vieillir ou à rajeunir un 
type donné. Il en est des ouvrages de l'esprit 
comme des figures ; ils ont un âge pour les gens 
d'étude qui les ont longuement pratiqués. Cet âge, 
je ne dis pas que l'analyse ne puisse, dans une 
certaine mesure , en noter les caractères , mais il 
se révèle plus directement à cette faculté prime- 
sautière de l'intelligence qui n'est pas la mémoire, 
et qu'on appelle l'intuition. 

C'est donc grâce à quelque habitude des livres 
du X® siècle , dont nous avons songé à écrire l'his- 



— 26 — 

toire, que nous avons pu reconnaître dans le 
Pamphilus un contemporain de Hugues Gapet. 
Il était pourtant, la première fois qu'il nous appa- 
rut , notablement déi2:uisé. Un aimable et savant 
bibliophile de Toulouse, M. le docteur Desbarreaux- 
Bernard , venait de le découvrir dans les caisses 
d'un bouquiniste sous la livrée d'un in-4** gothique 
imprime à Paris en 1 499 avant Pâques. Brunet , 
l'universel Brunet (I) , a>=^it été consulté, — après 
lui l'abbé Gouget (2) ; et l'opinion de ces docteurs, 
tous deux un peu empiriques, semblait être que le 
jeune homme n'avait guère plus de 400 ans. 



n. 



Après tant de supercheries littéraires , voudra- 
t-on bien se laisser persuader qu'une comédie de 
la fin du X® siècle est demeurée jusqu'ici ignorée? 
Cela n'est pas bien sûr. Comment , dira-t-on, serait- 
il possible qu'un monument de cette importance 
eût échappé à la curiosité et à la clairvoyance des 
érudits ? Mais , c'est qu'il n'y a pas échappé pré- 
cisément : ce n'est pas la première fois que le 

(1) Brunet, Manuel du libraire et de î* Amateur de livres. — 

Paris. Didotd863. 

« 

(2) L'abbé Gouget, Bibliothèque françaite, t. iO . p. 482 et suiv. 



— 27 - 

Pamphilus ressuscite ; il a déjà revu le jour dans 
le courant du xv® siècle. Il faut dire, pour être 
de bon compte, qu'on ne le connaissait pas alors 
pour ce qu'il est. Quand il reparut, il n'avait pas 
encore, ou plutôt il n'avait plus figure de comédie. 
C'était , paraît-il , un texte informe qui ne présen- 
tait aucune division scénique, et où le dialogue 
était à peine indiqué. On l'avait pris là pour un 
poème, ailleurs pour un recueil d'élégies amou- 
reuses à la façon d'Ovide. Du reste , c'était à 
Ovide qu'on l'attribuait communément : le sujet , 
le mètre , l'air de facilité, certaines expressions , 
certain tour d'esprit sentencieux , avaient fait 
penser tout de suite à l'auteur de VArt d'Aimer. 
Plus tard , la médiocrité du latin , bien loin d'ins- 
pirer des doutes aux lettrés, leur en aurait plutôt 
ôté. Le pauvre Ovide n'était pas en faveur auprès 
des érudits de la Renaissance; on sait assez qu'ils 
se gardaient de frayer avec lui , de peur d'altérer 
en si mauvaise compagnie la fleur délicate de leur 
purisme. 

Rien n'indique à quel moment le Pamphilus^ si 
mal en point, fit sa rentrée sur la scène des lettres. 
Les deux seuls manuscrits qu'on en connaisse 
jusqu'à présent , celui de Râle et celui de Zuric, 
sont, comme nous le disions tout à l'heure, des 
copies qui peuvent avoir été faites vers le milieu 
du XV® siècle. On sait , pourtant , qu'il fut fort 
goûté : plus d'un savant désira l'avoir dans son 



- 28 - 

étude; même, voyez comme on était soucieux de 
Tordre moral dans ce temps-là I des maîtres ès- 
arts — nous en connaissons au moins deux — ne 
se firent pas scrupule de l'expliquer en classe à 
leurs écoliers. L*un de ces maîtres , qui était un 
religieux dominicain , enseignait on ne sait où , 
peut-être bien en Allemagne ; l'autre se nommait 
JeanProt , et il était régent de grammaire à Bil- 
lom. Si Ton n'a pas lu l'histoire de la suppression 
des jésuites en 1762 , on peut très-bien ignorer 
où se trouve Billom. Ce n'est pas en Pologne. 
C'est une petite ville de la Basse-Auvergne , qui 
en est à regretter son passé , et il y a de quoi (1). 
Aujourd'hui , elle est à peu près sans industrie : 
elle avait autrefois de nombreuses tanneries , qui 
la faisaient riche et peuplée ; elle n'a plus qu'un 
méchant ruisseau presque toujours à sec pendant 
l'été , au lieu qu'elle recueillait dans d'immenses 
réservoirs , à présent comblés , les eaux des hau- 
teurs qui l'environnent ; elle a une justice de 
paix : grâce à son importance et à sa proximité 
de la voie romaine de Clermont à Lyon, elle a eu. 



(i) Chabrol , Coutumes locales de la haute et basse Auvergne , 
t, 4. — Legrand-d'Aussy, Voyage en Auvergne, t. i . p. 249 et 
suiv. — Aristide Guilbert , Histoiredes villes de France , v© Billom. 
— Acte de fondation du Collège des Jésuites à Billom , le 26 jan- 
vier 1555 (aux Archives de l'hôpital général de Clermont-Ferrand) , 
dont M. Cohendy, archiviste du Puy-de-Dôme, a bien voulu 
m'envoyer un extrait. 



— 29 — 

sous les Mérovingiens, une Viguerie royale; enfin, 
elle a un collège de jésuites : elle a eu une uni- 
versité! Je dis université par déférence pour les 
traditions locales; dans les documents, il n'est 
question que de studium et d*academia. On prétend 
bien que le pape Eugène IV, qui ne devint pape 
qu'en 4434 , y fonda une Faculté de droit le 
44 juin 4445, mais on ne dit pas qu'il la dota, 
cette Faculté nouvelle, en d'autres termes, qu'il 
lui assura les moyens d'exister. Du reste, Billom 
n'y perd rien. Son studium, où, à l'imitation de ce 
qui se faisait dans les universités , on avait fini par 
délivrer les degrés de maître ès-arts , était, selon 
toute apparence, une de ces écoles primitives qui 
s'ouvrirent en si grand nombre , aux frais et sous 
le patronage des églises, durant la période carlo- 
vingienne. Il dépendait , en effet , d'un chapitre 
d'ancienne fondation qui se vantait de conserver 
dans son trésor des lettres d'immunité et même un 
buste de Charlemagne. Cette école , protégée par 
les évêques de Clermont, seigneurs directs de 
Billom , passait pour avoir été très-florissante. La 
tradition veut qu'elle ait compté jusqu'à deux mille 
étudiants : c'est beauoup , et l'on ne risque rien 
d'en rabattre; il n'en paraît pas moins certain 
qu'elle aurait été pour la Basse- Auvergne , durant 
le moyen âge et jusqu'en 4555, où elle fut cédée 
à la Compagnie de Jésus , ce que le célèbre 
monastère d'Aurillac fut quelque temps pour le 



— 30 — 

haut pays , c'est-à-dire le chef-lieu des études , le 
siège principal de ce qu'on appelait les arts libé- 
raux. 

On voit, par l'importance de l'école où il faisait 
ses leçons , que Jean Prot n'était pas le dernier 
des maîtres ès-arts. C'était, au contraire , une 
très-bonne tête , ce que nous appellerions un cri- 
tique. Il lut le Pamphilus , dont les copies com- 
mençaient à se répandre , et dans cet amalgame 
de vers élègiaques qui passait pour un poème , 
il sut le premier reconnaître une comédie. Il se 
complut si bien dans la joie de sa découverte, qu'il 
se sentit animé à la prolonger en rendant sensible 
aux yeux des autres ce qui ne l'était encore qu'aux 
siens. Il fit donc à part soi , pour lui restituer 
son vrai caractère, l'anatomie de cette œuvre 
méconnue et méconnaissable. Il en dégagea les 
personnages , en détermina l'action , en rétablit le 
scénario. A mesure que le drame renaissait sous 
sa plume , il en saisit mieux l'ingénieuse écono- 
mie, et il se trouva capable de l'expliquer dans 
tous les passages où l'art de l'auteur , non sa 
pensée , avait défailli. Après cela , comment se 
serait-il tenu de communiquer à ses élèves ce 
Pamphilus qu'il n'avait pas créé , mais qui pour- 
tant était bien son ouvrage ? L'imprimerie n'exis- 
tait pas encore, ou si elle existait, c'était , comme 
disent les bibliophiles, in cunabulis. Elle ne faisait 
que s'essayer à vivre ; elle développait obscure- 



— ai- 
ment ses organes , et nul esprit n'avait encore 
songé à lui demander de le mettre en correspon- 
dance avec les autres esprits. Le mérite de l'homme 
de lettres était à peine plus favorisé alors que ne 
le sont de nos jours, par la force même des choses, 
celui de l'architecte et celui de l'acteur. Il avait 
rarement d'autre approbation , d'autres louanges 
que celles qu'il pouvait recueillir aux lieux où il 
lui avait été donné d'être et de se manifester. — 
Les suffrages que Jean Prot attendait de ses audi- 
teurs ordinaires ne lui firent pas défaut. Cette 
jeunesse fut émerveillée en voyant sortir peu à peu 
des brouillards d'un texte confus une effigie vive 
et parlante de l'amour, comme on l'éprouve et tel 
qu'on le souhaite à vingt ans. Elle applaudit avec 
chaleur le maître dont la science l'évoquait ains' 
à ses yeux. Le temps où elle avait appris à con- 
naître cette œuvre charmante resta pour elle un 
de ces points brillants où l'imagination va tout droit 
quand elle revient sur le passé, et où elle aime à 
s'arrêter pour se souvenir. — Cependant, Jean 
Prot ne pouvait toujours expliquer sa comédie ; le 
bruit qui s'était fait autour de son Pamphilus cessa 
à la longue. Les écoliers qui l'avaient entendu 
prirent leur volée vers le monde; lui-même, après 
des années , quitta Billom , dont il ne devait pas 
être originaire, car son nom est champenois, peut- 
être bourguignon (1 ) . 

i) Voir au bas du texte latin, la note de IcaLuÇîQ\.^MX \fe \^\^*ÎSk. 



i 



— 32 — 

Le Pamphilus s'acheminait à redevenir , c'est-à- 
dire à passer de nouveau pour un poème , quand 
la fortune, qui ne l'a jamais trop bien servi, suscita 
pour le sauver d'une nouvelle éclipse un des disci- 
ples de Jean Prot , l'un des meilleurs , à ce qu'il 
semble ; il se nommait Antoine Barreau ou Barrot. 
C'était un digne fils de la bonne Auvergne , né 
pauvre, mais singulièrement âpre au travail. Il 
avait adopté , dès les bancs de l'école , la vieille 
devise : Labor improbus omnia vihcit (1), et il la 
justifia , puisqu'il finit — c'est son maître qui lui 
rend ce témoignage — par triompher de l'envie , 
ce qui veut dire sans doute par occuper un poste 
sur dans la bataille de la vie. Au moment où il 
s'agit pour lui de prendre un état, le livre imprimé 
venait de se révéler au monde. Intelligent et ins- 
truit , Barreau en pressentit tout de suite les mer- 
veilleuses destinées , et il résolut de lui devoir 
sa fortune. Il entra donc d'abord en qualité de 
commis chez les riches négociants qui avaient mis 
leurs capitaux et leurs relations commerciales au 
service de la nouvelle découverte , et qui s'étaient 
chargés de vendre les ouvrages dont la presse mul- 
tipliait si facilement les exemplaires. Je suppose 
que c'est à Lyon qu'il commença son apprentis- 
sage; mais il dut aussi aller ailleurs. Puis, quand 
il eut appris tout ce qu'il devait savoir , comme 

(1) Voir la note de Jean Prot sur le vers 7i. 



- 33 — 

il avait amassé un petit pécule, il revint à Billom, 
qui, grâce à sa colonie d'écoliers, était un marché 
à souhait pour la vente des livres , et s'y établit 
libraire à son compte. 

Dans les corps de métiers proprement dits , 
tout nouveau maître était tenu de payer sa bien- 
venue en festoyant ses anciens. Antoine Barreau 
n'était obligé à rien de pareil, puisque les librai- 
res ,. considérés partout comme des suppôts des 
universités , ne formaient pas de corporation. Il 
lui plut toutefois de rappeler cet usage, mais 
comme il convenait à sa nature qui n'avait rien 
de vulgaire , en consacrant au profit et à l'hon- 
neur des lettres, la somme d'argent déterminée 
qu'on employait ailleurs en bombances. Il se dit 
qu'il devait faire pour cela les frais de quelque 
nouvelle impression. Il y avait encore tant d'ou- 
vrages à multiplier et à répandre I Tant de ma- 
nuscrits dignes de la presse en demeuraient écar- 
tés faute de bailleur de fonds et d'éditeur ? Mais 
lequel choisir ? Encore ne fallait-il pas qu'il fut 
trop long , puisqu'on avait si peu à dépenser. On 
pourrait imprimer celui-ci , ou celui-là , ou cet 
autre, ou... en songeant ainsi. Barreau se sou- 
vint tout à coup du Pamphilus ; il avait trouvé I 
Son cœur débordait de joie ; il se mit aussitôt à 
écrire à Jean Prot. Voici sa lettre : on la trouvera 
certainement bien ingénieuse , mais elle est char- 
mante dans l'original avec son tour si latin et son 



— 34 -. 

ampleur cicéroniennc ; la traduction Ta rendue 
un peu gauche (1). 

Antoine Barreau, libraire , a Jean Prot , 

Salut en notre Seigneur. 

€ Depuis que je me suis décidé à continuer, 
en mon nom et à mes risques, le commerce des li- 
vres imprimés que j'ai quelque temps pratiqué 
chez les autres, j'ai un projet qui n'est pas sans 
rapport à mon état , et non plus sans agrément ; 
c'est de faire imprimer quelque manuscrit menu 
et de menu coût. Les voyageurs de nos montagnes 
ont un usage : Quand ils rencontrent un de ces 
tas de pierres érigés sur le bord des chemins que 
l'on appelle des montjoies, ils ne manquent pas 
d'y déposer le premier caillou qui se rencontre 
auprès. Pourquoi ? Pour en augmenter encore la 
hauteur et indiquer d'autant mieux la route à 
ceux qui passeront après eux. Cela m'a semblé 
bon à imiter ; et si je songe à imprimer quelque 
chose de nouveau, c'est que j'ai cru qu'à jeter 
ainsi sur la pile des livres déjà imprimés les pré- 
mices de mon négoce , moi aussi je montrerais 
la voie aux libraires mes confrères , et les por- 
terais par mon exemple à faire une fois ou plu- 

(i) Voir aux Preuves le texte latin : « ArUoniu$ Barellus , 
bibliopola^ Joanni Ptot. , etc. 



— 35 — 

sieurs, à leur convenance, quelque semblable édi- 
tion. Tout entier à cette idée , comme je passais 
en moi-même la revue d'une foule de livres à 
publier , je me rappelai tout à coup, mon cher 
maître, ce livre : les Amours de Pamphile, et l'in- 
terprétation familière que vous nous en donniez 
jadis , et l'admiration qu'elle excitait parmi vos 
écoliers. Ce souvenir me remplit de joie ; c'était 
bien là ce que je cherchais I 

» Le Pamphilus est en effet un livre plein d'agré- 
ment , pas gros, mais riche d'essence et de subs- 
tance; si abondant en préceptes d'amour , si heu- 
reux à représenter les amants et les vieilles qui 
s'entremettent , que bien des érudits et des let- 
trés en font grand cas, je vous l'assure, et re- 
grettent de ne pas l'avoir. Ce petit ouvrage a 
pourtant un défaut : il est clair par lui-même, 
sans doute, mais d'une clarté qui n'est pour 
ainsi dire que dans les mots. Votre interprétation 
n'a pas peu contribué à en faire apercevoir le 
plan général et l'ingénieux agencement. Avant 
vous, ce n'était qu'un texte informe ; vous avez 
su le diviser en actes et en scènes et lui donner 
figure de comédie. Vous avez expliqué en détail 
ce que l'auteur a voulu dire et ce qu'il a dit. Vous 
avez marqué le caractère de chaque personnage , 
rapproché de certains mots et de certaines maxi- 
mes des passages conformes des autres poètes; 
bref, vous avez mis dans une telle lumière les 



i 



— 36 — 

moindres parties de cette composition , que pour 
peu qu'on crût à Pythagore, on se persuaderait 
sans peine que l'auteur vous a transmis son âme 
et son génie. 

> Vous avez donné ainsi une grande idée de 
votre érudition ; car, il suffit d'être un savant , 
sans doute, pour expliquer dans un diction- 
naire le sens de mots isolés ; mais il faut être 
un homme de l'art et un maître pour faire ainsi 
l'anatomie d'un texte , le réduire en parcelles , 
disons mieux , en atomes , et montrer l'enchai- 
nement et le rapport de toutes ces parties entre 
elles. Pour parler comme Virgile : c'est une œu- 
vre , cela I c'est là un labeur I 

» Je me réjouis profondément de l'honneur et 
de la gloire que ce petit livre doit vous acquérir 
s'il est multiplié et répandu au loin , et je n'ai 
qu'un désir , c'est qu'il paraisse ainsi avec votre 
nom et par mes soins. Je vous en prie donc, au 
nom de notre amitié, prenez sur vous d'écrire 
l'interprétation familière que vous avez parlée au- 
trefois devant vos écoliers ; corrigez-la , une fois 
écrite, et consentez à me l'envoyer pour que je 
la donne à imprimer. Vous ferez ainsi une chose 
agréable, utile, dont la postérité vous tiendra 
compte , et qui ne sera point au-dessous de votre 
érudition ni du rang où elle vous a mis. Il y a 
bien d'autres raisons dont je pourrais m'armer, 
afin de vous convaincre; mais celles-là doivent 
suffire à un ami. Adieu, i 



— 37 — 

Elles suffirent en effet. Jean Prot , répondit de 
bonne grâce à cet appel, et le Pamphilus parut tel 
que Barreau l'avait souhaité. Il ne reste plus un 
seul exemplaire de cette édition primitive ; nous 
ne la connaissons que par une réimpression qui 
s'en fit à Paris, pour Claude Jaumar, la dernière 
année du xv® siècle. Nous ne saurions donc dire 
ni quand elle fut faite, ni en quel lieu : nous 
inclinons pourtant à croire qu'elle était antérieure 
aux plus anciens incunables aujourd'hui connus, 
et qu'elle sortit des presses de Lyon. Contraire- 
ment aux espérances du spirituel libraire de 
Billom , elle n'illustra pas Jean Prot ; il y a plus 
même ; elle ne servit guère à faire mieux connaître 
le Pamphilus. Sauf deux qui la reproduisent , les 
éditions subséquentes ne procèdent pas de celle-là. 
Elles furent pourtant assez nombreuses : il y en 
eut onze de 1473 à 1500, deux encore en 1515 et 
en 1545, une dernière enfin en 1610. En général, 
elles paraissent avoir été faites sur des textes très- 
corrompus et très-divers, ou d'après de mauvaises 
leçons. 

Amusant et gaillard , signalé comme tel , le 
Pamphilus dût par lui-même se frayer un chemin 
vers la presse. Divers imprimeurs de France, 
d'Italie et d'Allemagne, raisonnant comme Antoine 
Barreau , mais moins désintéressés que lui , moins 
passionnés surtout pour les lettres, publièrent 
spontanément, peut-être même à l'insu les uns 



— 38 — 

des autres , ce petit livre d'amourettes ; bien as- 
surés qu'il leur coûterait peu et qu'il se vendrait 
facilement dans le rayon des écoles. Ainsi le tra- 
vail critique de Jean Prot demeura généralement 
ignoré ; le préjugé ancien qui tendait à classer le 
Pamphilus parmi les poésies erotiques , s'affermit 
de plus en plus : Melchior Goldast a donné un 
recueil où cette infortunée comédie est divisée en 
63 élégies I 

Après cette brillante échappée dans le monde 
des vivants , qu'attestent , comme on vient de le 
voir, quinze éditions encore connues ou citées, — 
il y en eut peut-être d'autres — Pamphilus rentra 
dans sa poussière. Il y était enseveli depuis plus 
d'un siècle, lorsque l'abbé Gouget l'en tira, mais ' 
seulement pour le décrire. Il l'avait trouvé sous 
la forme française assez misérable dont un mau- 
vais rimeur l'avait affublé en 1494, lorsqu'Anthoine 
Vérard , qui voulait l'offrir au jeune Charles VIII, 
la fit imprimer sur vélin et enluminer de 59 
miniatures, les plus jolies qu'on saurait voir. 
Quoique l'idée qu'en donne le laborieux abbé soit 
assez attrayante , on ne voit pas que personne ait 
pris la peine de s'occuper après lui de ce poème : 
car décidément c'était un poème. Pauvre Pamphi- 
lus! Le silence se fait de nouveau autour de lui 
jusqu'en 1783, où il figure par grand hasard dans 
un Dictionnaire historique, à titre « de roman 
d'un auteur inconnu. » A partir de ce moment, 



— 39 — 

il cesse d'exîster comme œuvre littéraire, il est 
relégué dans les vastes et sèches nécropoles de la 
bibliographie : il n'est plus autre chose qu'un 
manuscrit ou qu'une impression. Bandini, de 
Bure, Brunet, Ebert, Haenel s'en occupent, mais 
d'une manière indifférente; évidemment ils ne 
s'en soucient point, et M. de Soleinne qu'ils n'aver- 
tissent pas , perd l'occasion d'enrichir sa mer- 
veilleuse collection de pièces de théâtre de la 
PREMIÈRE COMÉDIE dcs tcmps modcrnes I 

Tout cela ne serait pas arrivé sans doute si l'on 
avait su tout d'abord que le Pamphilus a vu le 
jour dans les dernières années du x® siècle. Au 
lieu de le laisser dans les limbes des incunables, 
l'histoire littéraire l'aurait recueilli , comme elle 
a recueilli le Waltharius , petit poëme épique , la 
satire allégorique d'Adalbéron , la Vision de Ful- 
bert, la Chanson de Landry, la Querelle du lin et 
de la brebis, poème didactique, et quantité de vers 
latins du même temps. Il ne serait pas demeuré 
inaccessible à la critique comme c'est le cas au- 
jourd'hui; on l'aurait étudié, on le connaîtrait 
pour ce qu'il est. Mais , hâtons-nous de le dire , 
ce n'était pas chose facile de distinguer à première 
vue son âge et son origine. Par sa forme, quoique 
très-imparfaite, il est antique, par ses person- 
nages, Pamphile, Galathée, païen; il met Vénus 
en scène , il indique un temple dans la coulisse. 
Les premiers qui l'ont lu , — on voit bien que ce 




— 40 — 

n étaient pas de grands clercs , — se sont attachés 
à ces caractères extérieurs, et ils ont mis en ai^nt 
le nom d'Ovide. Jean Prot , plus éclairé, ne se 
range pas à leur avis. Plusieurs passages où l'on 
dit vous à la deuxième personne du singulier (1), 
un vers où figurent des rois et des ducs (2) , un 
autre où Ton parle de censives (3); un autre encore 
où il est question d'une pelisse (4) , l'ayaientrils 
mis en garde contre cette attribution ? On peut en 
douter. Il décide beaucoup trop vite que le 
Pamphilus ne doit pas être d'Ovide , mais qu'il 
est certainement d'un ovidien (5). Si la question 
l'avait intéressé, il se serait demandé à quelle 
époque vivait cet ovidien ; on doit conclure de 
son indifférence qu'il ignorait le mouvement lit- 
téraire dont nous avons essayé de donner une idée : 
il ne s'est pas douté que l'auteur de sa comédie 
était peut-être un moderne. N'ayant pas eu ce 
soupçon , il ne s'est pas mis en peine de prendre 
l'auteur dans son fort , à la mode des érudits. Il 
ne l'a pas poursuivi de manuscrit en manuscrit , 
ce qui était encore possible de son temps, de 
manière à l'acculer au plus ancien. Sa négligence 
à décrire les textes dont il s'est servi et à en dé- 

{i) Vers 287. 

(2) Vers 27. 

(3) Vers 78. 

(4) Vers 303. 

(5) Voir aux Preuves , la Préface de Jean Prot. 



— 41 — 

terminer l'âge, nous ôte les moyens d'établir l'état 
civil de Pamphilus, d'après des documents positifs. 
Mais si ceux-là nous manquent, les autres. Dieu 
merci , ne nous font pas défaut , nous n'en sommes 
pas réduits aux simples inductions. Nous avons 
des témoignages , les uns déjà connus , quoique 
trop peu examinés , les autres , nouveaux dans la 
cause, comme le commentaire de Guermond sur 
Priscien et le CathoHcon de Jean Balbi. Ceux-ci ne 
sont pas, certes, les moins anciens et les moins 
décisifs, mais rien ne presse de les produire. 
Venons d'abord aux autres. 

Hiérémias, qui mourut la dernière année du 
xm® siècle, cite Pamphilus de amore dans son Com- 
pendium Moralium notabilium. Je ne connais ni 
Hiérémias {ignoscite Teutones!) ni son manuel de 
Moralités notables , mais M. Ebcrt (1) a l'air de con- 
naître l'un et l'autre, et cela suffit. Nous voilà sûrs 
que notre comédie est antérieure de 150 ans, au 
moins, aux manuscrits et aux imprimés encore 
existants. Cela nous dispense de discuter l'opi- 
nion de l'abbé Gouget (2), qui croyait, avec l'abbé 
de Saint-Léger, qu'on devait l'attribuer à P. Grin- 
gore. Du reste, ce n'est pas le seul service que 
nous rende M. Ebcrt. Non content de nous appren- 
dre que Pamphilus de Amore a cinq siècles d'exis- 

(4) Ebert , Lexique général bibliographique, Leipzig, i830. 
(2) Bibliothèque française , t. x , p. d52 et suiv. 



1 



- 42 — 

tence prouvée , il pense nous découvrir quel en 
est l'auteur. Panzer , dit-il , est d'avis que c'est 
Pamphilus Saxus(?) Eh bien, pas du tout 1 c'est 
Pamphilus Maurilianus I 

Est-ce bien Pamphilus Maurilianus? Je ne sais 
ce qu'en pensera l'intelligent lecteur, mais s'il n'en 
pense rien, me permettra-t-il de lui suggérer cette 
réflexion : qu'il est au moins bien étrange que 
l'auteur d'une comédie intitulée Pamphilus, s'ap- 
pelle lui aussi Pamphilus, et Maurilianus par sur- 
croit? Avec tout le respect qu'on professe pour 
M. Ebert , on ose bien avancer que le savant bi- 
bliographe allemand a pris ici le Pirée pour un 
homme. Son excuse est, soyons juste, que ce n'est 
pas lui qui a commencé. 

Si Ton veut bien avoir égard au sens du mot 
Pamphilus , on verra qu'il ne peut désigner que 
le héros de la comédie de l'amour. Mais on ne 
découvrira pas pourquoi ce jeune homme , bien 
digne de son nom , est qualifié de Maurilianus. 
Car enfin , qu'est-ce que cette épithète et qu'est-ce 
qu'elle exprime? 

A procéder par analogie , on serait conduit à 
supposer qu'elle indique une patrie , un lieu d'ori- 
gine. Il semble qu'on traduirait assez exactement 
Pamphilus Maurilianus, par Pamphih de Maurilia; 
mais cela ne mènerait à rien, car où trouver 
Maurilia? Et puis quand bien même il y aurait une 
localité de ce nom sur la carte , il n'y en a pas 



— 43 — 

dans la pièce , en sorte qu'on n'en serait pas plus 
avancé. Je m'amuse à présenter ici le problème par 
ses côtés les plus ardus , mais on va voir qu'il en 
a d'autres plus abordables. 

Nous avons dit que ce n'est pas M. Ebert qui a 
inventé Maurilianus , il l'a pris dans un éditeur 
allemand d'Ovide, qui lui-même l'avait trouvé 
dans une glose sur Priscien (1). Or, il suffit de lire 
cette glose pour s'apercevoir que Maurilianus so 
rapporte là non au Pamphilus , mais au manus- 
crit où cette comédie était conservée. En effet , c'est 
un usage constant parmi les bibliographes de noter 
l'origine et en quelque sorte le domicile des ou- 
vrages qu'ils signalent, et cet usage avait plus 
que jamais sa raison d'être au moyen âge , où les 
livres étaient plus rares et plus difficiles à trou- 
ver. On objectera que la difficulté n'est pas moins 
grande, puisqu'il n'y a pas de Maurilia. Oui, sans 
doute. Mais supposez qu'un lecteur du Pamphilus^ 
par exemple , celui qui tient ici la plume, ait cru 
reconnaître à certains indices que la comédie de 
VAmour appartient à la fin du x® siècle , et que , 
par un heureux hasard , il l'ait lue pour la pre- 
mière fois dans l'édition de Billom, reproduite 
par Claude Jaumar. Il aura été naturellement en- 
clin à conjecturer que le texte sur lequel s'est 
faite l'impression primitive, se trouvait dans la 

(i) Voir dans la Notice bibliographique, § m , la genèse de Pam- 
philus Maurilianus. 



ë 



— u - 

région de Billom, c'est-à-dire en Auvergne, et 
c*est en Auvergne qu'il aura cherché Maurilia. Il 
ne l'y aura pas découverte , mais il aura trouvé 
sous son doigt des villes comme Mauriacum , Mau- 
riac , Auriliacum , Aurillac , et il aura été frappé 
de la singulière homonymie qu'elles présentent , 
la dernière surtout , avec Maurilia. Et alors , par 
un effet du travail latent de sa pensée qu'il serait 
difficile d'expliquer , une idée lui sera venue , si 
nette et si décisive qu'elle aura forcé sa convic- 
tion : c'est que l'imprimeur ou le copiste de la glose 
sur Priscien (est-elle imprimée ou manuscrite?), 
se sera trompé , et qu'il aura lu Maurilian^ Mau- 
rilianus, quand il aurait dû lire M. AurilicLci, 
Manuscriptum Auriliaci , le manuscrit d'Aurillac 1 

En vertu de cette interprétation qui n'a rien 
d'exorbitant , que les épigraphistes et les paléo- 
graphes trouveront toute naturelle, ce serait donc 
à Aurillac, ou tout au moins dans le rayon de la 
grande école où se forma Gerbert , où les lettres 
renaissantes fécondèrent tant d'esprits qui n'au- 
raient jamais produit, que Pamphilus de amore 
aurait été composé. La simple lecture d'un mot 
nous donnerait à la fois, et la date do notre 
comédie et sa patrie , et peut-être son auteur I 
Ce serait trop. Il y aurait quelque chose de mal- 
honnête à se contenter d'une telle solution : ce ne 
serait pas dénouer la difficulté , ce serait vouloir 
l'escamoter. On ne songe à rien de pareil. Re- 



— 45 — 

marquez que si « M. Âuriliaci » nous a pleinement 
convaincu, c'est que nous Tétions déjà d'ailleurs , 
à peu de chose près. Nous pouvons même ajou- 
ter que les raisons que nous avions déjà par 
devers nous, avaient conspiré à nous le faire 
trouver. Nous avions nos preuves que cette 
manière de lire venait fortifier , et qui en retour 
communiquait à notre interprétation quelque chose 
de leur certitude. Le lecteur n est pas dans la 
même situation d'esprit : nous le menons à notre 
but par une voie inverse de celle que nous avons 
d'abord suivie. En ce moment encore , il peut se 
croire le jouet d'une apparence , il faut donc lui 
présenter des objets réels qui se laissent en 
quelque sorte toucher, et qui lèvent tous ses 
doutes. 

Dans les littératures qui commencent , il n'y a 
pas de style, parce que l'art , non pas celui qui 
compose, je dis celui qui exprime, est absent. 
L'écrivain n'est encore qu'un écolier ; il emploie 
tout ce qu'il a de mémoire à faire son devoir, et 
pourvu qu'il en vienne à bout, il ne lui importe 
comment. Il ne se soucie pas d'avoir des expres- 
sions à soi. Dans la familiarité où il vit avec ses 
maîtres, pour peindre les idées qu'il leur em- 
prunte sans le savoir, il se sert de leurs couleurs, 
en enfant de la maison. Il ne sera pas moins fier 
de son œuvre , dont le dessin est bien à lui , dont 
il ne voit que le dessin , pour l'avoir enluminé 



4 



— 46 — 

avec le secours d'autrui. Son amour-propre se rat- 
trape aux tons qu'il a su choisir : « on verra bien 
que s'il n*est pas peintre, il est du moins connais- 
seur » I Et c'est bien calculer. Ses émules, en effet, 
j'allais dire ses camarades de classe, lui donnent 
raison en distinguant, en s'àppropriant chez lui 
les mêmes mots qu'il a recueillis chez les Anciens, 
si bien que chacun d'eux les répète et les place à 
son tour; c'est comme une espèce AHnfluenza. A 
défaut d'autre caractère , ces mots épidémiques 
peuvent donc servir à faire reconnaître les écrits 
d'un même moment et d'un même groupe. La cer- 
titude de ce procédé ne saurait être mise en ques- 
tion , ou bien il faudrait nier les conquêtes de 
la philologie moderne, contester, par exemple, 
— mais qui l'oserait? — ces fameuses vaches 
qui sont des nuages , ou ces nuages bienfaisants 
qui sont des vaches, avec lesquels on explique 
couramment de l'autre côté du Rhin les migrations 
des peuplades préhistoriques. Le seul inconvénient 
de ce mode de critique , serait qu'on n'eût pas 
sous la main des écrits d'âge déterminé, propres 
à servir d'étalons et à imposer leur date aux 
textes qui auraient avec eux la conformité cher- 
chée. 

Mais ici l'on n'a rien de pareil à craindre. Nous 
sommes à même de rapprocher Pamphilus de 
amore de plusieurs poèmes, dont nous le suppo- 
sons contemporain, tels sont : 1 ® le Waltharius de 



— 47 — 

Géraud; 2* la Vision de Fulbert; 3<» VEpître au 
fvi Robert , de TEvêque Adalbéron ; 4® la Querelle 
du lin et de la brebis , d'Hermann de Vôringen. 

On va voir que notre comédie leur a pris , ou 
plutôt qu'ils ont pris d'elle un certain nombre de 
façons de parler qui ne sont pas de l'usage ordi- 
naire , et qu'on ne retrouverait pas ainsi réunies 
dans le reste de la littérature latine du moyen 
âge. Mais ce n'est pas tout, ces cinq ouvrages 
d'allure et de caractère si divers , ont entre eux 
une sorte de fond commun d'expressions favorites. 
On a relevé ces expressions, — il y en a une cen- 
taine , — et les vers où elles se rencontrent , de 
manière à en former une espèce de lexique. Tou- 
tefois, on ne les rapportera pas ici par le menu. 
Non pas qu'on approuve en aucune façon la hau- 
taine prétention d'un historien de Louis XIII, 
M. Bazin , qui veut en être cru sur sa parole : 
il n'est jamais inutile de fournir la preuve qu'on 
ne s'est pas abusé et qu'on n'a pas cherché à 
abuser les autres. Mais à quoi bon embarrasser 
son discours de pièces justificatives qui ont ail- 
leurs une place marquée? L'important, est de 
n'être pas suspect. Pourvu qu'on mette à sa portée 
des moyens de contrôle , le lecteur est rassuré. Il 
sait bien que si les garanties qu'on lui présente 
ne pouvaient pas suffire, les Erynnies, ressuscitées 
par M. Leconte de Lisle, prendraient bien vite 
pour venger sa bonne foi surprise , l'espèce de 4 
guelçue implacable érudit. 




— 48 — 

Donc , on s'abstiendra de festonner ici de cita- 
tions, parce qu'on le fait autre part, les mots Aptus^ 
ars, fovere, ille, ipse, nequire ^ nimis et nimium , 
or do , ordine y poUere , pro ferre , promere , quire, 
ratio y ratione, sat et satis, saper e, sollers, spon- 
dere, ulterius, vereri, etc., (1) dont l'auteur du 
Pamphilus, Adalbéron, Géraud, Hermann de Vôrin- 
gen , usent et abusent comme de concert. Au sur- 
plus, dans l'ordre des preuves qu'il s'agit de mettre 
en ligne , celles-là figurent au dernier rang ; c'est 
comme qui dirait l'arrière-ban , la milice bour- 
geoise ; cela fait nombre et couvre le terrain, mais 
ce n'est pas cela qui gagne les batailles. Voici venir 
les véritables forces, ces locutions singulières et 
frappantes dont j'ai parlé : celles-ci , il faut les 
passer en revue , au risque d'ennuyer un peu. 
Pas plus que les autres , elles n'ont été créées 
par l'auteur du Pamphilus ; elles proviennent des 
sources où puisent de préférence les poètes du 
X® siècle, Plante et Térence, Horace, Ovide, 
Perse, etc.; mais elles ont reçu — qUelques-unes 
du moins — la façon de l'esprit français : latines 
en apparence, elles ne seraient pas toutes aisément 
comprises des Latins. C'est cela précisément qui 
les rend si remarquables. Ainsi modifiées comment 
passeraient-elles inaperçues? Et quand on les 
retrouve toutes ^ employées avec les mêmes accep- 

(1) V. le Lexique, à la suite des Preuves. 



I ii'hiAa 



— 49 — 

tions, encadrées dans les mêmes formules, soit 
dans le Waltharitis , soit dans TEpitre au Roi 
Robert, soit encore dans la Vision de Fulbert et 
dans la Querelle du lin et de la brebis, comment ne 
pas conclure de là, que Géraud, Adalbéron et Her- 
mann ayaient lu et relu la comédie de VAtnour, 
ou, ce qui revient au même, que la comédie de 
Y Amour est antérieure à leur trois poèmes? Voici 
ces locutions. Nous allons les traduire pour leur 
rendre leur vraie valeur, et, — pour les faire 
paraître dans toute leur force, — leur donner un 
sens suivi. Le lecteur est libre d'imaginer que nous 
les extrayons une à une d'un manuscrit palimp- 
seste, et que par un effort de génie, — le génie 
des faiseurs de bouts rimes — nous restittwns les 
passages perdus. Un critique , en pareil cas , fait 
toujours dire aux textes tout ce qu'il veut, ou il 
ne sait pas son métier. 

J'aime, ô jeune fille, ion visage magistral, c'est-à-dire 
noble — vultus herilis — (1) et ta verte jeunesse — viri- 
disque juventa — (2). J'en supplie votre grâce — gratia 

(i) Ardentes oculi, caro candida, vultus herilis {Pamphilus, 
V. 712). 

Astitit et vultum reticens intendit herilem ( Waltharius , 

V, 227 ). 

Non minor artificis quam régis proies herilis (Carmen Adal- 
heronis, v. 245 ). 

(2) En modo dulcis amor, viridisque juventa^ locusque {Pamph., 
680). 

Alpharides frctus pedibus viridiqv>e juventa (W<3Xih^^Z^l. 



— 50 — 

vestra — \3) , viens dans ce coin de jardin — angu- 
lus — (4). Point de crainte, que votre finesse prenne 
garde — provideat solertia vestra — (5) de se tromper 
elle-mème. 
Quoi qu'il te regarde comme une paysanne, rus- 

tica (6) quoi qu'il ignore ta noble origine — no- 

bilis ortus — (7) le monde — mundus — (8) respectera 
ton honneur — honor — (9). N'en doute pas — 
indè — (10). 

(3) Qaid loqaar aoscoltet graUa vestra bénigne ( Pamph, 292). 
In hoc, rogito, clarescskt gratia vestra {WaUh. 306). 

(4) ViK erit iste mens sine fructibos angulus nnqaam {Pamph. 

654). 

Angulus hic virides ac vescas gesserat herbas {WaUh, 497). 

(5) Hinc , preeor , ot vigilet solertia vestra laborqoe 

Et ratione sua rem bene provideat ( Pamph. 338-339 ). 

Provideat caveatque , preeor , soUertia Régis 

Ne vestri imperii labator forte columna. ( WaUh, iS5-i26 ). 

(6) Huic nisi paroeris rustica semper eris ( Pamph, 4i7 ). 

Rusticus ille, piger, deformis et undique tarpis. {Carm, 
Adalb, 37 ). 

Hic sua per geminas dum fondit pallia caodas , 

Rusticus est nisi sit discolor hic alii ( Conflictus Ovis et Lini 

i87-188). 

(7) Dicitur et fateor me nobilioribus orta ( Pamph. 47 ). 

Regibus et ducibus bona laus est nobilis ortus, ( Carm. 
AdaU). 23). 

(8) Plurima mundus habet sua que vicinia nescit. {Pam]^, i21). 
Mundus adhuc puero Dominum metatur... Carm. Adalb, 9). 
Hos usus numquid mundus habere nequit. ( Conflictus 327). 

(9) Salve semper honore mec ( Pamph. 223 ). 

Pe;;p Veneris mores , virgo cito perdit honores ( Pamph, ) . 
(10) Est nimium locuples, non tamen inde superbit {Pamph. 366). 
Virtutis proprise qui fors vilesceret indè {WaUh. 1094, 1095), 

Prœsul et ille sacer loquitur Gregorius indè {Carm, Adalb, 

221). 



— 51 — 

Voilà que — en — (11) les ducs et les rois — duces 
et reges — (12), voilà que — en — Vordre des Puissants 
— ordo potentum — (13) sont pris par tes charmes — 
deprenduntur — (14). Les éleveurs de bœufs eux-mê- 
mes, — Bubulci — (15) si fiers de leurs richesses sont 
prêts — presto sunt — (16) à aller à pied — ire pedes, 
pedites — (17) jusqu'aux extrémités de V Europe, troi- 
sième partie du monde — Europa tertia pars orbis — (18/ 
pour acheter un de tes regards — mercari — (19). 

(li) En mala nostra vides, en nostra pericula nosti (Tamph, 
Qijei quatre autres exemples. V. 654, 670 , 680 , 708. 

En hodieimperii... cecidisse columna 

Noscitur', en robur procul ivit. (Walih, 376^ et huit autres 
exemples, v. 850, 870, 947, 1451, 1233. 1279, 1287, 1433. 

Endixi verum... ^Carm. Adalh, 355^. 

(12) Quam timet alta Ducum servilque potentia Regum {Pamph, 

27). 

Regibus et Ducibui bona laus est nobilis ortus. ( Carm. 
Adalb. 23). 

(13) Plebs timet ingenio superari parva Potentum {Pamph. 54 ). 

ordo Potentum ( Carm. Adalb. 371 ). 

(14) Et piscis liquidis deprenditur arte sub undis {Pamph. 85 ). 

Dicunt que ratio , quis in his deprenditur ordo ( Conflic- 
<tts696). 

(15) Dummodo sit dives cujusdam nata bubulci { Pamph. 53 ). 

Non sunt carnifices, caupones, necne bubulci {Carm. 
Adalb. 249 ), 

(16) En qusecumque velis patiens ad werheràprœsto {Pamph. 708). 
Ejus amore pati toto sum pectore prœsto { Walth. 259). 

(17) Et modo fertur eques qui solet irepedes { Pamph. 92). 
Desiliens parât ire pedes (Walth. 1%1J. 

(18) Tertia pars orbis , fratres, Europa vocatur ( Walth. 1 ). 
Pars Europa minus non jactat tertia mundi { Carm. Adalb. 

163), 

(19) Convenit externos mercari sepe labores {Pamph. 120). 

Ecce viam mercor { Wath. 662 ). . ..^^ 



— 52 — 

Vâme humaine — mens humana — (20) n'aspire de- 
vant toi qu'à Pélal conjugil — sors jugalis — (21). 
Souffre que chacun t'adresse ses raisons. — propriam 
rationem — (22-23) Que chacun sache — sapiat — (24) 
que tu lui permets — sibi — (25) de te déclarer son 
vouloir — vellesuum — (26). Et toi, louche Sicambre 

— lusce Sicamber — (27), qui portes une cotte à tri- 
ples mailles — trilicem — (28) toi aussi, prêtre loucha, 

— lusce sacerdos — veillez à cette porte sans bouger. 

(20) Sic mens humana capta videt laqueos ( Pamph, 769 ). 

Mens humana Deo semper vicina videtur (Carm. Adalb. 201). 
Absque jugali 
(2i) Me vinclo permitte meam ducere vitam ( Walth, 459, 460 ). 

El jugîter maneat divisas sorte jugali ( Carm, Adalb. 72). 

(22) Qui Marcum proprio vinceret alloquio {Pamph. 729). 
Illic Waltharius propria virtute coruscus ( Walth. 525). 

(23) Non tamen incipies hac ratione loqui ( Pamph. 444 ). 
Dumqueluum nomen rationis nominal ordo {Pamph. 546). 
Idcircoque meam perpendile nunc rationem ( Walth, 430). 
Gunlharius princeps esl hac ratione superbus : 
Congaudete , etc. ( Walth, 469 , 470 ). 

(24) Usus et ars docuit quod sapit omnis homo ( Pamph, 243 ). 

Alphabelum sapiat digilo tantum numerare ( Carm. Adalb. 
49). 

(25) El sibi consilium notificabo meum (Pamph. 289). 
Uxorem suadens sibi ducere ( Walth. 443 ). 

(26) Huic ideo metuo dicere velle meum ( Pamph. 48 ). 
An facial vel non nesciat velle tuum ( Pamph. 430). 
Yerum velle meum solis bis estud rébus ( Walth. 257 ). 

(27) Cur tam prosilias ddmiror, lusce Sicamber (Walth. 4435). 

Persius indignans promet tum : Lusce sacerdos ( Carm. 
Adalb. i^d), 

(28) In primis galeam Régis tunicamque triUeem ( Walth. 263). 
Insuper apponastibi ioricamque triUcem ( Carm Adalb. 437). 



— 53 — 

Oti — aut — (29) tâchez de ressembler à des statues — 
similare — (30) ou — aut — craignez la colère de 

Si l'on examine les vers qui correspondent à 
chacun des mots donnés^ on sera nécessairement 
frappé des concordances qu'ils présentent. Ce sont, 
comme on dirait en musique , les mêmes motifs 
sous des formes un peu différentes. Non-seule- 
ment nos poètes emploient les mêmes groupes de 
sons, ils ont encore les mêmes idées. Donnez cette 
petite table thématique, car ce n'est pas autre 
chose, à un philologue, même médiocrement 
hardi. Il vous en déduira avec aisance l'idée d'un 
peuple et d'une époque. Il vous dira la langue de 
ce peuple, (Sapere, inde, mundus) son état poli- 
tique, (Duces, Reges, potentes) son état social (no- 
bilisortus, bubulcus, rusticus) ses préjugés de 
caste, (herilis, rusticus encore) son tour d'esprit 
dominant (rationem, aut — aut) son cérémonial 
(gratia vestra, etc.) ses auteurs favoris, ses prédi- 
lections littéraires (herilis, angulus, juventa, velle 

(29) Aut tu toile tuas nostro de corde sagittas , 

Aut tu seva tuis vulnera pasce modis ( Pamph, 65, 66 ). 
Aut victus taceat, aut modo Victor eat ( Pamph. 617). 
Aut modo sim liber, aut ratione reus ( Pamph. 7H ). 
Aut quesita dabis, aut vitam sanguine fundes ( Walth. 667 ). 
iltt« Régis cineres, aut nostras flabo Camaenas (G. Adal i8i). 

(30) Gui nos similare nequimus {Walth. 58). 
Fabula non similat verum ( Cann. Adalb. 354 ). 

Est aliquid porro cur se similaverit agno {Conflictus 636 ). j 

m 



— 54 — 

meum) et jusqu'à ses livres d'étude (similare; 
Europa, tertia pars orbis). Proposez-lui alors 
l'hypothèse qui fait de Maurilianus, c M. Auri- 
liaci », il la trouvera très-légitime. Que dis-je, il 
ne voudra pas que ce soit une hypothèse. Et il 
en donnera cette raison d'autant plus plausible , 
qu'elle va au-devant d'une objection qu'on pour- 
rait faire, c'est que les caractères ci-dessus re- 
marqués conviendraient aussi bien à la France de 
Louis-le-Gros , qu'à celle de Hugues-Capet , s'ils 
étaient fournis par le seul Pamphilus qui n'a pas 
de date, mais que comme ils se tirent concur- 
remment de Vépître au roi Robert et du Waltha- 
rius , il n'y a pas de doute qu'ils appartiennent 
à l'époque où le monastère d'Aurillac florissait et 
se glorifiait de Gerbert. 

Le seul vice de cet argument , c'est qu'il sup- 
pose comme certaines et comme sues deux choses 
dont le lecteur peut douter, qu'il ignore peut- 
être, et qu'en tout cas il n'est pas tenu de savoir, 
l'âge du Waltharius et sa nationalité. Car pour 
l'épître au roi Robert, elle est hors de question. 
Son titre même annonce sa date : on sait d'ail- 
leurs que l'évêque Adalbéron , qui en est l'au- 
teur , occupa le siège de Laon de 984 à 1030. Bien 
plus , un élève de l'école des Chartes a démontré 
dans une thèse, en 1852, que cette espèce de 
satire allégorique a été composée vers l'an 1017. 

Pour le Waltharius , on est bien loin d'avoir de 



— 55 — 

telles précisions. Jacques Grimm , qui en a donné 
le premier une édition critique, l'attribue à un 
certain Gérard , moine de Saint-Gall , qui l'aurait 
dédié à un Erkembald , évêque de Strasbourg , de 
965 à 991 . Il le regarde d'ailleurs comme une 
traduction ou une imitation d'un original teu- 
tonique : 1 ® parce que les deux héros du poème , 
Walthaire et Haganon, sont nommés dans les 
Nibelungen; 2® parce qu'un certain Ekkehard 
dit avoir corrigé et purgé de quantité de germa- 
nismes une vie de Waltharius à la main forte, 
écrite en latin par un autre Ekkehard ; 3® parce 

que c'est tout. — M. Edélestand Duméril, 

germanisant convaincu, renchérit encore sur cette 
opinion , quoiquil en démontre l'impossibilité^ dans 
son Recueil de poésies latines, antérieures au 
XII® siècle. Quant au nouvel éditeur de l'Histoire 
littéraire de la France, M. Paulin Paris, il serait 
trop malheureux de contredire Jacques Grimm; 
il aime mieux persiffler M. Fauriel , qui croyait 
avoir de bonnes raisons (1) de faire honneur de 
la conception du Waltharius à un poète Provençal. 
— Il semble qu'il faille une grande audace pour 
résister à de pareilles autorités : on va voir qu'il 
suffit d'un peu de probité et de bon sens. D'a- 
bord , il n'y a pas deux versions du Waltharius , 
on n'en connaît qu'une. Elle est en latin , elle est 

(i) Je ne connais pas ces raisons, n'ayant pu me procurer à Tou- 
louse VHiitoire de la poésie provençale. 



— 56 — 

signée, à deux reprises, non pas Gérard ni 
Gérhald, mais Géraud, nom aussi national en 
Auvergne et en Limousin qu'Hermann et Fritz 
peuvent l'être en Allemagne. Elle est dédiée à un 
prélat d'illustre naissance, Archambaud. Les Béné- 
dictins ont cru qu'il s'agissait d'Archambaud , ar- 
chevêque de Tours, qui t florissait, disent-ils, 
vers 986; » ajoutons : qui fut excommunié en 
998, pour avoir consacré le mariage du roi Robert 
et de Berthe (1). — Rien n'est venu prouver, 
M. Grimm n'a pas même essayé de démontrer que 
les Bénédictins se soient trompés. Ce Géraud n'é- 
tait pas moine, car il appelle son prélat, qui 
était évidemment son protecteur , cher frère 
(carus adelphus). Il dit de même « mes frères » 
aux auditeurs inconnus qui sont censés l'écouter. 
Nous inférons de là qu'il appartenait au clergé 
de Tours , constitué en Chapitre ou Collège régu- 
lier, et probablement en Académie, sous la pré- 
sidence de l'archevêque (2). Les choses étaient 

(i) Historiens de France, tome x, page 535 ; Erchembaldum 
Turonensem Archiepiscopum , talis conjugii consecratorem , cum 
omnibus Episcopis qui consentientes interfuerunt his incestis nup^ 
tiis Régis et Bertœ consanguineœ suœ , a sacrosancta commu • 
nione suspendimus , donec ad hanc Sedem Apostolicam veniant 
satisfacere 

(2) Pour préciser ma pensée , je crois que le Waltharius a été 
composé pour être lu dans une Académie que présidait l'archevêque 
de Tours : c'est ce que nous appelons aujourd'hui une lecture aca- 
démique. 



— 57 — 

organisées de la même façon à Laon ; c'est ce que 
prouve le début de Tépître d'Adalbéron : 

Régi Roberto sic prœsul Adalbèro scribo 
Prœsulis in senio : Fratrum Laudunicus ordo , 
Flos juvenum fructusque seaum te mente salutat. 

Géraud ne cache pas qu'il a pris beaucoup de 
peine à composer son ouvrage : il ne dit pas qu'il 
l'ait traduit de l'allemand. Je le crois bien I Le 
Waltharius est un poème patriotique, hostile à la 
dynastie franque , aux rois fainéants et surtout 
anti-allemand. Cela est évident; si M. Jacques 
Grimm ne l'a pas vu, on est un grand critique à 
bon marché en Allemagne; mais il l'a vu, au 
moins dans un passage où ce caractère crève en 
quelque sorte les yeux , et , — c'est pour cela que 
je parlais tout-à-l'heure de probité , — il a tenté 
de faire violence au texte pour l'accommoder à sa 
fantaisie. 

Les deux héros du poème , Haganon et Wal- 
thaire (1) ont été donnés en otages à Attila par les 
rois de Bourgogne et d'Aquitaine, ses tributai- 
res. Le conquérant les a emmenés avec lui en 
Pannonie , les a élevés dans son palais , en a fait 
ses compagnons d'armes et s'est pris d'affection 
pour eux , pour Waltharius surtout , qui se dis- 

(i) Il m'eût été facile de rejeter cette analyse dans une note , 
mais on verra tout à l'heure que bien loin d'être un hors-d'œuvre , 
elle est un des arguments les plus solides de ma discussion. 



— 58 — 

tingue entre tous par sa valeur. Au bout de plu- 
sieurs années, Haganon s'échappe, traverse la 
Germanie et s'arrête à Worms, chez le roi des 
Francs , Gunther. Walthaire projette de le suivre. 
Dans ce dessein , il invite le roi des Huns et les 
grands de sa cour à un banquet , où il prend soin 
qu'on leur verse copieusement à boire. Puis, pen- 
dant que ses convives roulent sous la table , il 
charge deux chevaux des trésors d'Attila et s'en- 
fuit à bride abattue. Vivant de chasse et de pê- 
che, il arrive à son tour aux environs de Worms, 
dans la forêt des Vosges. Le roi Gunther apprend 
par hasard qui il est , d'où il vient , et se met en 
tête de le dépouiller de ses richesses. Haganon 
essaie en vain de l'en détourner. Le roi décide 
que onze de ses meilleurs guerriers , parmi les- 
quels Haganon lui-même, viendront sans retard, 
avec lui , douzième , à la poursuite de Walthaire. 
Celui-ci, avec qui l'on parlemente d'abord , trouve 
cette agression souverainement injuste; il offre 
pourtant de payer un droit de passage ; mais on 
n'accepte pas ses concessions. Il prend alors le 
parti de se défendre et se poste de façon à n'a- 
voir jamais en tête qu'un seul adversaire. Chacun 
des guerriers francs s'apprête à l'attaquer, sauf 
Haganon qui se récuse , par couardise héréditaire, 
selon le roi Gunther, en réalité , par amitié pour 
son ancien compagnon de captivité. 
Walthaire tue successivement neuf de ses agrès- 



— 59 — 

seurs; le huitième est un Saxon, qui l'inter- 
pelle en celtique et le traite de Faune. (Oh , la 
racef voyez! déjà polyglotte, et — soyons cour- 
tois — trop savante!) Cette pédanterie fait rire 
Walthaire. — Ah I ah I celui-là I Va , ton celtique 
ne te déguise pas I Toi , de cette nation , la pre- 
mière du monde , pour plaisanter avec grâce ! 
Approche un peu , que je t'envoie conter à tes 
Saxons que tu as vu le fantôme d'un Faune dans 
la forêt des Vosges 1 Et il le tue (1 ) . C'est ce passage 
que M. Grimm a d'abord torturé , en attribuant 
au Saxon les paroles de "l'Aquitain. Cela était 
très-spirituel et pouvait faire penser à la chanson : 

En vous voyant sous l'habit militaire, 
J'ai deviné que vous étiez soldat I 

Mais on voit d'ici le gâchis f M. Jacques Grimm 
a fini par s'y trouver mal à l'aise et n'a plus per- 
sisté à nier l'évidence, mais il n'a pas démordu 
pour cela de son opinion. Il avoue que c'est Wal- 
thaire qui parle, seulement il se hâte de déclarer 
que le passage, ainsi lu, est incompréhensible, 
ou , comme il dit , plein de difficultés. 

(I) On conçoit que M. Jacques Grimm ait eu peur de perdre un 
Faune qui devait être allemand puisqu'il se trouvait dans une 
forôt allemande. On s'explique donc très bien qu'il l'ait placé dans 
sa Mythologie allemande , {Deutsche Mythologie p. ^5), un ouvrage 
dont aucun germanisant n'a encore enrichi la littérature française. 
Quel dommage! {Voir Ed, Duméril: Poésies latines antér. au 
Xlh «. p. 349. Note 3.) 



— 60 — 

— Quand il ne se voit plus que deux oompa- 
gnonSy Gunther a peur ; il se retourne piteusement 
vers Haganon et le supplie de prendre part à la 
lutte. — Non , là, vrai ! sire , je ne peux pas ; vous 
savez , c'est dans le sang ! mon père tombait en 
faiblesse à la vue d'une épée ! Après s'être ainsi 
vengé du reproche de couardise héréditaire, — 
pour rhonneur de la Royauté que ce pauvre ro 
met en péril, et qu'il faut bien sauver, — Haganon 
fait le sacrifice de son amitié et se résigne à com- 
battre contre Walthaire. Il le tire d'abord par une 
feinte de son retranchement, et alors commence 
une lutte de trois contre un , où le dixième Franc 
périt, et où le roi Gunther, qui s'y montre débile 
et ridicule , finit par avoir la cuisse coupée d'un 
coup de sabre. En essayant de le défendre , Haga- 
non abat le poignet de l'héroïque Aquitain, mais 
il est frappé à son tour à l'œil gauche, qui jaillit 
hors de l'orbite. — Une jeune fille, une jeune 
princesse, fiancée de Walthaire, et qui l'a suivi 
depuis la Pannonie , où elle était comme lui en 
otage , vient au secours des trois blessés. Elle offre 
d'abord à boire à son héros, mais lui, bien que 
mourant de soif, l'invite courtoisement à présenter 
sa coupe à Haganon^ ami déloyal, mais guerrier 
plein de vaillance ; son tour viendra après ; quant 
au roi Gunther, il boira le dernier, c'est tout ce 
qu'il mérite. — Enfin, pendant qu'on charge le roi 
Franc sur un cheval pour le ramener à Worms, 



— 61 — 

l'Aquitain et le Bourguignon, étendus sur le gazon, 
passent le temps à se moquer de leurs blessures et 
à se brocarder à qui mieux mieux. — Avec la main 
qui te reste, dit Haganon, je te conseille de faire la 

chasse aux cerfs — Pourquoi ? demande Tautre. 

— Pour te tailler dans leur peau des gants que 
tu rempliras de filasse : je te les garantis inusables 
. (sine fine wantis). — Et toi, réplique TAquitain, 
si tu as à passer devant les Dames ou quelqu'il- 
lustre compagnie, n'oublie pas de marcher de tra- 
vers. — Ils rentrent chacun dans son pays. Wal- 
thaire épouse sa fiancée qu'il a toujours respectée, 
devient roi et vit de longues années, honoré, puis- 
sant et invincible. 

Qui donc oserait prétendre , après avoir lu cette 
analyse (qui défie tout contrôle) , que le Waltha- 
rius est une œuvre tudesque? — Que Géraud ait 
connu les Nibelungen^ qu'il y ait pris son point de 
départ, les noms de ses héros, leur séjour à la cour 
d'Attila , leur fuite ; qu'il y ait fait , pour la pre- 
mière partie de son poème, ample provision de 
couleur locale, à la bonne heure I II n'y a pas à le 
contester. Mais ce sont là, dans le poème, des 
détails presque accessoires. Tout le reste est ima- 
giné , tout le reste a un rapport étonnant à ce qui 
se passait en France à la fin du x^ siècle, tout le 
reste glorifie les Celtes aux dépens des Germains , 
et l'on sait que les deux races s'aimaient alors 
à peu près autant qu'elles le font aujourd'hui. j 

' m 



— 62 — 

Ainsi donc, Géraud était Français certainement, 
et , si Ton en juge par son nom et par la nationa- 
lité de son héros, probablement Aquitain. Ami et 
protégé d'Archambaud, archevêque de Tours , qui 
pourrait bien avoir appartenu lui-même à quelque 
grande famille aquitaine, — notez que Tancienne 
ville de Bourbon qui fit partie de la première 
Aquitaine , s'appelait en latin Borbo Erchembaldi 
— Géraud a été le contemporain de l'auteur du 
Pamphilus, dont le faux surnom Maurilianus 
semble attester la même origine provinciale. 
Comme l'un des deux a levé sur l'autre le curieux 
tribut d'expressions que nous avons signalé, on 
est induit à supposer qu'ils firent partie du même 
groupe littéraire , et qu'ils purent étudier sous les 
mêmes maîtres au monastère d'Aurillac. 

Quoique l'histoire littéraire les ait oubliés ou 
à peu près , il est permis de penser qu'ils furent 
comptés parmi les meilleurs poètes de leur temps, 
puisqu'on trouve des réminiscences de leurs ou- 
vrages dans les écrits postérieurs d'Adalbéron et 
d'Hermann de Vôringen et dans la Vision de Ful- 
bert. Leurs poèmes ont eu cette destinée com- 
mune qu'ils ont disparu pendant des siècles. Pour 
le Waltharius , on n'en est pas surpris. L'avéne- 
ment de la troisième dynastie , la fin des guerres 
avec l'Allemagne tendaient à éteindre les passions 
qui l'animent et qui le rendent intéressant. D'un 
autre côté , l'attention universelle qu'excitèrent 



/ 



— 63 — 

bientôt les romans en langue vulgaire devaient 
le faire dédaigner. Il est moins facile d'expliquer 
le délaissement de la comédie de TAmour, très- 
supérieure comme portée, au moins égale en in- 
térêt, si ce n'est en force comique, à la Farce 
de Pathelin. Pourquoi ne Ta-t-on pas traduite ou 
imitée avant la fin du xv® siècle ? Je n y vois , 
pour moi, qu'une raison. Ce vif crayon des carac- 
tères et des mœurs de la jeunesse, cette mora- 
lité notable, comme dit Hiérémias , est si hardie et 
si libre, qu'elle a pu passer pour immorale. A 
peine rendue publique, des scrupules religieux 
l'auront fait retirer de la circulation. Les moines 
d'Aurillac , tout en la conservant avec soin comme 
un monument remarquable de l'enseignement 
de leur école, l'auront néanmoins tenue cachée , 
de même qu'on cachait à Naples dans le Musée 
secret des œuvres d'art trop curieuses ou trop 
belles pour qu'on voulut les détruire , trop eroti- 
ques pour qu'on put les exposer à tous les re- 
gards. Pourtant , le Pamphilus n'a jamais été tout 
à fait inconnu. Jean Balbi (1), un grammairien, 

(i) Dominicain génois nommé aussi de Janua ou Januensis , com- 
posa danslexiiie siècle des commentaires et quelques autres ouvrages' 
Son Catholicon seu Summa grammaticalis fut imprimé à Mayence , 
en 1460 , par Fust et Scheffer. Cette espèce d'encyclopédie classique, 
contenant une grammaire , une rhétorique et un dictionnaire com- 
pilés çàetlà, est un des premiers livres sur lesquels on ait failles 
essais de l'art de l'imprimerie. Elle est très chère et très rare ( iVoM- 
veau dictionnaire historique. Caen, i783). 



— 64 — 

célèbre au moyen-âge, qui vivait, suivant Mel- 
chior Goldast, vers 1210, plus ou moins, fait 
remarquer dans son Catholicon que Tavant-der- 
nière syllabe de Pamphilus est brève, et il cite 
ce vers , qui est le 681® de notre comédie : 

Pamphile, toile manus jamque redibit anus. 

Un autre grammairien du moyen âge, que 
Goldast nous fait également connaître , Guer- 
mond , commentateur de Priscien , signale le mot 
sociabus qui se trouve, dit-il, dans Maurilianus, 
On lit , en effet , au vers 395 : 

« Pulchrior hicsociis, sociabus pulchrior ipsa. » (i) 

Mais c'étaient là, comme Hiéremias, des érudits, 
des religieux, ennemis par nature autant que par 
état , de la littérature amusante. Les hommes ca- 
pables d'apprécier et de répandre le Pamphilus 
n'avaient pas accès dans les bibliothèques des mo- 
nastères, et ne furent admis que très-tard à en re- 
muer les manuscrits. 

(i) Voir aux Preuves la âme lettre de M. Louis Sieber. 



— 65 — 



ra. 



L'auteur du Pamphilus , a certainement voulu 
imiter les anciens ; mais son génie s'est trouvé si 
original , sa conception si nouvelle qu'il n'y a pas 
réussi. 

Ainsi , il a placé ses acteurs en plein paganisme, 
et si Ton ne regarde qu'aux dehors, il a assez exac- 
tement observé les convenances classiques. Mais 
c'est tout ce qu'il a pu faire. Pour le reste , il est 
tout moderne , et trahit à chaque instant les habi- 
tudes de l'esprit chrétien. Tant d'autres après 
lui , et de plus grands que lui , ont subi comme 
lui en pareille occasion l'influence des mœurs et 
des idées au milieu desquelles ils vivaient , qu'on 
n'est pas trop surpris de cette dissonance. Ce qui 
étonne , c'est qu'un poëte du x® siècle ait su rendre, 
avec tant de bonheur et de vérité , des mœurs et 
des personnages , dont Plante ni Térence ne don- 
nent aucune idée , ne présentent aucun modèle. Le 
caractère de Pamphile , surtout celui de Galatée , 
tous deux si vivants, sont des créations , au sens 
absolu du mot , les premiers exemplaires de deux 
types que la civilisation païenne n'a pas connus 




— 66 — 

ou qu'elle s'est interdit de représenter. Dans les 
comiques latins , l'amour, tel qu'il se manifeste 
chez les jeunes gens, est une passion purement 
sensuelle. Il n'a pour objet que des courtisanes 
ou des filles déchues. S'il s'adresse plus haut , il 
est pire encore. Ce n'est plus seulement un asservis- 
sement aux fantaisies, aux caprices ruineux d'une 
maîtresse, c'est une fureur qui s'assouyit par le 
viol, le soir , au coin des rues. Le régime social 
qui confine les femmes dans l'intérieur de la mai- 
son, ne laisse pas de lieu à la séduction. Rien 
ne développe dans la jeune fille soustraite à tou- 
tes les tentations et privée de volonté, le sentiment 
de l'honneur. Elle n'a pas à compter n'étant pas 
libre, avec la malveillance publique, qui est , 
dans nos mœurs, la gardienne jalouse de sa vertu 
et l'auxiliaire inconscient de la sollicitude du père 
de famille. 

Comme il n'y a pas de séducteurs , il n'y a pas 
davantage de jeunes filles rêveuses, ni d'amou- 
reux platoniques. La jeunesse demeure étrangère 
à tout un ordre de sentiments délicats et raffinés : 
elle sait trop que l'amour ne l'acheminerait pas au 
mariage. 

La conscience de la puissance paternelle , qui 
seule préside aux unions légales , déroute la nature 
dans les jeunes cœurs et les dérobe aux exalta- 
tions , aux troubles sacrés de la seizième année. 

Voilà pourquoi la littérature antique est si pau- 



X" 



— 67 — 

vre en romans. Dans les comédies mêmes, Tamour 
n'est que Taccessoire : le yrai sujet , le fonds du 
drame, c'est l'autorité paternelle; le protagoniste, 
c'est non pas comme chez nous , le jeune premier, 
mais le barbon. Térenca-est le poète des pères; Cc»J.c-< 
c'est à eux qu'il doit ses inspirations les plus hau- 
tes, ses accents les plus émus. 

Dès que les cadres de la société païenne ont été 
brisés, l'homme ayant cessé d'être un animal 
politique, la nature a repris ses droits, et les 
mœurs sont devenues de très-bonne heure, à 
très-peu de chose près, ce que nous les voyons. Il 
ne faudrait pas croire que les institutions féodales 
y aient beaucoup nui : l'histoire officielle a trop 
exagéré leur influence ; si elles avaient été exacte- 
ment telles qu'on les représente, elles auraient 
tout paralysé. Au contraire, elles n'ont fait que 
contenir un moment l'exubérance de vie et d'ac- 
tivité qui est propre aux peuples modernes. Elles 
n'ont guère tardé à subir l'ascendant de ces lois 
invisibles mais constantes^ que l'économie politi- 
que a révélées. Point de noblesse sans fortune , / 
point de fortune sans labeur. Le gentilhomme qui 
ne fait rien que la guerre et qui mange à cet 
exercice, comme dit la Fontaine, son fonds avec 
son revenu , apprête la déchéance de sa race. Il 
ne peut longtemps prévaloir sur le paysan , 
l'homme de métier , le marchand qui sans cesse 
travaillent et thésaurisent, sur le bourgeois qui 



— 68 — 

fait valoir en grand l'épargne accumulée de ses 
ancêtres. Ceux qui dans les archives publiques 
sont à même d'étudier aux sources l'histoire in- 
time des familles des trois derniers siècles , savent 
tout ce qu'il faut de roture pour faire un noble , 
et combien les nobles, condamnés à vivre no- 
blement , c'est-à-dire à dépenser sans rien eamer, 
durent peu. Rien n'est menteur comme les généa- 
logies. En fait , la noblesse n'est qu'un masque 
de théâtre qui appartient aux plus forts, c'est-à- 
dire , aux plus riches , d'où qu'ils viennent et quels 
qu'ils soient. Il en a toujours été ainsi , et le moyen 
âge qui connaissait bien cette loi l'a résumée 
dans une tradition que Dante a recueillie et qui 
en est le parfait symbole. Hugues Capet, disait- 
on à Paris , est le fils d'un boucher , parce que 
les bouchers étaient alors les plus riches de tous 
les bourgeois. On sait que dans un Mémoire célè- 
bre présenté au Régent , en 1 71 6 , le Parlement 
de Paris attribuait la même origine, mais sans 
figure cette fois , aux ducs de la Rochefoucauld, 

Ainsi, quels qu'aient été les efforts des clas- 
ses supérieures pour se constituer en castes , 
elles n'y sont jamais parvenues. La loi de vie les 
a sans cesse forcées à se mêler avec les autres 
pour se renouveler , en d'autres termes , pour se 
maintenir. Les choses se passaient déjà ainsi au 
X® siècle, puisque notre Pamphile, un jeune 
homme bien né pourtant , hésite trois ans durant 



— 69 — 

à déclarer sa passion, pourquoi? — Parce que 
celle qu'il aime est plus noble que lui; parce 
qu'elle est riche , et qu'il vit , lui , de son travail ; 
parce que l'argent qu'elle a lui doîîne^e "droit 
d'être ambitieuse, parce qu'ainsi va le monde, 
que la fille même d'un marchand de bœufs, qui 
a des écus , a le choix , oui , le choix entre mille 
prétendants. Les Pamphiles de notre temps parle- 
raient-ils autrement? Ainsi , l'on savait déjà sous 
Hugues Capet, qu'il n'y a de noblesse durable que 
pour ceux qui connaissent et qui pratiquent l'art 
de se mésallier utilement. Il y avait déjà des chas- 
seurs de dots. L'on se faisait déjà une étude de 
prendre au piège les héritières vaniteuses ou mal 
gardées. Cette espèce de pipée dont la tradition 
ne s'est jamais perdue chez nous, est inconnue 
dans les pays où les filles ne sont jamais dotées. 
Nous admirons beaucoup en France qu'aux Etats- 
Unis les jeunes personnes aillent et viennent, seu- 
les, librement... et sans accident. Nous sommes 
tentés souvent de nous écrier : Quel peuple que 
celui qui respecte ainsi l'innocence I et nous nous 
en voulons beaucoup de n'être pas ce peuple-là. 
Mon Dieu I II y a peut être dans cette discrétion 
qu'on a là-bas infiniment plus de peur que de 
vertu. Songeons un peu que ces aimables enfants 
sans dot ressemblent trait pour trait au lion de la 
première Epître de saint Pierre. Elles cherchent 
une proie parmi les hommes, avec cet avantage 



— 70 — 

effrayant, que la loi de leur pays oblige les im- 
prudents qui fixent trop leur attention à se laisser 
dévorer. L'opinion ne s'inquiète pas d'elles , ou 
du moins ne leur est pas sévère; elles peuvent 
faire à peu près tout ce qu'elles veulent , sans 
souci du qu'en dira-t-on. Cette liberté d'allures 
n'est pas possible chez nous , race dégénérée , où 
le père de famille a l'impudeur d'appauvrir sa 
vieillesse pour faire de sa fille un appât aux sou- 
pirants, ïl faut bien qu'il écarte d'elle les convoi- 
tises téméraires et qu'il s'oblige lui-même à une 
inquiète surveillance, juste expiation de son in- 
digne désintéressement 1 En sorte qu'avec le droit 
incontesté de disposer d'elle-même , la jeune fille, 
chez nous, est impliquée, qu'elle le sache ou non, 
en tout cas , bon gré malgré , dans un réseau do 
circonstances qui doivent déterminer son choix 
d'un mari. Les parents ont même trouvé un 
moyen de faire d'elle sa propre geôlière. Ils l'ont 
instruite dès l'enfance à se façonner sur un être 
de convention , modèle idéal de pureté et de mo- 
destie qui est dans l'esprit de tout le monde, et 
auquel tout le monde peut toujours la comparer. 
Ils ne lui laissent pas ignorer que la réprobation 
universelle l'attend si elle n'attrape pas la res- 
semblance, ou si, l'ayant saisie une fois, elle ne 
sait pas la conserver. 

Quand ces mœurs se sont-elles établies chez 
nous ? Il serait difficile de le dire, mais il est cer- 



— 71 — 

tain qu'elles existaient déjà du temps de Fauteur 
de notre comédie, puisqu'il a voulu montrer com- 
ment l'amour, mais l'amour bien chapitré, peut 
les éluder. 

Son Pamphilus^ tel qu'il apparaît d'abord est un 
de ces amoureux sauvages qui se plaisent à 
demeurer inconnus, qui se cacheraient d'eux- 
mêmes s'ils le pouvaient , qui seraient bien fâchés 
que l'idole qu'ils adorent incognito s'humiliât 
jusqu'à eux, quoiqu'ils le désirent, — timides et 
gauches à désespérer , habiles seulement à donner 
le change s'ils sont découverts et à se faire pren- 
dre pour le contraire de ce qu'ils sont. Rappelez- 
vous le Legs du trop négligé Marivaux 1 Bien en 
prend au marquis que la comtesse ne soit pas un 
cœur novice, et qu'avec le dilettantisme et la 
science de la maturité elle s'obstine à faire flam- 
ber haut et clair cette ardente passion qui ne sait 
que fumer en sa présence. Galatée n'est pas cette 
comtesse , on ne risquerait rien à parier qu'elle 
sait que Pamphile l'aime et qu'elle est toute 
prête à l'aimer : quelle jeune fille s'est jamais mé- 
prise à certains regards I mais elle n'en fait pas 
semblant , et rien ne la fera sortir de sa réserve. 
Aussi le pauvre Pamphile, que le respect tue et 
qui se sent mourir, ne compte plus pour vivre 
que sur un miracle. Vénus , à laquelle il s'a- , 
dresse naturellement, ne l'entend pas ainsi. Elle ' 
s'en tient aux conseils : elle veut qu'il se tire 




— 72 — 

d'affaire par lui-même et qu'il commence par 
s'aider s'il veut être aidé du ciel. Pamphile en 
prend son parti, mais c'est tout ce qu'il retient 
de la leçon de la Déesse, qui se croit encore au 
temps d'Oyide, et n'a évidemment aucun souci 
de l'ordre moral. Il veut bien oser, mais l'honnête 
garçon qu'il est , il connaît trop bien la puissance 
de la calomnie pour aller risquer de compromet- 
tre , comme on l'y engage, la réputation de sa 
chère Galatée. Pourtant , comme il ne peut res- 
ter sans rapports avec elle, il se décide à prendre 
une confidente. Quelle confidente, grand Dieul La 
Vieille, elle n'a pas d'autre nom, est peinte de 
main de maître. Je ne vois rien au théâtre qui lui 
ressemble, et dans la poésie métrique, on ne peut 
songer à lui préférer Jja. Dipsas.il!Qïide ni même 
l'admirable Macette de Régnier. C'est l'Art d'aimer 
en casaquin et en jupon. Elle accepte à prix dé- 
battu l'entreprise d'unir ces deux enfants que 
sépare, dans le monde, l'inégalité de leurs condi- 
tions et de leurs fortunes, et dans l'ordre naturel 
l'obstacle qu'oppose à l'un et à l'autre le sentiment 
du devoir et de l'honneur. Elle se charge de 
tous les mensonges que Vénus s'est bornée à con- 
seiller. Elle pratique contre Galatée tous les stra- 
tagèmes auxquels la probité de Pamphile n'aurait 
pas su se prêter. Mais si elle réussit à embraser 
le cœur de la jeune fille , elle ne parvient ni à 
ébranler sa vertu, ni à faire dévier sa raison. 



— 73 — 

Galatée qui s'en méfie , finit toujours par la ren- 
voyer à son père et à sa mère. 

Pamphile , dont la passion est devenue agres- 
sive , se montre moins intraitable. Il suffit que la 
Vieille lui fasse croire qu'on se prépare à marier 
la maîtresse de son cœur pour qu'il perde tout 
scrupule. Galatée mariée serait perdue pour lui, 
car l'adultère est un crime inexpiable auquel ni 
elle ni lui ne sauraient consentir. Au contraire, s'il 
la fait sienne de par son amour, tous deux pour- 
ront chercher , tous deux trouveront dans le ma- 
riage un refuge assuré, elle, contre l'infamie, lui, 
contre le remords. Il consent donc à ce que la 
Vieille arrange tout pour un guet-à-pens. Galatée 
s uccombe , mais avec une vertu si haute , un res- 
sentiment si vrai, un désespoir si profond, une 
telle horreur d'elle-même (elle se voit déjà comme 
Gain errante et proscrite dans tout l'univers) , que 
Pamphile, quia d'abord voulu l'égayer, demeure 
bientôt confondu et plaide piteusement devant 
elle la cause de son repentir. 

Elle ne lui répond rien, et persiste farouche 
dans son silence jusqu'au moment où la Vieille 
arrive, comme un pécheur qui vient relever ses 
filets. Alors elle éclate en paroles amères. Elle 
l'interpelle comme l'auteur de son infortune; son 
âme innocente , qui n'a pas cherché la science 
du bien et du mal , vient d'apercevoir les pièges 
dont on l'a circonvenue. Dans sa candeur, elle 



— 74 — 

se venge ou croit se venger, la pauvrette 1 en je- 
tant à la face de cette misérable femme les preu- 
ves de sa malice et de son ignominie. Mais la 
Vieille n'en est pas troublée; elle nie tout, joue 
l'ignorance, proteste de son honneur, entreprend 
son apologie, et cependant, car elle n'a pas grande 
confiance dans l'audace de Pamphile , cherche à 
savoir ce qui s'est passé entre les deux amoureux. 
Enfin, quand Galatée, poussée à bout par tant d'im- 
pudence et qui veut la convaincre d'infamie , 
s'emporte jusqu'à lancer à Pamphile une apostro- 
phe qui est un aveu , la Vieille change de ton. 
Elle défend qu'on pleure davantage. Ce qui est 
fait est fait, les regrets n'y changeront rien. Mieux 
vaut travailler à consommer par un mariage l'œu- 
vre inachevée de l'amour. Elle finit par demander 
son salaire et par prier les deux amoureux de ne 
pas oublier que c'est à elle qu'ils devront leur 
bonheur 1 

Je me suis efforcé de présenter par ses aspects 
moraux, si l'on peut ainsi parler, la comédie du 
monastère d'Aurillac , afin d'en bien fixer le vrai 
caractère. Car il faut tout dire, dans ce crayon si 
juste et si fin, au demeurant si sévère, la morale 
n'est pas ce qu'on aperçoit tout d'abord. Beau- 
coup de lecteurs , le premier éditeur lui-même, 
n'y ont vu que les conseils de Vénus, les inventions 
de la Vieille et la scène du guet-à-pens, dont la 
hardiesse atteint tout ce qu'on peut imaginer. Ils 



. — 75 — 

Ton considérée comme une œuvre purement ero- 
tique, ils l'auraient volontiers intitulée YEcole des 
Amoureux. C'est l'idée que s'était faite de notre 
comédie le mauvais rimeur qui la traduisit en 
1494. C'est comme telle qu'elle fut présentée au 
jeune Charles VIII par les témoins trop prévenants 
des premières fougues de ses sens. Et c'est peut-être 
à cette même méprise, plutôt qu'à ses qualités litté- 
raires qu'elle a dû d'être imprimée quatorze fois 
en moins de vingt ans. Jano Damiani, qui la mit en 
italien, la regardait comme une pure farce, et c'est 
sous le nom de farce qu'il la fit représenter aux 
Jeux Publics de Sienne, en 1518. Le moyen âge 
l'avait mieux jugée. On a vu qu'Hérémias l'avait 
classée parmi les moralités notables. Jean Prot , 
le bon commentateur, examinant dans quel ordre 
de connaissances il faut la ranger, décide docte- 
ment dans sa Préface qu'elle appartient à la catégo- 
rie de la Morale. On verra tout à l'heure s'ils ont 
eu raison. 

Je me suis servi , autant que possible , dans la 
paraphrase qu'on va lire , de l'idiome dramatique 
que tant de poètes ont imprégné de vie et de 
gaieté. J'espère qu'il aura été pour la conception 
de l'auteur du Pamphilus ce que l'huile est pour 
un vieux tableau, c'est-à-dire, qu'il aura rendu 
plus sensibles des traits et des intentions comi- 
ques, qu'offusque, dans l'original, un latin opa- 
que et dur. 



I 



IV. 



Au début de la pièce, Pamphile, seul, délibère 
avec lui-même. Il aime, il aime en secret ; il n'ose 
dire le nom de celle qui Ta frappé au cœur. Il la 
fuit , car la voir ne ferait qu'irriter sa blessure ; 
et pourtant chaque jour qui passe empire le mal 
et sa souffrance. S'il faut que rien n'arrête cette 
progression douloureuse , quels tourments l'at- 
tendent encore I Doit-il quitter la voie où il s'est 
engagé? qui lui apprendra ce qu'il doit faire? 
Sans doute, il est bon d'essayer de toutes les chan- 
ces ; maiss'il découvre sa blessure, et qu'on vienne 
lui dire , après cela , qu'elle est incurable 1 D'un 
autre côté , s'il persiste à la cacher, il risque fort 
d'en mourir ? Allons , mieux vaut la montrer 1 

Aussi bien le feu est moins vif quand on l'épar- 
pillé. Et là-dessus il se décide à parler à Vénus. 

Il l'invoque , et quand il croit l'avoir rendue 
attentive, il lui raconte qu'il aime Galatée, sa 
voisine. Oh 1 pourquoi est-elle sa voisine ! on sent 
moins la flamme à distance. C'est bien la plus jolie 
fille du pays, la plus charmante I mais elle est 
plus noble que lui , mais elle est surtout ^lu& 



— 78 — 

riche ; et dans un temps où la fille même d'un 
éleveur de bœufs peut choisir , si elle a du bien, 
entre raille prétendants , quelle chance a-t-il , 
lui Pamphile , qui gagne par son travail le peu 
qu'il possède ? Et puis, ces filles si belles sont 
généralement vaines et dédaigneuses. Ah ! sans 
doute, on ne l'écouterait pas! Il se l'est dit bien 
des fois , il a lutté bien des fois contre son amour ; 
mais l'amour est le plus fort. Que Vénus vienne à 
son secours! Et comme Vénus ne répond pas tout 
de suite , il se met en colère contre elle , il la 
gourmande. Après tout , c'est elle qui est l'auteur 
de son mail Qu'elle arrache donc les flèches 
qu'elle lui a lancées au cœur , ou qu'elle donne 
à son amour l'aliment qui lui convient ; car il souf- 
fre trop , il ne peut plus y tenir ! La déesse paraît 
alors. 

Avec la calme assurance d'un joueur d'échecs qui 
enseigne un œup à son élève , elle dit sentencieu- 
sement à Pamphile qu'on vient à bout de tout 
par un labeur obstiné, qu'il s'épouvante à tort 
de ce qui n'est pas même un épouvantail ; qu'avec 
les femmes , il faut oser ; qu'elles sont toutes , 
quoiqu'elles en aient, les complices involontaires 
de leurs amoureux , et qu'il n'y en a peut-être 
pas une sur mille qui regrette qu'on ait mis sa 
pudeur hors de combat. Seulement, oser ne suffit 
v^ pas; il faut se montrer à elles. par les bga ux côtés, 
■^ masquer les endroits faibles. Par exemple, si l'on 



— 79 ~ 

est pauvre, faire bruit de sa fortune , et se vanter 
de ses alliances , surtout si Ton n'en a pas. Mais 
avec les jeunes filles , le meilleur moyen de par- 
venir , c'est encore d'être gai , la jeunesse aime 
tant les bons rires 1 de s'entretenir en joie , car 
la joie embellit l'homme ; de faire une cour assi- 
due , et de prendre garde à l'occasion, puisque le 
succès dépend souvent d'un à-propos. Avec cela, 
avec une personne qui s'entremette pour dé[ouer 
la surveillance envieuse et chagrine des vieux pa- 
rents, et encore une fois avec de l'audace, on est 
sûr de réussir. 

Vénus se retire après ce beau sermon, laissant 
Pamphile tout désappointé ; il attendait mieux que 
des conseils. — Comme il a eu tort de compter sur 
elle I C'est bientôt fait de dire à un malade : faites 
ceci , faites cela ; mais on n'allège pas sa peine. 
Ah 1 pauvre Pamphile , tout est perdu , puisque 
l'amour pèse toujours sur ton triste coeur , et que 
le pilote , ton unique espoir, t'abandonne au mi- 
lieu des flots ! — Mais il a beau dire, l'extrémité 
même où il est réduit fait naître en lui une nou- 
velle espérance ; et comme si les leçons de la déesse 
tombées à son insu dans son cœur y portaient 
déjà leurs fruits , il s'écrie qu'il n'a plus rien à 
attendre que de Galatéc. 

Dans le moment, il l'aperçoit qui vient ; — 
quelle est belle , ainsi coiffée de ses seuls che- 
veux I c'est bien à présent qu'il faudrait lui par- 



— 80 — 

1er I — mais il hésite, il se tro\ible , et cepen- 
dant son esprit, déjà résolu , note tout haut avec 
la précision d'un philosophe les sensations qui 
l'accablent. — Sa voix s'arrête dans sa gorge, les 
^ mots ne lui viennent pas, il se sent défaillir ; ses 
pieds et ses mains tremblent. Il avait beaucoup 
de choses à lui dire , la peur a secoué sa mémoire 
et les a fait tomber ; il est si troublé, qu'il n'a 
pas de contenance ; il n'est plus ce qu'il était , il 
ne se reconnaît plus. N'importe , il lui parlera. 
En effet il l'aborde. Quel changement I ce n'est 
déjà plus l'amoureux transi de tout à l'heure : 
c'est l'élève docile et très-docile de Vénus ; il prend 
un ton léger , dégagé : — Ma nièce , qui habite 
la ville voisine, m'a chargé de mille compliments 
pour vous et de ses offres de service ; elle ne 
vous connaît que de réputation, mais elle désire 
fort vous voir; — et comme il lui faut absolument 
une transition, — j'ai dans cette ville-là beaucoup 
de parents , toutes gens d'élite. Ils voulaient me 
faire épouser une jeune fille, avec une grosse dot 
et je ne sais plus combien d'autres choses ; je n'ai 
pas voulu. Vous seule me plaisez. Eh bien, là, ne 
vous fâchez pas I je plaisante, c'est pour rire I on 
est jeune , c'est pour s'amuser. Tenez, voulez- 
vous jouer à nous dire nos secrets? Je vous avertis, 
il faut jurer que personne que nous deux n'en 
saura rien I Je vous engage ma foi : donnez-moi 
la vôtre. Boni je commence..,. Vous savez, on est 



— 81 — 

obligé de dire la vérité! eh bien, je vous dirai que 
vous êtes pour moi la plus aimable personne du 
monde I II y a trois ans que je vous aime ; je 
n'ai jamais osé vous l'avouer. Et maintenant vous 
savez le proverbe : A un sourd peu de paroles. 
Je ne veux pas parler pour n'être pas entendu : 
(Criant) : je vous aime bien fort , et je ne dis plus 
un mot que je ne sache votre pensée là-dessus. 

Galatée n'est pas une Agnès, C'est une jeune 
fille sage, modeste, intelligente, bien élevée, à qui 
Ton a eu soin d'apprendre, sans qu'elle cesse pour- 
tant d'être ingénue, quelles parades elle doit op- 
poser aux attaques des amoureux. Elle n'est pas 
dupe de ce badinage. Elle se met aussitôt en garde, 
et comme elle a un peu peuf , sa réponse est un 
peu plus brusque et plus farouche que de 
raison, 

— Vous ne savez qu'inventer, vous autres jeunes 
gens, et voilà par quelles finesses vous trompez 
tant de jeunes filles I Vous comptiez bien , n'est-ce 
pas , me faire perdre la tête avec vos beaux dis- 
cours. Allez, je ne suis pas de celles que l'on en- 
jôle! Cherchez ailleurs celles qui sont assorties 
à vos méchantes façons, et qui veulent bien se lais- 
ser prendre à vos artifices et à vos serments ! 

Naturellement, Pamphile proteste. — Il est dur | 
de porter ainsi la peine des péchés d'autrui. Non, / 
ses paroles ne sont pas trompeuses! Il en jure 
le Dieu du ciel et les divinités de la terre, per- 



— 82 — 

sonne au monde ne lui est plus cher que Ga- 
latée, personne ne lui tient plus au cœur 1 

Hélas I pourquoi est-elle si jeune d'esprit et 
d'années? Pourquoi ne peut-elle juger encore de 
la droiture des intentions? Mais... est-elle donc 
trop jeune ? On a l'air de croire que de bien ju- 
ger, c'est un privilège de l'âge. Ce n'est pas cela 
vraiment 1 Que la vieillesse ait beaucoup vu, 
d'accord; mais la jeunesse.... la jeunesse y voit 
plus clair I Toute jeune qu'elle est, Galatée, si elle 
le veut bien , connaîtra à fond Pamphile , sa for- 
tune et son amour. Elle n'a qu'à faire comme les 
savants. C'est à force de pratiquer les choses 
qu'ils en ont la connaissance. Qu'elle pratique de 
même Pamphîle, qu'elle veuille bien le souffrir 
autour d'elle, allant, venant, s'arrètant, causant 
en tête à tête, causant surtout, elle ne tardera 
guère à lire dans le fond de son cœur I 

La réponse de Galatée est charmante, d'une 
candeur et en même temps d'une finesse toute 
féminine. 

Elle ne s'engage pas, elle ne permet rien, elle 
ne défend rien non plus. — Elle ne peut pas inter- 
dire à Pamphile ni à personne d'aller, de venir, de 
parler ; la rue est à ceux qui passent. Elle ne veut 
que ce qu'elle doit. Mais, la petite futée I comme 
« ce qu'elle doit » a bon dos ! — Si elle rencontre 
quelqu'un de connaissance, elle le saluera par son 
nom; ne pas le faire serait malhonnête. Si on 



— 83 — 

l'interroge, elle répondra : cela sied bien à une 
jeune fille. — Et comme pour s'autoriser davan- 
tage, elle récite les petites maximes dont on a 
armé son ingénuité. — Il n'est pas défendu à une 
jeune fille d'écouter et de répondre, c'est une 
affaire de mesure. — Or, Galatée sait fort bienjus. 
qu'où elle peut aller. — Ainsi, que Pamphile s'é- 
gaie avec elle! Elle lui rendra badinagepour ba- 
dinage; mais si la plaisanterie cesse d'être inno- 
cente, elle ne la souffrira pas. Quant à se trouver, 
comme il demande, en tète à tète avec lui , non, 
non, positivement non! Cela ne serait pas conve- 
nable. Les endroits isolés sont dangereux; ils 
suscitent toutes sortes de méchants bruits. Elle ne 
refuse pas de parler à Pamphile, mais en public 
seulement ; cela est plus sûr I 

Pamphile, qui a tant demandé , est enchanté du 
peu qu'on lui accorde. — C'est en vérité une très- 
grande faveur 1 Pourvu qu'il puisse parler à Gala- 
tée, il est content I II ne sait comment la remer- 
cier. Il ne trouve pas de paroles pour exprimer sa 
gratitude. Mais, patience I — ceci est si joli que 
je le souligne — un jour viendra peut-être où quel- ■ 
qu'un lui montrera s*il est son ami ! 

Les désirs en amour se font la courte échelle. 
Au moment où Pamphile se déclare content , une 
autre envie le prend; — il n'ose pas dire quoi... 
il a peur de déplaire... C'est encore une grâce, 
une petite grâce qu'il demanderait volontiers à . 



— 84 — 

Galatée... Eh bieni c'est qu'ils puissent tous deux 
à l'occasion s'embrasser, se serrer la main, se faire 
des baisers 1 

La fillette, qui est ferrée décidément sur les pas 
dangereux du pays de Tendre, — sait bien que les 
baisers nourrissent l'amour défendu, trompent 
même souvent celles qui les permettent; elle coa- 
sent pourtant à ce que Pamphile l'embrasse , mais 
seulement à ce qu'il l'embrasse, sans plus; et en- 
core c'est parce que c'est lui, elle ne le souffrirait 
d'aucun autre 1 — Disant cela, elle aperçoit son 
père et sa mère qui reviennent du temple ; elle 
se sauvç de peur d'être grondée, non sans dire à 
Pamphile qu'ils auront bien une autre occasion 
de se parler et qu'en attendant chacun d'eux se 
souvienne de l'autre. 

Le bon Jean Prot, qui suit Galatée au bas des 
pages dans son commentaire et qui croit apparem- 
ment que c'est arrivé, triomphe amèrement de 
tant de facilité. « Que les femmes sont fragiles 1 
s'écrie-t-il, voyez celle-ci. Et il n'y a pas à dire, 
elles sont toutes comme cela » 1 — Pamphile est 
resté seul, son cœur déborde de joie. — Personne 
au monde n'est plus ravi que lui, ne l'a jamais été! 
Enfin son ancre (il dit notre ancre) s'est donc 
fixée au rivage I Comme Dieu et la fortune l'ont 
tout d'un coup comblé de bonheur I Le voilà riche 
à présent , lui à qui tout manquait naguère. 

Qu'il se souvienne d'elle! La prière était bien 



— 83 — 

superflue. La dou leur même ne la détacherait pas 
de sa pensée. Elle ne le connaît pas. Elle ne sait 
pas à quel point il la désire I Quelle songe seu- 
lement à lui aussi longtemps qu'il a songé à elle! 

Cette dernière pensée Tassombrit ; la joi e des pre- 
miers succès fait place au sentiment douloureux 
des difficultés qui lui restent à vaincre. Il examine 
en lui-même les instructions de Vénus, et comme 
il ne voit pas bien où elles le mènent , il hésite à 
les pratiquer. — .Sjl^stjrop. empressé, s'il cause 
et joue trop souvent avec Galatée, on en jasera; 
et la crainte du scandale le chassera des rues 
fréquentées, les seules pourtant où la fillette 
consente à le rencontrer. D'un autre côté , s'il ne 
fait pasj g^cour, la tendresse naissante de Galatée 
périra faute de soins. Car si l'accoutumance défait 
l'amour à la longue , c'est elle d'abord qui le fait 
croître, et tout amour est comme le feu qui s'é- 
teint quand le bois manque. 

Les risques sont si grands des deux parts qu'il 
se sent tout irrésolu et comme affolé. Il soupire 
d 'angoisse , il se décourage. — Il voit bien qu'en 
tout ceci il n'y a pas pour lui de réussite, point 
de parti sur à prendre I La fortune renchérit ici 
sur ce qu'elle fait ailleurs : ailleurs on veut agir 
et souvent elle s'y oppose; il faudrait ici se résou- 
dre, et elle ne le permet pas. 

Cette plainte à peine proférée, Pamphile en recon- 
naît l'ineptie. — La Fortune, il n'y a rien àatten- 



— 86 — 

dre d'elle! Sans doute, chacun lui est soumis en 
ce monde, mais elle est si capricieuse ! elle fait si 
indifféremment des heureux et des malheureux! 
Oh I qu'il vaut bien mieux prendre de la peine 
et s'en remettre à Dieu I Le travail et Dieu, sans 
qui nul travail ne profite en ce monde, voilà les 
vrais pourvoyeurs, les vrais dispensateurs de 
tous biens I 

Tout cela est fort chrétien, comme eût dit 
M™® Deshoulières, trop chrétien même, car Dieu 
est dit ici pour Vén*us. Pamphile ne s'en résigne 
pas moins , à suivre sans plus discuter, les con- 
seils qu'il a reçus. — On lui a dit de prendre un 
confident. Qui cesera-t-il? Son frère, ou son ne- 
veu? Ni l'un ni l'autre. Pas d'imprudences! En 
pareille matière, il ne faut pas donner sa con- 
fiance à la légère; ils n'auraient qu'à prendre feu ! 
Il suffit pour cela de si peu de chose! Et une fois 
enflammés, la parenté serait une piètre sauve- 
garde de ses droits et de leur parole. Il faut cher- 
cher ailleurs I II se souvient à propos qu'il a pour 
voisine une vieille subtile, pleine d'esprit , passée 
maîtresse ès-arts de Vénus, digne suppôt de la 
Déesse. Il se décide à l'aller trouver et à lui conter 
ses perplexités. 

Nous voici au second acte. 

Pamphile est en présence de la Vieille. Il l'a- 
borde courtoisement , en homme qui garde son 
rang et qui sait bien d'ailleurs qu'il n'a pas de 




- 87 — 

scrupules à ménager. — On loue si fort la Vieille et 
sa complaisance 5 qu'il a pris le parti de venir lui 
demander conseil. Elle lui fera la grâce d'écouter 
ce qu'il va lui dire et de n'en parler à personne 
sans son aveu. Il aime une voisine qu'elle connaît 
bien, Galatée, et Galatée, à en juger du moins 
par ce qu'elle a dit , laime aussi. Mais il ne lui 
parle pas ainsi qu'il le voudrait. Il y a mille ména- 
gements à garder. Et puis, préoccupé comme il 
Test , tout lui fait ombrage ; c'est que l'opinion 
s'accroche à la moindre chose et ne lâche pas prise 
aisément; c'est qu'elle a beau mentir, elle gran- 
dit, rien qu'à faire du chemin. Comment les mal- 
heureux amants que mille maux suivent à la piste, 
ne seraient-ils pas timorés? Un rien suffit pour 
les perdre. Mais comment, avec de telles craintes, 
leurs affaires avanceraient-elles? Celles de Pam- 
philesont en fort mauvaise passe. Si la Vieille vou- 
lait, et Pamphile l'en supplie, sa voix irait de 
lui à Galatée, et ainsi, sous son couvert, leur secret 
commerce resterait ignoré. 

Pamphile se trouve si intéressant, qu'il n'a 
même pas songé à intéresser la Vieille. Elle est 
inquiète et choquée de cette omission. Elle a peur 
qu'il ne la croie trop obligeante. — C'est bien à 
elle qu'il fallait s'adresser, mais il y avait manière 
de le faire. Les services d'une personne comme elle 
ont leur prix, tant pis pour qui veut les payer 
au-dessous du cours! ce n'est pas la première fois 



— 88 — 

qu'on lui demande de s'entremettre auprès de 
Galatée ; un autre Ta déjà fait ; elle n'y a pas con- 
senti. Ce n'est pas qu'il ne fut honnête homme, et 
digne d'une honnête épouse. Mais ce qu'il s'était 
imaginé de donner avait déplu. Pouvait-on bon- 
nement prêter son concours à quelqu'un qui vous 
promettait de vieux habits et une pelisse I 

Oh! l^jgrégentsl les présents convenables et 
faits à propos 1 On ne sait pas assez ce qu'ils peu- 
vent! Ils procurent tous les avantages, et leur 
vertu va jusqu'à détruire le droit même et les 
lois! Après cela, Pamphile pense peut-être qu'on 
se cote trop haut! Libre à lui, on n'en est pas 
moins sûre que nul n'aura celle qu'il désire, si 
Von ne s'en mêle. Car on fut toujours l'amie de 
Galatée. On la gouverne cette jeune fille, on est sa 
confidente , et elle n'agit que d'après les conseils 
qu'on lui a donnés. Mais assez causé de choses in- 
différentes , 071 a bien d'autres soucis. On va à ses 
affaires, que Pamphile aille aux siennes, chacun 
doit penser à soi en ce monde I — Pamphile l'ar- 
rête sur cette fausse sortie. Il ne veut pas de ce 
marchandage. Généreux et passionné, il se livre 
sans réserve à la Vieille. — Il ne lui dissimule pas 
que ce qu'il désire l'emporte sur toutes choses à 
ses yeux. Il n'a pas de plus grande affaire, pas 
d'autre souci. Si elle lui donne Galatée, elle lui 
aura tout donné. — Puis, en homme délicat, qui ne 
peut consentir au cynisme d'autrui , il donne un 



— 89 — 

tour poli aux exigences de Tentremettcuse. — Il 
est bien, souvent, d'acheter la peine des autres , 
mais quand on Tacheté , il est bien de la payer 
à son juste prix. Pamphile n'est pas homme à 
faire tort à la Vieille si elle donne satisfaction à 
ses vœux. Elle n'a qu'à lui dire la récompense 
qu'elle souhaite : quelle qu'elle puisse être , il 
est prêt à la lui donner. 

— Je suis si pauvre, répond l'autre, que j'aurais 
honte de dire tout ce qui me manque. Et pour- 
tant , quand j'étais jeune et florissante, j'ai joui 
de toutes les aises, de toutes les commodités de la 
vie. Rendez-moi les avantages que l'âge m'a fait 
perdre et que toute mon industrie ne sait plus me 
procurer. Si je vous fais épouser Galatée , ouvrez, 
moi votre maison et que j'y sois comme chez moi. 

— Accordé, s'écrie joyeusement Pamphile, et 
même je veux que vous soyez notre intendante I 
Nous voilà donc bons amis, cela me fait bien plai- 
sir. A présent , songeons à nos conventions. Don- 
nez-y tous vos soins , usez de toute votre adresse 
et de toute votre vigilance. Soyez prudente , sur- 
tout; faites bien votre plan, ayez égard à toutes 
les circonstances , concertez bien vos moyens ; 
nous avons besoin du succès. Qu'un échec no 
rende pas criminelle une entreprise qui sera glo- 
rieuse si elle réussit I 

Pamphile se retire. En ce moment Galatée pa- 
raît sur le pas de sa porte. La Vieille l'aperçoit du 



— 90 — 

coin de l'œil, mais elle n'en fait pas semblant, et 
aussitôt , comme se parlant à elle-même , elle se 
met à porter Pamphile aux nues. 

— Notre ville a là un bien beau jeune homme. Il 
croît en toutes sortes de bonnes mœurs I II n'y en 
pas dans ce siècle, pour sûr, de plus charmant et 
de meilleur I Avec quelle grâce il vient d'accueillir 
ma pauvreté I Certes oui , Pamphile l'emporte sur 
tous ceux de son âge ! Et comme il est bon I Comme 
il sait s'accommoder aux gens I Simple avec les sim- 
ples, lui qui a tant d'esprit I doux comme un 
agneau avec les doux ! Ce qui me plaît encore en 
lui, c'est qu'il ne dévore pas sa fortune, comme 
tous ces jeunes fous. Il est vrai qu'il a de qui tenir. 
Quand on est, comme lui, d'une famille honorable, 
on ne peut être qu'honnête homme. — Tiens I Ga- 
latée devant sa porte! Peut-être elle a entendu 
tout ce que j'ai dit. Bonjour, Galatéel Je ne pen- 
sais pas qu'il y eut quelqu'un ici. Mais je ne re- 
grette pas d'avoir été écoutée. Car c'est la vérité 
pure, ce que je disais. Il est certain que Pamphile 
l'emporte sur tous les jeunes gens de cette ville I 
C'est merveille comme il gouverne bien sa vie I 
Aussi l'estime, la considération dont il jouit gran- 
dissent de jour en jour. Pourtant , il n'a pas d'en- 
vieux I c'est justice. Il est fort riche, mais il n'en 
est pas plus fier ! Sans compter que sa fortune ne 
sort pas d'une source impure. Voilà le mari que 
je vous voudrais, Galatéel Et si vous étiez sage, 



— 91 — 

vous le voudriez aussi I — A cet endroit, la vieille 
croit lire une certaine méfiance dans les yeux de 
la jeune fille. Elle se hâte de détourner ses soup- 
çons. — Ce que j'en dis, vous croyez peut-être 
qu'on m'a chargée de vous le dire? Pas du tout. 
Je parle de mon chef, c'est moi qui vous marie, 
ou plutôt c'est la conformité de naissance, d'hon- 
nêteté, d'agréments, qui se trouve en vous deux. 
Vous riez? Eh sans doute, à cette heure, ce n'est 
là qu'une idée en l'air , une manière de causer , 
un passe-temps. Mais qui sait ce que cela peut de- 
venir? Il ne faut qu'une étincelle pour allumer un 
grand incendie ; les grands bonheurs naissent par- 
fois d'une bagatelle. Eh bien, quoi, ma petite? Vous 
voilà toute émue. Voyons , si cette idée vous plaît, 
ou plutôt si elle vous déplaît, avouez-le moi sin- 
cèrement. Je n'en soufflerai mot , si vous m'or- 
donnez de m'en taire. De même, si vous voulez 
que je la communique , je suis toute prête à par- 
ler. Dites , allons , n'hésitez pas , point de crainte 
gauche I Cette honte est d'une campagnarde I 

— Je ne suis pas une campagnarde, repart vive- 
ment Galatée, et je n'ai pas de sotte crainte. Je 
m'étonne seulement que vous meteniez ce discours. 
Je me demande si c'est le hasard ou Pamphile qui 
vous adresse à moi, et si vos paroles ne sont pas 
intéressées. 

Ah Seigneur ! réplique la Vieille , les innocents 
paieront-ils donc toujours pour les coupables ! Et 



— 92 — 

parce que certaines gens font le mal , ne pourra- 
t-on plus faire le bien? Me suspecter d'un pareil 
métier, moi I Je suis bien pauvre, mais ce n'est pas 
de cette façon que je voudrais gagner de l'argent. 
Le peu que je possède me suffit. Une idée me vient, 
je vous la dis tout bonnement. Pourquoi voulez- 
vous que quelqu'un me l'ait soufflée? Qu'est-il 
besoin là de complot ? Cette idée est-elle donc si 
impossible? Ya-t-iltant d'empêchements à votre 
union? Non , elle peut avoir lieu, ce me semble, 
si vous le voulez bien tous deux, et sans queni l'un 
ni l'autre vous ayez à en rougir. Il est noble, mais 
vous ne l'êtes pas moins ; oh ! je connais parfaite- 
ment vos deux généalogies ! Il est plus beau que 
ceux de son âge, mais vous êtes plus belle aussi 
que vos compagnes ! Vous avez tous deux un air 
qui plaît et qui s'accorde bien avec votre beauté. 

Que dirai-je encore? Des deux côtés, même 
fortune, même jeunesse; si le monde le savait, 
il ne pourrait qu'approuver uia^tel mariage. 
Quand on est si parfaitement égaux , il est bien 
permis de s'unir. En définitive, rien ne vous man- 
que pour cela que l'amour. 

Galatée, au fond, est bien de cet avis; mais 
l'honnête fille qu'elle est, ne peut s'empêcher de 
trouver que le procédé de la Vieille est bien irré- 
gulier. — Ce n'est pas à elle , c'est aux amis de sa 
famille qu'il fallait dire tout cela, car^eîle'n'en- 
tend pas assurément se marier sans leur aveu. 



— 93 — 

Que Pamphile ou la Vieille commence donc par 
faire cette démarche , cela sera infiniment plus 
convenable. 

— Il ne s'agit pas de cela, ma petite, répond la 
digne aïeule de t la fameuse Macette » . Qu'il faille 
YOtre consentement et celui de vos parents , d'ac- 
cord ! Mais avant d'en venir à ces formalités , vo- 
tre flamme ne peut-elle se mesurer avec celle de j 
Pamphile? Il n'y a pas comme ces jeux de l'amour j 
pour exercer les cœurs de la jeunesse et faire avoir 
de l'esprit. Vénus est si ingénieuse! On ne sait pas 
assez tout ce qu'on gagne à servir sous ses ensei- 
gnes. Avec elle , Tàme se retrempe. On se sent 
plus généreux , plus ennemi de l'avarice, et loin, 
bien loin de la tristesse , on fait cortège à la joie. 
Soumettez-vous à ses lois, Galatée, ou vous ne 
serez jamais qu'une rustique. 

Cette étrange morale est débitée avec tant de 
conviction que l'innocence de Galatée en est 
toute désorientée. Elle proteste pourtant d'ins- 
tinct. Mais, la pauvre fillette I son cœur est com- 
plice de l'infernale Vieille, et , sans qu'elle s'en 
doute, lui a déjà fait faire bien du chemin. Elle a 
perdu de vue son devoir , et ne se rattrape plus 
qu'à son honneur. Elle ne s'inquiète plus que du 
qu'en dira-t-on. — Toute jeune fille qui suit Vé- 
nus, dit-elle, est perdue de réputation. Servir 
l'amour, cette fureur! Oh non pas! C'est chose 
terrible à porter que les armes violentes de Cu- 



— 94 — 

pidon I Toute jeune fille doit craindre de s'y aven- 
turer I Combien l'ont tenté innocemment à qui 
le monde a fait affront ! L'envie- a toujours besoin 
de mordre , et sa dent s'attaque à tout. C'est le 
monde qui me fait peur. Sans lui je consentirais 
peut-être à ce que vous me demandez ; ses yeux 
ont , dans ces sortes d'affaires une si singulière 
clairvoyance ! 

— En ces sortes d'affaires, repart triomphale- 
ment la Vieille qui s'aperçoit que le cours de l'en- 
tretien l'a portée du côté de la justice , et qui en 
profite; en ces sortes d'affaires, l'infamie méritée, 
voilà ce qu'il faut craindre ; l'autre, non. Un temps 
vient toujours où la vérité a le dessus et où les 
bruits malveillants tombent. Mais ils n'auront 
même pas prise sur vous I Je sais comment vous 
garder des commérages, des malins propos. Je 
vous vois déjà, à l'abri de mon adresse, libres de 
toute crainte et de tout souci , vous livrer à vos 
ébats I Allez, allez, il y a longtemps que l'on pra- 
tique Vénus, et l'on connaît tous ses tours ! Fiez- 
vous en à la Vieille; grâce à son génie, tout ira 
bien. Maintenant , marquez-moi quel langage je 
dois lui tenir quand je le verrai. Venant de vous, 
ce que je lui dirai sera plus sûr I 

Galatée n'est pas convaincue. Elle se méfie 
toujours de la Vieille et ne se gêne pas pour le 
lui dire. Elle craint de lui découvrir ses vœux et 
son secret. Mais son cœur la pousse, — et quoi- 



— 95 — 

qu'elle sache bien que la Ruse tend partout ses 
toiles, elle veut mettre à l'essai, la pauvrette I cet 
esprit et cette bonne foi dont on se vante, et voir 
de quel côté Ton prétend l'attirer. — Pamphile lui- 
même, dit-elle, m'a tout dernièrement demandé 
mon amour.... et nous nous sommes liés ensemble 
d'une véritable amitié. C'est mon secret. Gardez-le 
pour vous, de grâce. Vous pouvez pourtant le lui 
confier, à lui. Je vous en prie même. Mais ne le lui 
dites pas comme ça tout d'abord. Commencez par 
le sonder. Eprouvez-le de mille façons. Peut-être 
vous avouera-t-il lui-même ce que je viens de 
vous avouer. 

A présent , retirez-vous , soyez bien circons- 
pecte , et venez demain me conter en détail tout 
ce qu'il vous aura dit. 

Cette idée de mettre Pamphile à l'épreuve sou- 
rit assez à l'entremetteuse. Elle imagine de lui 
faire croire qu'on va marier Galatée. Il souffrira, 
mais sa vieille âme féline et maligne ne dédaigne 
pas, peste I de s'amuser des souffrances d'un 
amoureux. Il se désespérera, or, ce désespoir 
servira efficacement ses projets à elle, car si Pam- 
phile, dans le temps qu'il aura cru perdre Gala- 
tée, se trouve seul à seul avec elle (et il s'y 
trouvera), il sera bien plus capable de se porter 
sans scrupule à l'extrémité violente qui rendra son 
bonheur forcé. 

Au moment où Galatée rentre chez elle , et où 



— 96 — 

son indigne confidente va se retirer, Pamphile 
survient. La vieille l'aborde d'un air désolé avec 
une maxime sur la vanité de nos espérances et de 
nos efforts vers le bonheur. — Pamphile, notre 
affaire ne marche pas à souhait. Quand vous 
m'avez appelée à votre secours, il était déjà trop 
tard! 

Mon adresse et mes peines ne vous sont plus 
bonnes à rien. J'ai mille raisons de soupçonner 
qu'on apprête pour Galatée le flambeau nuptial. 
Tout l'indique d'ailleurs , et vous seriez étonné des 
préparatifs de fête qui ont lieu dans sa maison. 
Il semble pourtant que ses parents lui en fassent 
encore mystère. Voulez-vous m'en croire ?Laissez-là 
ce mariage qui ne peut plus être, et ne visez qu'au 
possible. — Défaillance de Pamphile. — Malheureux 
que je suis I Hélas I où s'en vont mes forces? La vie 
m'abandonne... mon esprit se dérobe... ma langue 
devient percluse !.. Ahl mortelle, mortelle espé- 
rance par qui l'amour a pénétré dans mes os I Elle 
s'est retirée I et rien, rien ne me reste que ma dou- 
leur ! Les vents favorables ont cessé d'enfler nos 
voiles. Notre ancre ne trouve plus le fond. Qui 
donc me guérira maintenant puisque Galatée... 
ah I c'est par elle que je meurs ! Et par elle seule- 
ment je peux vivre I Si je ne la possède pas, mieux 
vaut mourir! 

— Mais vous déraisonnez, mon pauvre garçon ! 
s'écrie la Vieille, à quoi vous sert cette grande 



— 97 — 

douleur! Et que gagnez-Yous à gémir ainsi? Vous 
devriez comprendre que ce n'est pas le moment 
de pleurer. Allons, essuyez vos yeux et voyez plu- 
tôt ce que vous avez à faire. — Et comme récon- 
fort , elle lui sert un plat de sentences : les grands 
dangers suscitent les grands courages; nécessité 
est mère de l'industrie ; à force d'art, d'attention 
et de travail, on se tire souvent des plus mauvais 
pas. 

— Hélas! à quoi bon lutter encore, reprend 
Pamphile, l'heure des noces approche. Toutes mes 
espérances sont à bas. Une fois mariée, elle ne 
voudra plus ôtre à moi. Moi-même j'aurais horreur 
de violer^jine couche légitime. Quoi donc! toute 
la peine que j'ai prise sera vainc I Vaines toutes 
mes combinaisons ! Ah I malheureux , c'en est fai^ 
de mon repos, et pour jamais ! Je le sens , aucun 
jour , aucune nuit , ne calmera plus mon âme in- 
quiète ! Un amour qui n'a plus où se prendre ne 
cessera de me navrer des plus poignantes dou- 
leurs ! 

La Vieille juge l'épreuve suffisante. Elle va ren- 
dre l'espérance à Pamphile , sans toutefois le dé- 
tromper sur le chapitre du mariage deGalatée. — 
Nil sub sole novi. Elle s'y prend déjà à la façon du 
bon Sancho Pança; ses consolations sont bourrées 
de proverbes. Elle en dégoise ! — Souvent une 
grande douleur se dissipe en moins d'une heure. 
Petite pluie abat grand vent, etc. Respirez , dit- 
•■*■ ^ 



- 98 — 

elle enfin, quand elle est au bout. Plus de cha- 
grin , ni de larmes , ni de colère I Voici que de 
grandes joies confinent à votre tristesse. Voulez- 
vous que je vous dise ? Galatée fera tout ce qu'il 
nous plaira. Elle s'est mise à notre merci. 

La Vieille a beau parler, Pamphile n'ose pas 
reprendre courage. — Voilai dit-il, vous faites 
comme les tendres mères qui prodiguent les vai- 
nes promesses pour faire taire leurs enfants qui 
pleurent. Vous ne voulez peut-être que soulager 
mon pauvre cœur. 

La vieille. — Bon ! vous voilà comme l'oiseau qui 
a pu échapper aux serres cruelles du faucon. Il 
tremble toujours, il croit le voir partout. Mais 
non I je n'ai cette fois aucune raison de vous 
tromper, et les choses sont là pour vous convain- 
cre que je vous dis la vérité. 

Pamphile. — Ah bien , si c'est vrai ce que vous 
dites , si ce qu'elle vous a dit est vrai , hors de 
mon cœur le chagrin ! Quoique.... ce soit peut- 
être bien commencer pour mal finir. Nous ne som- 
mes pas encore à l'abri de tout accident. 

La vieille. — Eh sans doute , l'esprit de l'homme 
ignore le cours des destinées. A Dieu seul appar- 
tient de connaître l'avenir. Mais ce n'est pas une rai- 
son de tout laisser là. Désespérer, voyez-vous , 
cela ne vaut rien. Au contraire , quand on es- 
père, on s'obstine au travail et l'on finit toujours 
par obtenir ce qu'on souhaite ; quand on espôr 







— 99 — 

on s'ingénie, on s'applique et l'on devient sou- 
vent immensément riche. On peut être exposé à 
bien des traverses; je ne dis pas non I Mais qu'est-ce 
que cela fait à l'Espérance ? Il est de sa nature de 
croître et d'aller toujours grandissant. — Fort 
bien, dit Pamphile, mais ne pouvez-vous savoir si 
elle m'aime ou non ? L'amour a tant de peine à 
se cacher , même au fond d'un cœur. 

— Attendez, répond la vieille, d'un air capable 
et la main sous le menton, voici les symptômes : 
pendant que je lui parle, d'esprit et d'àme elle est 
toute à ce que je dis; elle m'écoute avec tendresse; 
elle arrondit ses bras et les passe autour de mon 
cou. En causant, s'il m'arrive de prononcer votre 
nom, votre nom la rend tout émue. Elle prend 
plaisir à mes paroles. Elle pâlit, rougit tour à 
tour. Si je m'arrête pour reprendre haleine, elle 
me presse de continuer. A tous ces signes, nous 
reconnaissons l'amour. Du reste , elle avoue 
elle-même qu'elle est votre amie. 

— Pour le coup, s'écr ie Pamphile, j 'espère I Avec 
vous, grâce à vous, ma chère, je suis sur du succès. 
Je me vois déjà dans ma gloire ! Mais ne perdons 
pas de temps. Ne compromettons pas nos avanta- 
ges par un excès d'indolence. Ce mariage dont 
vous m'avez parlé, il ne faut pas qu'il s'accom- 
plisse. Tant qu'une chose n'est pas faite, on trouve 
moyen souvent de l'empêcher pour peu que l'on 
soit actif et persévérant. Redoublez donc d'ef- 
forts, je Yous en prie, et adievez noVc^ ^\r^\^^. 



../ 



i 



— 100 — 

— Oui, dit la Vieille, ou je me trompe fort, Pam- 
phile, la satisfaction de vos désirs est certaine, et 
c'est grâce à moi. Mais ce que vous m'avez promis 
n'est pas à beaucoup près aussi sûr. Qui me dit 
que vos actes répondront à vos paroles? On leurre 
souvent par de vaines promesses ceux dont on 
emprunte les services. Lorsque vous serez heureux 
vous ne me donnerez peut-être rien ? 

— Une telle infamie, moi! s'écrie notre jeune 
noble; mais c'est la plus grande coquinerie du 
monde que le manque de foi d'un riche à l'égard 
d'un pauvre! Si je vous trompais ainsi, je serais 
perdu d'honneur ! Ma bouche n'a jamais déçu de 
cette façon ni vous ni personne. Vous pouvez vous 
informer. Ma réputation est sans tache. Je vous 
ai donné ma parole : c'est la plus ferme assu- 
rance de mes promesses. Avec une telle garantie, 
vous devez être sans crainte : vous ne perdrez ab- 
solument rien. 

— Mon Dieu, repart la vieille, excusez-moi; 
nous autres, gens du peuple, nous sommes sujets à 
craindre d'être dupés (engeignés vaudrait mieux) 
par les grands. II est si facile de faire échec aux 
droits du pauvre! L'on a poussé si loin l'art de 
déguiser le parjure, de le revêtir de mille belles 
apparences, de le diaprerdes plus riches couleurs ! 
Vaille que vaille, après tout ! J'en veux courir le 
risque. La mer souvent menaçante n'est pas tou- 
jours périlleuse! Malgré les destins plus forts que 



— 101 — 

la fortune, c'est de la fortune que je veux attendre 
la récompense que vous m'avez promise. Je ne 
laisserai pas de vous procurer tout ce que je vous 
ai fait espérer. Il faut que j'aille trouver la fillette 
pour l'engagera consentir à venir vous parler seule 
ici. Si mon adresse réussit à vous mettre en tète à 
tête, profitez bien de l'occasion surtout I Pam- 
phile, souvenez-vous d'être un homme I Ce que 
vous attendriez en vain de l'àme toujours mobile 
d'une amante, une petite heure de résolution peut 
vous le donner. 



Quand s'ouvre le troisième acte, la vieille est 
en scène avec Galatée, et voici ce qu'elle lui 
dit ; 

— Un grand feu, Galatée, ne saurait cacher 
sa lumière ni l'amour ses vaines envies! Moi qui 
connais tout ce qui se passe entre vous, j'ai peine 
à ne pas pleurer quand j'y pense. Il est trop clair 
que vous n'aimez pas sensément. Il n'y a qu'à 
vous regarder pour comprendre votre folie. Oui, 
quoi que vous fassiez, jvotre pâleur, vos traits 
amaigris (on ne dira pas que c'est le travail) 
trahissent votre passion secrète. 

.Cet infortuné Pamphile, son malheur est de 
tous les instants I Ah I le pauvre garçon I Avec 
quelle obstination d'enfant, il travaille nuit et jour 



— 102 — 

pour s'acquérir vos rigueurs I Comme il cultive un 
sol ingrat qui ne lui porte que des fruits amers f 
Quelqu'un qui aurait du bon sens sèmerait-il ainsi 
dans le sable, sans espoir d'être récompensé de son 
labeur? 

Il s'est laissé prendre à votre beauté d'abord^ et 
ensuite à vos paroles. A présent , l'amour le tient 
et s'acharne à le blesser. Hélas ! vous n'avez pas 
été pour lui ce que vous aviez promis : la guéri- 
son, et son mal s'en est accru. A présent, le 
voilà en proie aux plus vives souffrances, sans ap- 
pareil sur sa blessure. Vous-même, quoique vous 
n'en disiez rien, une flamme secrète vous consume. 
Ignorez-vous donc qu'une plaie que l'on cache 
empire souvent et devient mortelle, et qu'il en 
est de même de l'amour? Voyons, recueillez- vous 
un moment et dites-moi enfin où vous voulez en 
venir. 

— Hélas ! hélas! que vous dirai-je? répond la 
pauvre Galatée. La cruelle Vénus darde sur moi 
tous ses brandons. Elle me violente, elle veut à 
toutes forces que j'aime, quoique l'amour me fasse 
honte, et que, d'instinct, je sente qu'il me fait 
neur I 

L'infernale Vieille est insensible à cette angoisse 
de la Pudeur. Elle fait même semblant de prendre 
le change sur les alarmes de Galatée. • 

— Oh I laissez là votre peur ! Elle est vraiment 
sans sujet. Vous n'avez pas affaire à un séducteur. 



— 103 — 

Pamphile ne désire rien autre que d'être votre 
mari. C'est à cela, que tendent tous ses soins, 
tous ses efforts. 

Pauvre Pamphile 1 quand il me contait, avec 
quels détails I les âpres tourments qu'il endure, il 
me disait, en pleurant amèrement : t Galatée f 
ah f c'est ma douleur et le baume de ma douleur ! 
elle seule a pu me blesser, elle seule pourrait me 
guérir f » Je pleurais de pitié en voyant couler ses 
larmes, mais, au fond, j'étais contente; cela me 
prouvait que les choses prenaient bien la tournure 
que je voulais, et que vous étiez l'un et l'autre con- 
sumés des mêmes feux. Mais c'est assez brûler. Je 
vous en supplie, ayez quelque pitié de vous-même. 
Souffrez que l'amour et moi nous puissions enfin 
vous unir f 

Galatée. — Ce que vous me demandez, je le 
souhaite. Rien ne pourrait me plaire davantage si 
mes parents y consentaient tous les deux. MaislT 
ne nous sied pas d'oser ce que vous dites. D'ail- 
leurs, quand bien même nous le voudrions, où 
nous rencontrer? Ma mère ne me quitte jamais, 
et de nuit et de jour, toute la maison veille sur 
moi. 

La vieille, — Bah I l'amour est si ingénieux ! 
il s'entend si bien à ouvrir portes et fenêtres! 
Rien ne l'arrête , ce fripon d'amour ! Laissez les 
vaines frayeurs et les idées enfantines. Le doux 
amour se joint à moi pour vous prier de venir. 



— 104 — 

Galatée. — Vous êtes dans le secret de mes pen- 
sées furtives; pour mieux dire , c'est vous, vous 
seule, ou peu s'en faut, qui m'avez embarquée 
dans tous ces mystères. Je vous en conjure, don- 
nez-moi un conseil utile dont vous n'ayez pas 
à rougir. C'est un crime, une méchanceté noire 
que d'abuser les jeunes filles. Selon que vous me 
dirigerez , l'honneur vous attend ou l'infamie f 

— Je n'ai pas peur des cancans, répond intré- 
pidement la Vieille; je ne veux pas m'y soustraire. 
Je dirai le front haut devant le monde : Voilà ce 
quej'ai fait! Nie-t-on que je l'aie bien conseillée? 
Si quelqu'un a cette opinion qu'il l'a soutienne , 
qu'il la prouve, qu'il ramasse toutes ses forces 
pour se mesurer avec moi; s'il est vaincu, qu'il se 
taise! S'il est vainqueur... mais pourrait-il l'être? 
J'aurai bientôt fait de le réduire , la Raison ai- 
dant , car assurément la Raison ne s'entendrait 
pas avec lui I 

Un jeune homme bon et beau! une haute 
naissance ! une grande fortune ! sans compter le 
doux amour qui nous favorise en cachette! voilà 
de quoi fermer la bouche au monde et réprimer les 
méchants propos I Quand on est dans une pareille 
voie on peut s'avancer sans honte I 

— Dieu ! s'écrie Galatée, dans quel abîme tour- 
noie un cœur passionné que la crai nte et l'amou r 
se disputent et s'arrachent tour à tour, et qu'ils 
poussent, sans trêve, tantôt vers le refus, tantôt 



I 



— 105 — 

vers le désir f Que faire? Il ne le sait, il se préci- 
pite en courant à travers l'inconnu. Il erre, et tou- 
jours errant, il avive la blessure de son amour I 

Ohl I moi qui lui avais été toujours rebelle, 
comme il me subjugue , Tamour ! Moi qui lui ré- 
siste de tout mon courage, comme il s'en venge , 
en me brûlant plus fort I Cela dure depuis si long- 
temps I je suis si lasse de lutter en vain I C'est 
triste à dire, mais plutôt que de vivre ainsi, 
j'aime mieux mourir. 

La vieille. — Toute flamme tend à monter par 
sa propre agitation; parla contention, toute que- 
relle s'échauffe ; toute résistance change la colère 
en fureur. Ainsi , l'amour se fait tort quand il 
s'insurge contre lui-même ; les blessures aux- 
quelles il s'attaque s'aggravent par sa mutine- 
rie. Ce n'est point par les combattre que vous 
éteindrez vos feux. Restez en paix, ils deviendront 
plus doux. Faites la volonté de Vénus, puisque 
vous êtes de son régiment ; n'allez pas, en vous 
révoltant , travailler à votre dommage. Que vous 
êtes peu sage de perdre si malheureusement les 
joies de votre jeunesse et de vous sacrifier, vous 
et vos jours, à une fausse opinion I Laissez-moi 
vous le dire, ma pauvre enfant, quand on se con- 
tente, comme vous, de voir de la pensée le cœur 
blessé de son ami absent , tandis que lui , de son 
côté, passe de même ses nuits et ses jours à con- 
sidérer le vôtre; quand on s'observe mutuelle- 



— 106 — 

ment au point de ne se regarder qu'au visage , 
savez- vous ce qui arrive à la longue?.... eh bien, 
on meurt ! 

Après cela , vous songez peut-être à vous dé- 
barrasser d'un amour qui ne vous tient pas fort 
au cœur ? Rompez, soit, une mort violente est au- 
bout de cette rupture I 

Ce n'est pas cela? Eh bien alors, grâce, grâce 
donc pour votre jeunesse I Ouvrez votre cœur aux 
joies de la vie , et que de gais passe-temps entre- 
tiennent son allégresse. Pour commencer , au lieu 
de rester seule, venez un peu vous amuser avec 
moi. 

Entrons dans ma maison; les pommes et les 
noix n'y manquent pas. Vous voyez ce coin de 
jardin , c'est grand hasard s'il est jamais sans 
fruits. Prenez , mangez tout ce qu'il vous plaira. 
— Eh maisi qu'est-cequi ébranle si fort ma porte? 
C'est quelqu'un ou le vent, bien sûr I Je crois que 
c'est quelqu'un... Ma foi oui, c'est un homme... il 
nous regarde par un trou. Tiens, c'est Pamphile ; 
je le reconnais... Voici que moitié adresse et moi- 
tié force, il a repoussé le verrou.... il entre.... 
il vient à nous.... Mon Dieu I qu'est-ce que j'at- 
tends pour lui parler ? — Ah ça I êtes-vous fou , 
Pamphile, d'enfoncer ainsi ma porte et de briser 
les serrures que j'ai achetées de mes deniers (1)? 

(1) Oh ! la bonne locataire ! 



— 407 — 

Que voulez- vous ? qui vous envoie ici ? Si vous 
avez quelque chose à dire , vite , parlez et retirez- 
vous 1 

Pamphile ne s'amuse pas à répondre ; il se 
précipite vers Galatée, la prend dans ses bras, 
la soulève, la presse contre son cœur. — Galatée 1 
s'écrie-t-il, ma meilleure chance de salut f enfin ! 
après si longtemps! que j'aie de toi mille et mille 
baisers f Va , mon ardeur qui s'en abreuve , 
n'en est pas moins altérée; ces tranquilles douceurs 
la rendent encore plus vive. Oh 1 enserrer ainsi 
dans ses bras toutes ses joies 1 Presser contre 
son cœur ce doux et sacré fardeau 1 Qu'heureux 
est le hasard qui a conduit mes pas ici, dans une 
maison où se trouve ce que j'aime le plus au 
monde 1 

La Vieille juge alors qu'il est temps qu'elle s'en 
aille. — Ma voisine m'appelle, dit-elle aux amou- 
reux ; je vais lui parler , je reviens tout de suite ; 
j'ai trop peur qu'elle n'entre ici. (A la cantonnade 
et très-haut, œmme si elle parlait à sa voisine). Eh I 
ne criez pas tant; j'accours, attendez... que je 
ferme ma porte, car il n'y a personne à la maison. 
Voyons, qu'est-ce? J'ai affaire ; dépèchons-nous, 
hàtez-vous de me dire ce que vous voulez; je ne 
puis aller bien loin avec vous. 

L'ivresse de l'amour envahit Pamphile, resté 
seul avec Galatée. — Voici que le doux amour, et 
la verte jeunesse, et ce Hou même, Galatée, nous 



— 108 — 

invitent à repaître nos CMBurs de plaisirs ! Voici 
que la Vénus folâtre vient nous contraindre à ses 
jeux , et nous induire ensemble à ses douces pra- 
tiques I Que vous dire de plus , Galatée ! Coùsen- 
tez à mes désirs ! laissez , je vous en prie , laissez 
faire mon amour 1 

Ah 1 la pauvre enfant ! — Pamphile , s ecrie-t- 
elle , ôtez vos mains I vous vous fatiguez en vain ! 
Vous perdez votre peine, je vous assure I... Ce que 
vous voulez est impossible 1 Pamphile, ôtez vos 
mains I c'est mal d'offenser ainsi votre amie ! Otez 
vos mains, Pamphile I la Vieille va revenir 1 Hélas 
qu'une femme a peu de forces f comme il détourne 
facilement mes deux mains crispées! Pamphile 
votre poitrine m'écrase I Pourquoi me traiter ainsi? 
c'est affreux 1 c'est abominable! Finissez! je 
vais crier! que faites-vous I... c'est mal de me dé- 
couvrir ainsi 1 ah malheureuse 1 Quand reviendra 
cette perfide Vieille.! Levez-vous, je vous en con- 
jure! les voisins doivent nous entendre. M'avoir 
livrée ainsi à vous , quelle horreur 1 Désormais je 
ne veux plus me trouver ici avec vous... Cette 
Vieille ne me trompera plus 1... Vous en viendrez 
à vos fins , mais souvenez- vous que c'est malgré 
moi et que tout est rompu entre nous f 

— A présent , reposons-nous un peu tous les 
deux , dit Pamphile , laissons notre coursier re- 
prendre haleine.... 

Quoi donc! Vous me regardez avec colère? 



— 409 — 

Vous pleurez? Pourquoi ces ruisseaux de larmes, 
ma bien-aimée? Je suis coupable de tout, punis- 
sez-moi à votre guise 1 Que ma peine même dé- 
passe la mesure de mes torts f Je suis tout prêt 
à endurer le fouet, si vous le voulez. Pourtant, 
si j'ai failli, ce n'est pas tout à fait ma faute. J'en 
appelle à la justice 1 Venez, allons ensemble devant 
le tribunal pour qu'on m'acquitte ou qu'on me con- 
damne. {Du ton d'un avocat.) — Je dis que ces yeux 
pleins de flamme, ce teint blanc, ce noble visage, 
et puis les doux propos, les embrassements, les 
baisers, l'occasion, ont été les seuls mobiles, les 
causes premières de mon crime. L'amour vrai qui 
me posséda les ameuta contre moi pour me pousser 
en avant ; ils excitèrent mon délire ; par eux la 
rage du désir brûla mes veines, par eux , erreur 
fatale! je fus conduit à commettre l'acte détesta- 
ble qui m'est imputé; par eux mes sens pervertis 
m'ont rendu sourd à vos prières, douce amie I 
Telles sont les charges qui pèsent sur moi. Mais 
soyons de bon compte 1 Ne devrait-on pas les re- 
jeter plutôt sur vous^ Galatée, qui êtes la source 
et la substance de mes égarements ? 

Entre amants une si grande colère n'est pas 
de saison, mais s'il faut qu'elle survienne, elle ne 
doit pas durer. 

Entre amants l'on doit se passer bien des choses. 

Résigne- toi, ma Galatée, souffre avec patience 
le poids de ma faute, qui est aussi la tienne. La 



/ 



— \\0 — 

Vieille va revenir. Efface de ton visage cet air dé- 
solé I que tes larmes ne lui donnent pas à compren- 
dre que nous sommes coupables I 

Il n'a pas fini de parler que la Vieille rentre. 
Elle ne se doute de rien, bien entendu. — Cette 
femme, sa voisine , Ta tenue une heure devant sa 
porte à lui conter des balivernes. Quelle langue f 
Marc Cicéron n'aurait pas le dessus avec elle. — 
Tout en parlant ainsi, elle observe les deux amou- 
reux et cherche à deviner où ils en sont. 

— Qu'est-ce donc, Galatée, s'écrie-t-elle d'un 
air de surprise, vos yeux sont noyés de larmes, 
vous voilà toute rouge? Qu'est-ce qui s'est passé 
entre vous et Pamphile durant mon absence? 
Contez-moi un peu cela, ma chère enfant. 

— Il vous sied bien défaire l'ignorante 1 répond 
Galatée furieuse, et de me demander la cause de 
mes pleurs 1 Comme si tout ne s'était pas fait d'a- 
près vos conseils! Tel fruit, tel arbre, c'est bien 
vrai, car vos œuvres à vous indiquent assez ce 
que vous êtes! 

Et alors, avec cette clairvoyance rétrospective 
où se complaît l'amour-propre des malheureux ou 
. des dupes, elle explique un à un les stratagèmes 
de la Vieille. 

— Oui, quand vous m'avez offert vos noix, et 
vos pommes, celui-là, votre Pamphile, était déjà 
devant votre porte. Votre voisine vous a appelée, - 
pour lui laisser le champ libre, pour que.... favec 



— 411 — 

unsangbt) ma virginité me fut raviel Quelle grande 
raison aviez-vous donc de rester si longtemps de- 
hors? Ah 1 avec quelle cruauté savante vous m'a- 
vez dissimulé vos ruses 1 Votre art et votre astuce 
découplés contre moi se sont donné carrière, et moi, 
pauvre lièvre fugitif, je suis tombée dans vos pan- 
neaux i 

Malgré la véhémence de cette attaque, la Vieille 
fait la sourde oreille. Elle ne trouve pas que l'a- 
veu soit assez clair. Ce Pamphile est si langou- 
reux! il s'y est peut-être mal pris? Donc, elle per- 
siste à ne rien savoir et à supposer une querelle 
dont elle ignore le sujet. — C'est l'accuser bien 
injustement ; un tel crime lui est étranger ; elle 
s'en purgera sans peine et sur l'heure, et par tel 
moyen qu'on voudra. Le métier qui favorise un si 
odieux attentat et le nom dont on le nomme con- 
viendrait mal à l'âge qu'elle a. Est-ce sa faute, à 
elle qui n'était pas là, si leurs jeux se sont tour- 
nés en dispute? Quoiqu'il en puisse être de leurs 
débats, ce n'est pas à elle qu'ils doivent s'en pren- 
dre, c'est à leur amour qui n'a pas le sens com- 
mun. 

— Voyons pourtant , vous, dit-elle en se re- 
tournant vers Pamphile, contez-moi ce qu'il y a 
sous tout cela. Quel mal lui avez-vous fait? Ne 
me cachez rien. 

Mais Pamphile est honnête homme et élude la 
question. 



— H2 — 

— Si vous saviez pourquoi elle s'est fâchée i 
C'est bien peu de chose, allez! Je ne mérite pas, 
je vous jure, une si rigoureuse colère. Je ne veux 
pourtant rien vous dire, car c'est un tort aux amou- 
reux de ne pas garder le secret de leurs querelles ; 
ils ont toujours honte d'avoir trop parlé, quand 
leur dépit est passé. Je [vous prierai seulement de 
tempérer cette colère batailleuse, qui est vraiment 
plus grande qu'elle ne devrait l'être entre nous 
deux. 

Cette délicatesse de Pamphile n'échappe pas à 
Galatée; elle lui en sait gré. Mais le ressentiment 
de la vertueuse fille contre la Vieille n'en est pas 
moins ardent. Indignée, jetée hors d'elle-même 
par l'emportement delà vengeance, elle ne voit plus 
dans l'attentat dont elle a été victime qu'un moyen 
d'abîmer la misérable proxénète dans sa propre 
turpitude. Elle invoque le témoignage de Pamphile, 
— « et notez, dit le bon Jean Prot, qu'elle l'in- 
terpelle par son nom, preuve qu'elle ne lui en veut 
pas beaucoup I » — Monsieur le grammairien , fi 
donc I 

— Pamphile , s'écrie-t-elle , dites-lui donc , 
comme si elle ne le savait pas , ce que nous avons 
fait ensemble 1 qu'elle apprenne de vous comment 
la chose est arrivée I L'hypocrite f elle vous ques- 
tionne si curieusement sur ce qu'elle même vous 
a conseillé de faire, uniquement pour que je croie 
qu'elle n'est pour rien dans mon malheur. Mais 



— 113 — 

voyez- YOus! bien que par mille artifices vous 
m'ayez plusieurs fois donné le change , les faits 
parlent et vous dénoncent I hélas, trop tard f le 
poisson n'aperçoit l'hameçon que quand il y est 
déjà accroché I De même l'àme humaine, qui ne 
voit le piège que quand elle y est prise I.... 

Et maintenant que ferai-je, moi qui me suis 
laissée prendre, irai-je par le monde en fugitive ? 
Mon père et ma mère me fermeront leur porte , et 
c'est justice. Malheureuse I j'ai beau porter partout 
mes regards avides, rien ne me rit, je ne vois ve- 
nir vers moi aucune espérance f 

La Vieille sait maintenant à quoi s'en tenir. 
Au point où en sont les choses, elle n'est pas em- 
barrassée de^ suites; les parents de Galatée ne 
peuvent plus refuser Pamphile ; elle arrangera le 
mariage comme elle a préparé la séduction. Elle 
ne convient pas, toutefois, du rôle qu'elle a joué. 
— Elle ne voulait, elle, qu'unir les deux jeunes 
gens. La passion sans frein de Pamphile a dépassé 
ses intentions. C'est un malheur, mais il ne serait 
pas sage de trop s'en affliger , car la douleur ne 
rapporte rien à ceux qui s'y livrent ; quand une 
chose est irréparable, il faut savoir en prendre 
son parti. Ainsi, continue-t-elle , nous retiendrons 
nos larmes , et plutôt que de nous disputer , nous 
songerons à la marche que nous avons à suivre ; 
la discorde mord trop dangereusement le cœur 
des amants , elle les pousse à se faire de troc 
cruelles blessures. 



— 114 — 

Rentrez chacun chez vous , et qu'une bonne nuit 
vous rende la paix du cœur. fA PamphileJ que 
celle-ci soit votre femme 1 (A Galatée) celui-ci 
votre époux! et jouissant par moi l'un et l'autre 
de l'objet de vos vœux , heureux par moi , souve- 
nez-vous de moi... 



NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE 



SUR 



PAMPHILUS DE AMORE 



NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE 



SUR 



PAMPHILIUS DE AMORE 



I. 



La comédie de Pamphilus de Amore se trouve 
encore en manuscrit, dans des recueils de Mélanges, 
à la bibliothèque publique de Bàle (F. VI, 15) et 
à celle de Zuric (C. 291/103). Elle était aussi 
conservée à la bibliothèque de Strasbourg, brûlée 
par les Allemands en septembre 1870, si c'est bien 
elle que désigne cette mention du catalogue de Gus- 
tave Haenel : t Pamphili carmina amatoria (1). » 

Jean Prot, régent de grammaire, à Billom, en 



(4) Catalogué librorum manuseriptorum, a Gustav. Haenel, 
Leipzig. 

T. 



— 118 — 

Auvergne, qui Ta publiée le premier vers 1 470, 
en a eu sous les yeux plusieurs manuscrits dont 
il rapporte diverses leçons. (Voir édition de Claude 
Jaumar, Paris, 1500, feuille d m recto, e i verso, 
Tavant-dernière page verso et la dernière page.) 
Il termine notamment son commentaire en disant : 
t Finaliter in nonnullis œdicibus inscribitur hic 
versus talis : 

Pamphilus ecce modo fruitur ctim virgine voto»"» 



n. 



Du XV* au XVII* siècle, le Pamphilus a été im- 
primé seize fois en latin, en français et en italien : 

1** Première édition faite aux frais d'Antoine 
Barreau (Barrellus), libraire à Billom. L'existence 
en est attestée par la lettre en guise de préface qui 
sera rapportée aux preuves. Nous estimons qu'elle 
parut avant 1470. — Inconnue à Brunet, (Manuel 
du libraire.) 

2® Edition de la bibliothèque de Bàle; sans lieu 
ni date, sans chiffres ni signatures. Petit in4** 
gothique de 1 6 feuillets à 27 lignes. Au bas de 
la dernière page, on trouve cette date à l'encre 



— 119 — 

rouge, d'une écriture ancienne, 1473. — Inœn- 
nue à Brunet. 

3^ Edition signalée par Maittaire, et, d'après lui, 
par Panzer ; imprimée à Venise, expensis M. C. 
1480, avec les fables de Philelfe et Tépithalame 
pour Sigismond, archiduc d'Autriche, de Fr. Ni- 
gri, in-4® (Brunet). 

it^ Edition de Rome. Euch. Silber, alias, Franck, 
1 487, in-40 de 1 2 feuillets (Brunet). 

5** Paraphrase française eh vers avec le texte 
latin en marge. Paris, Antoine Vérard, 23 juillet 
1494, jn-f« vélin (Brunet). 

6** Réimpression de l'édition princeps d'An- 
toine Barreau. Paris, Claude Jaumar, 4 avril 1499, 
avant Pâques (1500), ^1-4^ gothique de 38 feuil- 
lets, sans chiffres ni réclames. Signatures A. -F. 
Cinq cahiers de six feuillets et un de huit (Brunet). 

7** Edition sans lieu ni date, fin du xv® siècle; 
in-4**de feuillets. Signatures (Brunet). 

8** Edition de Rome, Etienne Plannck , fin du 
XV® siècle, in-4® gothique, sans chiffres, réclames 
ni signatures (Brunet). 

9** Réimpression de l'édition d'Antoine Barreau. 
Rouen, Jacques Forestier , sans date , in-4® go- 
thique de 30 feuillets. (Brunet). 

10** Edition sans indication de lieu, date ni 
d'imprimeur, sans chiffres , réclames ni signatu- 
res, in-i**, caractères romains (Brunet). 

11® Edition signalée par Leyser (Historia poeta- 



~ 130 — 

rum et poematum Medii iEvi), dans Ovidii Trium 
Puellarum liber, fin du xv® siècle. — Inconnu à 
Bru net. 

^ 12** Réimpression de l'édition d'Antoine Bar- 
reau. Paris, J. Regnault, 1515, petit in-4® (Bru- 
net) . 

1 3"^ Paraphrase française. Paris. Jeanne de Mar- 
nef, 1545, in-18®, lettres rondes (Brunet). 

14** Farsa diPamphylo in lingua thosca. Siena, 
Giovanni Alessandro, 1 9 mars 1 520, in-8** (Brunet) . 

15** Pamphili Mauriliani Pamphilus sive de 
Arte Amandi Elegiœ, dans Ovidii Erotica et Ama- 
toria opuscula, etc. Francfort, 1610 (édition don- 
née parMelchiorGqldast, qui ne s'est pas nommé). 
— Inconnue à Brunet. 

1 6** Edition citée par Goldast et dont il ne donne 
que le titre : Pamphilus de Amore, plures in se 
continens elegantias modumque quo quis ametur 
describens. — Inconnus k Brunet. 

L'édition dont nous nous sommes servi est celle 
de Claude Jaumar. M. le docteur Desbarreaux- 
Bernard , à qui elle appartient, la décrit ainsi dans 
le catalogue de sa précieuse bibliothèque : 

€ Pamphilus de Amore eu m commente familiarî, 
noviter impressus. 

» Au bas du titre, au-dessous d'une gravure 
sur bois représentant le crucifiement de Jésus- 
Christ , on lit : Pour Claude Jaumar. — In fine : 
Explicit Pamphilum de Amore familiarî, impres* 



— 121 - 

sum Parisius per magistruin Pelriim Le Dru , 
pro Claudio Jaumar, librario jurato altne Uni- 
versitatis Parisiensis , commorante in vico sancti 
Jacobi, juxta Maturinos, anno domini millesimo 
quadringentesimo nono , quarto vero die men- 
sis Aprilis, ante Pascha. 

» In-4'' gothique de 32 feuillets, sans chiffres 
ni réclames; signatures A.-F. Cinq cahiers de six 
feuillets et un, le dernier, de huit. Le papier a 
pour filigranes : 1** un écu fleurdelisé surmontée 
d'une croix trèflée ; 2° un petit P gothique ; 3** une 
couronne ducale; 4** une licorne, etc. Exemplaire 
à peine rogné , rempli de témoins ; non relié. » 

Le papier est resté sonore quoiqu'il ait été en 
grande partie mouillé et qu'il soit marbré de ta- 
ches rouges. Légère piqûre de vers dans la marge 
intérieure du cahier F. 

C'est la première réimpression connue de l'édi- 
tion princeps publiée en Auvergne vers 1470, sui- 
vant nous, aux frais d'Antoine Barreau et par 
les soins de Jean Prot. Celui-ci, dans un passage 
de son commentaire perpétuel, nous apprend 
qu'Antoine Barreau était libraire à Billom : t Re- 
cordare, mi Anthoni, quod puerilem interpreta- 
tionem facimus; quapropter in his orationibus 
non nostrum est locos rhetoricos notare, ut dici- 
tur, vel signare. Habes in studio Billomico qui te 
super his abunde erudire possit, imo vero infor- 
mare » . C'était un homme âpre au travail et qui 



— <22 — 

avait eu de bonne heure ]'ambition de parrenîr. 
Cela résulte d'un autre passage du même commen- 
taîre : • Labor improbus omnia vincit. Haecaucto- 
ritas extracta est ex primo Georgicorum. Hec tibi 
sepiùs in ore olim versabatur , mi Anthoni , qui 
etiam tuis laboribus inyidiam superasti. » Mais 
c'était, de plus encore, un homme intelligent et 
instruit. On en a la preuve dans sa Lettre-Préface 
qui, rapprochée des citations ci-dessus, nous ap- 
prend que Jean Prot avait été régent àBillom, qu'il 
y avait expliqué à ses auditeurs, parmi lesquels se 
trouvait Antoine Barreau, le Pamphilusde Amore; 
et enfin, qu'il n'était plus dans cette école lorsque 
son ancien élève forma le projet de publier notre 
petite comédie. 



m. 



Presque tous ceux qui ont parlé du Pamphilus 
l'ont désigné comme un poëme. Un anonyme qui 
la publia, en 1610, à Francfort, l'a même donnée 
sous forme d'un recueil de. 63 élégies. Cet éditeur 
est le jgMy|Ei^ymriiahlement le seul, qui ait 



— 123 — 

introduit dans le titre le nom. de Maurilianus : 
€ Pamphili Mauriliani Pamphilus, »ive de 'itrte 
Amandi. » Il fait observer en effet qu'elle est ordi- 
nairement intitulée : c Pamphilus de Amore. » 

M. Ebert, dans son Lexique général bibliogror 
phique, (Leipzig 1830, t. ii, p. 298) , assure que 
le vrai auteur du poëme cfe Amore , est Pamphi- 
lus Maurilianus. Avant lui de Bure (Bibliographie 
instructive, t. ii, p. 108) , avait dit : « Les amours 
de Pamphile et de Galathée paraphrasés en vers 
français du poëme latin de Pamphilus Maurilia- 
nus.» Antérieurement encore, Chaudon etDelan- 
d.ine, dans leur Nouveau Dictionnaire historique 
( Caen 1 783^) , s'exprimaien.t ainsi : « Pamphile 
Maurilien , nom sous lequel a été; donné,, par un 
auteur inconnu, le roman en vers latins de Pam- 
phile et de Galathée. » Cet auteur inconnu est évi- 
demment Véditeur anonyme des œuvres amou- 
reuses d*Oyide , dont nous parlions tout à Theure, 
c'est-à-dire, suivant Leyser, Melchior Goldast ,. 
mort en 1635, chancelier de l'Université de Gies- 
sen (1). Goldast avait ses raisons pour désigner 
ainsi l'auteur du de Amore, Dans la notice sur cet 
ouvrage, qui se trouve p. 26-27 de son épîtredé- 
dicatoire des Erotica , il allègue en quelque sorte 
son autorité : « Guermundus in commentario in 



(\) Voir, aux Preuves , pour tout ce qui suit, la 2« lettre de M. le 
Dr Louis Sieber. 



— <24 — 

artem Prisciani : Item invenitur sociabus; Mau- 
rilianus in de Amore : 

Pulchrior hic sociis, sociabus pulchrior ipsaes {!).» 

Ce Maurilianus avait été aux yeux du bon Gol- 
dast comme un trait de lumière. Il devait avoir 
déjà quelque soupçon que Pamphilus était l'au- 
teur du livre de Amore! Avec le passage de Guer- 
mond, plus de doute. Pamphilus et Maurilianus 
étaient évidemment un même personnage, comme 
l'avaient été , par exemple , Ovidius et Naso. De 
là, le titre qu'il a donné à notre comédie dans 
ses Erotica Opuscula : Pamphili Mauriliani Pam- 
philus^ sive de Arte Amandi. Recueilli en 1783, 
non sans quelque méfiance, par les auteurs du 
Nouveau Dictionnaire historique^ cet être de raison 
ou plutôt de déraison , Pamphile Maurilien , 
figure aujourd'hui très-honorablement, comme on 
a pu le voir ci -dessus, dans les meilleures biblio- 
graphies ; Brunet même en fait un poëte qui se- 
rait mort vers Tan 1300. 



(i) Pamphilus , vers 395. 



— 125 — 



IV. 



Pour s'être trompé , Melchior Goldast n'en a 
pas moins le mérite d'avoir donné les moyens 
de déterminer la date du Pamphilus. Il serait 
intéressant de savoir précisément à quelle époque 
vivait le commentateur de Priscien qu'il a cité. 
Autant qu'il est permis de faire des conjectures, 
nous estimons que ce Guermond , peut-être Ger- 
mond, appartient à l'âge héroïque de la gram- 
maire , c'est-à-dire au xi® siècle ou au xii®. 

Un autre témoignage non moins précieux que 
nous devons encore à Goldast, hco citato, est 
celui de Jean Balbi, dominicain de Gênes, qui 
écrivait dans la première moitié du xiii® siècle. 
Dans son Catholiœn sive Summa grammaticalis ^ 
ce compilateur rapporte lui aussi un vers du Pam- 
philus, le 684® de notre comédie : 

Pamphile, toile manus jamque redibit anus. 

A ces preuves incontestables de l'antiquité du 
Pamphilus , il faut joindre celle qu'Ebert a re- 
cueillie dans le catalogue de la bibliothèque léo- 



— 126 — 

poldine de Bandini , t. ii , p. 48. C'est la men- 
tion du poëme de €Pamphilus* qui se trouve 
dans le Compendium moralium Notahilium de Hie- 
remias , un des précurseurs de nos bibliographes , 
mort vers 1300. 

Pour notre part , nous apportons à l'appui de 
notre opinion que cette petite comédie est anté- 
rieure à l'an mil , la conjecture qui fait de Mauri- 
lianus une mauvaise leçon de M. Auriliaci , c'est- 
à-dire, Manuscriptum Auriliaci. Quiconque aura 
ouvert un ancien manuscrit de grammaire ou de 
droit , et se sera essayé à en déchiffrer les gloses 
sténographiques , s'expliquera très- bien cette er- 
reur. En matière de noms propres, quand les abré- 
viations sont arbitraires , la paléographie est une 
science de hasard. 

Mais notre meilleur argument , c'est encore le 
lexique des concordances d'expressions que nous 
avons relevées dans le Pamphilus , le Walthor 
rius et autres poëmes du même temps. On le 
trouvera plus loin. Un fait ajoutera peut-être 
quelque force aux justifications qu'il présente, 
c'est qu'au moment où nous attribuions le de 
Amore au x® siècle, notre opinion était toute in- 
tuitive. Nous ne connaissions encore, la deuxième 
lettre de M. le D^ Sieber en fait foi, ni Ebert, ni 
Goldast, ni par conséquent Hieremias, Guermond 
et Jean Balbi. Certes, à ne considérer que les de- 
hors vénérables de l'incunable où nous le lisions , 



— 127 — 

nous aurions pu croire avec l'abbé (îouget (1 ) , 
que la date du poé'me était celle même de l'impres- 
sion. En voyant comme notre hypothèse, ainsi 
projetée d'abord sur cinq siècles, se trouve au- 
jourd'hui étayée , soutenue , on voudra peut- 
être bien la considérer , — je dis si nos preuves 
ne paraissaient pas absolument concluantes, — 
comme une espèce de théorème indéniable dont 
il s'agirait seulement d'améliorer la démonstra- 
tion. 



V. 



Nous avons sacrifié à la mode , car la mode rè- 
gne dans l'érudition, en juxtaposant au texte 
latin que nous publions , les variantes générale- 
ment détestables de l'édition d'Antoine Vérard (2). 
Les manuscrits de Baie et de Zuric , V Histoire des 
poètes du moyen-âge de Leyser pourraient en four- 



(1) Bibliothèque française , t. x , pages 152 et suiv. 

(2) Nous avons donné ces variantes dans les Mémoires de TAca- 
demie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse , d'où 
cette Étude est tirée. 



— 128 — 

nir de meilleures , aux grammairiens-jurés et aux 
peseurs de syllabes. Quant à nous, le texte de l'é- 
dition Jaumar, tel qu'il a été établi par Jean Prot, 
d'après plusieurs manuscrits, nous a paru irré- 
prochable. Nous n'avons eu à y corriger que treize 
fautes d'impression, et nous n'y avons changé 
que trois mots, ma/or dont nous avons fait moror, 
en nous aidant d'une variante; et cras foret que, 
par égard au sens, nous avons lu clam fovet. 




PAMPHILUS DE AMORE 



COMŒDIA 



PAMPHILUS DE AMORE 



COHŒDIÀ 



ACTUS PRIMUS 



Seeaa prima 



PAMPHiLus {Soins) 

Vulneror et clausum porto sub pectore telum , 
Grescit et assidue plaga dolorque michi ; 
Et(ferientis adhuç ^on audeo dicere nomen , 
Nec sinit aspectus plaga videre suos. 
5 Unde futura meis majora pericula damnis 
Spero; salutis opem nec medicina dabit. 
Quam prius ipse viam meliorem carpere possim ? 
Heu michi ! quid facio? non bene certus eo. 

* C'est Jean Prot qui a retrouvé la division scénique , mais il ne 
l'a pas rendue effective ; il s'est borné à l'indiquer dans son com- 
mentaire. Pamphilus parait donc pour la première fois sous forme 
de comédie. 



— 132 — 

Conqueror eslque mee justissima causa querele , 

10 Cum sit consilii copia nulla michi. 

Sed quia multa juvant, opus est inquirere multa : 
Nam solet ars dominum sepe juvare suum. 
Si mea plaga suos denudet in ordine vultus , 
Que sit, et unde venit, armaque quis posuit , 

15 Perdet et ipsa sue fortassis spem medicine ? 
Spes reficit dominum, fallit et ipsa suum. 
Si tegat ex toto faciem motusque doloris , 
Si numquam querat plaga salutis opem , 
Forsitan evenient pejora prioribus istis 

20 Et me continget protinus inde mori ? 

Estime monstrare melius, nam conditus ignis , 
Acrior; effusus, parcior (l)esse solet. 
Ergo loquar Veneri, Venus est mors vitaque nostra, 
Ducunturque suis omnia consiliis. 



(i) Parcior in nohis. 

OviD. de Arte Amandi, i, 281. 

J'avertis que je n'ai pas signalé tous les emprunts faits à Ovide par 
le poète du xe siècle ; ils sont du reste moins nombreux qu'on pour- 
rait le penser. Je regrette particulièrement de n'avoir pas noté les 
expressions centum eausœ sunt, velle meum, peecatum^ erimen^ 
qui reviennent si souvent dans le Pamphilus. — Peceatum , crimen, 
sont fréquents dans VArt d'aimer et les Remèdes d'Amour, Us y 
ont comme dans notre comédie le sens d'amour défendu. Ceci dit 
pour ceux qui n'auraient jamais lu Ovide, et qui seraient tentés de 
rapporter à la morale chrétienne l'invention de ces deux mots. 



- 133 - 



Scena seeaiida 

PAHPHILUS, VENUS 

15 Unica spes vite nosire, Venus inclita, sal¥e(1) , 
Que £icis împerio cuncta subîre tuo ^ 
QuAn timetalta Daaun servitqoe poteniia Regum ! 
Sappfidbas Totis« ta pia, parce meis. 
XeBsdma, metspredbusremtereiioli^ 

90 Seâ fK q«od poeoo : non ego magna peto. 

loi ssasnaigiia : misero mscbi mtagna ndeniur^ 
Saâ lamoi kta dare non tiU djffidkett. 
^jTimT' ûic tafilnn , jam jamqne besdUif bal^diM/f 
£: fiii ev^uksit proEpera emeta jxikfaj. 

S £k midd liâna 'rdHem mon ««se; pii<^^ 
S: nnL fiui«veaQâal gndîa Tec^tr» uadbû^ 

Xi: si juula iuTfsL ledenA J^iea nuimf . 

J-^mr ^j'itus larmifQir uuoûbi» lUa . 
^ JoT HH: ialih UDur. umuliint aiit «ofi^î^eift. 

]feîi iw* TsaiCTi certs icawicrtiialeltt. 

"!!€» iK^. ino*: ç|u« tï î»5inw*r*: met.. 

T^umer» mot jdc tï*!Kâl Qiijte vwmuut ioirit - 

l^sfrraKnqiit îtojbc - xj!<gu«: &é^;;urqu»: ii«eut 
£i S^' imlL tiiiL iH£ auf: nii^ai vuoMSk le*:r. . 



V 



— -134 — 

Justaque causa fuit, dicere que vetui t : 
Dicitur (et fateor) me nobilioribus orta , 
Huic ideo metuo dicere velle meum ; 
Fertur, et est verum, quod me sit ditior illa , 

50 Et decus et dotes copia sepe rogat ! 

Non michisunt dotes, decus ingens, copia grandis, 
Sed quod habere queo, quero labore meo. 
"^ [ Dum modojsit dives cujusdam nata bubiilci , 
Eliget ex mille quem volet illa virum. 

55 flllius in forma nostros tremor occupât artus,- 
Et magis hec votum dicere causa vetat : 
Concipit ingentes animos fiducia forme 
Inque modo dominam non sinit esse suam. 
Has de corde meo temptavi demere fiammas : 

60 Sepius obstanti sed magis instat amor. 

En mala nostra vides, en nostra pericula nosti : 

Unde precor precibus mitis adesto meis 

Non michi respondes nec dictis porrigis aurem , 
Nec tua clara meum lumina lumen habent.... 

65 Aut tu toile tuas nostro de corde sagittas, 
Aut tu seva tuis vulnera pasce modis I 
Quis posset tanti curam tolerare doloris 
Que domino flenti premia nulla daret? 
Ista tibi narro : nam me dolor anxius urget 

70 Assiduasque preces concipit ipse dolor. 

VENUS, 

l' 

- ' Labor im probus omnia vinci t (4 ) . 

^ Qualibet et poteris ipse labore frui. 

(1) Hec attctoritas extrada est ex primo Georgicorum. Hec tibi 

$epiu$ in ore olim versahatur, mi Anthoni , qui etiam tuis lahori" 

bui invidiam superasti. 

(Noie de Jean Prot, sur le v. 7i). 



— 135 — 

Tu monstrare tuos animos nulli vereaiis, 

Vix erit ex mille que neget una tibi (1) ; 
75 Quamqueprecando petis, prius aspera forte negabit, 

Sed levé pondus habet illius asperitas. 

Nam jurando prius quos venditor ipse negarat 

Vénales, census improbus emplor habet ; 

Nec mare transisset, pavidus si nauta fuisset , 
80 Turgida cum primum restitit unda rati. 
^)Ergo tuis primum si non favet illa querelis , 

Arte vel officio fac tamen ut faveat (2). 

Ars animos frangit et fortes obruit urbes ; 

Arte cadunt turres ; arte levatur onus ; 
85 Et piscis liquidis deprenditur arte sub undis ; 

Et pedibus siccis per mare currit homo. 

Rébus et in multis ars adjuvat officiumque : 

Pauper sepe suo pascitur officio ; 

Officio justa sedatur principis ira , 
90 Servat et illesum corpus opesque reus ; 

Et gaudet locuples qui flere solebat egenus ; 

Et modo fertur eques qui solet ire pedes. 

Quod donare sibi minime potuere parentes 

Hoc exercenti jam dabit officium. 
95 Officiumque tuum primum si forte récusât, 

Tu servire tamen esto paratus ei. 

His poteris superare minas causantis amice , 

(\) Vix erit e multis quœ neget una tibi. (Ovid. de Arte Amandi^ 
I, 344). 

(2) Flec'.itur obsequio curvatus abarhov^ ramus... 
Frangis si vires experiere tuas, 
Obsequio tranantur aquœ etc, 
Obsequium tigresque domat, Numdasque leones. 

(Ovid. de Arte Am. ii, 480 etsqq). 



\^ 



y 



— 136 — 

Fiet arnica tibi que prius hostis erat. 

In quibus esse soletloca sepius illa, fréquenta, 

100 Sive potes pulchris pascere, pasce jocis. 
Gaudia semper amat et ludicra leta juvenlus 
Et juvenum mentes hoc in amore ligat. 
Letum semper ei te letis vultibus offer : 
Est cum leticia pulcnor omnis homo, 

105 Nec nimium taceas, nec verba superflua dicas, 
Despicit ex minime sepe puella virum ; 
Excitât et nutrit facundia dulcis amorem 

Et multos animes mitigat ipsa ferps. 

Si locus est, illi jucundus viribus insta „ 

110 Quod vix sperasti, jam dabit ipsa tibi. 

(Non sinit interdum pudor illi promerc votum, 
I Sed quod habere cupit, hoc magis ipsa negat : 
Pulchrius est illi vi perdere virginitatem 
Quam dicat : de me fac modo velle tuum. 

115 Hoc nimium caveas, si sit tibi parva supellex : 
Nesciat esse tuum pauperiemque tuam ; 
Exiguo pulchram ducit soUertia vitam , 
Jucundoque suas ore tegit lachrymas. 
Quod non es simulare potes dictisque habituque (1), 

120 Maxima sors parvo contigit ingenio. 

Plurima mundus habet sua que vicinia nescit, 
De quibus acta sibi plura referre potes; 
Crede quod interdum multis mendacia prosunt, 
Et quandoque nocet omnia verba loqui. 

125 Et famulos famulasque domus sibi sepeloquentes (2) 
Allice pollicitis muneribusque tuis (3j , 

(4) Et qwB neseierisuthene notarefer{OyiD. de ArteAm, i, S2S). 

(2) Sed prius awillamcaptandœnossepuellœ cura sit ' (/&»({.) 351. 

(3) Hanc tu pollicitis corrumpe. {Ibid. 355). 



— 137 — 

Ut semper référant de te bona multa vicissim (1) , 
Et pascant dominam laudibus usque tuam. ^ 
Gum dubias dubio mentes in pectore versât, 
130 An faciat vel non nescia velle tuum , 

Tune illam multo temptamine sepe fatiga, ^ 

Ut citius possis victor amore frui. 

Pellitur hinc animus hominum vel pellitur illinc 

Sepe labore brevi, dum manet in dubio. 

135 Et placeat vobis interpres inter utrumque 
Qui caute référât hoc quod uterque ferat , 
Emula nam juvenum dijudicat acta Senectus 
Et simul hos prohibet litigiosa loqui. 
Incipe : spe melius dédit et dabit omniatempus , 

140 Nec timor ùUus erit in quibus esse times. 

Non tibi plus dicam ; vinces studiosus amicain 
Inceptumque viis mille patebit opus. 



y^ 



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Scena tcrtia 



PAMPIIILUS 



Incolumis egro leviter solacia prebet , 
Nec minus infirmus sentit adesse malum. 
145 Consilio Venèris mîchi non dolor alleviatur , 
Sed meus in tris ti pectore régnât amor. 
Hactenus auxiîii michi spes fuit omnis in illa ! 
Spes mea discessit, sed manet ipse dolor. 
Non miser evadam : me nauta reliquit in undis (2): 

(i) Tumde te narret; tumpersuadentiaverba addat. (Ibid. 37d). 
(2) Quid faciam P média navim Palinurus in unda 

DeseriL (Ovid. Remed. Amor.ÏÏIl). 



— 138 — 

450 Et portum quero, nec reperire queo. 

Sed modo quid faciam ? mea spes nunc spécial ad illam , 

Illi me noviter convenitire loqui ! 

Quam formosa, Deus ! nudis venit illa capillis ! 

Quantus adesset ei nunc locus inde loqui ! 
155 Sed dubito. Tanti michi nunc venere dolores I j 

Nec mea vox mecum, nec mea verba manent , j 

Nec michi sunt vires, trepidantque manusque pedesqu 

Attonito nuUus congruus est habitus. 

.^Mentis in affectu sibi dicere plura notavi, 
160 Sed timor excussit dicere que volui ; 

î Non sum quodfueram, vix me cognoscere possum; 

'Non bene vox sequitur... sed tamen ipse loquar. 



Scena quarta (1) 

PAMPHILUS, GALATEA 

Alterius ville mea neptis mille saintes 

Per me mandavit officiumque tibi : 
165 Hec te cognoscit dictis et nomine tanlum , 

Et te, si locus est, ipsa videre cupit. 

Ulic me voluere mei retinere parentes 

De quibus electis villa redundat ibi ; 

Hi michi spondebant summa eu m dote puellam , 
170 Pluraque que non est cura referre michi. 

Omnia postposui : tu sola michi placuisti \^2), 



(i) Pamphilus n'a réellement que trois actes : Jean Prot lui en 
donne cinq et ouvre ici l'acte second. 

(2) Elige cuidicas : tu mihi sola placuUti, (Ovid. de Arte Am, 

1,42). 



— 139 — 

Respuerem pro te quicquid in orbe manet (i], 

Ludendo loquimur ! loquiraur sic sepe juventus ! 

Verbula ficta jocis jurgia nulla movent. 
175 Sed modo dicamus cordis sécréta vicissim, 

Dictaque, prêter nos, nesciat'alter horao ! 

Demus et inde fidem ûeri sic I postea dicam. 

Primitus incepi : primitus ipse loquar [ 

Nos modo concordes debemus vera fateri. 
480 Gratior in mundo te michi nulla manet , 

Et te dilexi jam ter preteriit annus ; 

Nostra nec ausus eram vota referre tibi. 

Tempore non longo loquitur sapientia surdo , 

Nosque diu frustra non decet inde loqui. 
185 Te constanter amo, tibi plus modo dicere nolo 

Donec tu dicas quid placet inde tibi I 

GÂLÂTEA 

Sic multi multas multo temptamine fallunt, 
Et multas fallit ingeniosus amor. 
Infatuare tuo sermone vel arte putasti 
190 Quam falli vestro non decet ingénie ! 
Quere tuis alias infestis moribus aptas 
Quas tua falsà ûdes et dolus infatuent I 

PAMPHILUS 

Sepius impediunt justos peccata malorum ! 
Hic nocet alterius, non mea culpa michi. 
195 Sed tamen auscultet me gratia vestra bénigne, 

(1) Quidquid in orbe fuit. {Ibid. $6), 



I 



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— 140 — 

Et liceat dicere domine pauca mee. 

Juro Deum celi, testor quoque numina terre! 

Non loquor ista tibi fraude vel ingenio ! 

Hoc manet in mundo te non michi carior uUa , 
200 Carius et nullam mens animusque videt. 

Sed loquor incassum ; tua mens puerilis et etas 

Quidquid nocet aut prodestnoscerenescit'adhuc. 

Junior antiqua quamvis sit acutior etas. . . 

Nam cum multa senes, plura vident juvenes ! 
205 Et quamvis juvenis, fac ut cognoscere possis 

Quis sum, que mea res quisve meus sit amor. 

Cunctarum rerum prudentia discitur usu ; 

Usus et ars docuit quod sapit omnis homo. 

Ire, venire, tibi necnon dare verba vicissim , 
210 Esse simul tantum te deprecor ut liceat î 

Non nisi colloquio cognoscimus intima cordis. 

Ipsa referre potes quid placet inde tibi. 

GALATEA 

Ire, venire, loqui, tibi nec cuiquam non prohibebo, 

Quisque ubique vias jure viator habet. 
215 Convenit, et honor est, ut det responsa petenti^ 

Et quemcumque videt queque puella vocet ; 

Hoc concède satis quod tu vel quilibet alter 

Ut veniat, salvo semper honore mec. 

AuscuUare licet et reddere verba puellis : 
220 Convenit ista tamen ut moderanter agant. 

Verbula si dederis ludendo, verbula reddam : 

Sed si forte nocent, hec tibi non patiar. 

Nos simul esse petis, solos simul esse récuse , 

Non decet in solo nos habitare loco : 



— 141 — 

225 Nana sola loca nocent, infamia nascitur inde (1) ; 
Tutius ergo loquar, plèbe vidente, tibï. 



PAMPHILUS 

Nonmichiparvaquidem, sed munera magna dedisti ! 

Nempe michi tantuna sufflcit alloquium. 

His meritis dignas nequeo reddere grates , 
230 Equari verbis non valet hoc meritum. 

Sed fortassis adhuc véniel tempusque, diesque 

In quo monstrabit si quis amicus erit ; 

Ne tibi displiceani, non audeo dicere quicquam , 

Quamvis te peterem pauca libenter adhuc : 
235 Nos alternatim complexus, basia, tactus, 

Ut dare possimus, cum locus afFuerit. 

GÂLATEÂ 

Quamvis illicitum complexus nutrit amorem^ 
Et fallunt dominam basia sepe suam : 
Hoc solum patior si tu nil ampîius addas, 
240 Nam cuiquam, sine te , talia non paterer. 

Sed modo de tempîo venient utrique parentes : 
Et michi, ne causer, convenit ire domum. 
Tempora nam venient pariterquibus ambo loquemur. 
Et memor inlerea quisque sit alterius I 

(i) Quitquii amas loca sola nœent.., in populo tutior esse potes, 

(OviD. Remed. Amor,, 579). 
Les mêmes mots, mais une intention toute différente. 



— 142 — 



Seena quinta 



PAMPHILUS 



245 Letior in mundo me non est, nec fuit unquam ! 

Figitur in ripis anchora nostra suis ! 
( Me subito nimium deus et fortuna beavit, 

Nam modo sum dives qui miser an te fui. 

lUius et frustra quam sim memor, illa rogavit , 
250 Quam de mente mea non dolor excuteret. 

Non me cognoscit, ut eam desidero nescit.' 

Dum memor ipse fui sit memor illa mei ! 

Pluribus expédier , sed adhuc me plura cohercent 

De quibus ipse meum nescio consilium : 
255 Si studiosus eam verbisque jocisque fréquentera 

Auferet assuetas garrula fama vias ; 

Firmet amicitiam si nuUa frequentia nostram , 

Non bene firmus adhuc, forsan abibit amdr. 

Usu crescit amor, pariter decrescit et usu ,1), 
260 Omnis et impastus attenuatur amor. 

Perpétue lignis crescit crescentibus ignis ; 

Detrahe ligna foco, protinus ignis abest. 

Sollicitus tantis curis tantisque periclis , 

Distrahor in quantis nescio mente modis I 
265 Hac in re nuUam video michi prosperitatem , 

Non habet et tutum mens mea propositum. 

Obstitit interdum factis Fortuna virorum, 



(i) Iniratamor menihusu, dediscitur usu. (Ovid. Remed. Amor,. 
503). 



— 143 — 

Propositumque suo non sinit esse loco ; 
Sic multis nocuit, multos tamen illa beavit ; 

270 Vivit in hoc mundo taliter omnis homo. 

Pro\idet et tribuit Deus et lal)or omnia nobis , 
Proficit absque Deo nullus in orbe labor. 
Sit Deus ergo mei custos rectorque laboris , 
Omne gubernet opus propositumque meum. 

275 Non meus interpres fuerit fraterve neposve, 
Nam nullus leviter invenit inde fidem : 
Jura fidemque nepos nescit servare parenti , 
Nec frater fratri, cum furor ille venit. 
Causa pusilla nocet, sapiensque nocentia vitat, 

280 Ergo nos aliam convenit ire viam. 

Hic prope degit anus subtilis et ingeniosa , 
Artibus et Veneris aptà ministra satis. 
Postpositis curis, ad eam vestigia vertam, 
Et çibi consilium notificabo meum. 



ACTUS SECUNDUS 



Scena prima 

PAMPHILUS, ANUS 

285 Faiïia tue laudis nomenque tue bonitatis 

Causa miserunt me tibi consilii. 

Quid loquar auscultet modo gratia vestra bénigne. 

Al ter et assensu nesciat absque meo. 

Diligo vicinam (bene quam nosti) Galateam, 
290 Ipsa suis dictis me (nisi fallor) amat. 

Non loquor ut vellem, nam mille pericula vito , 

Sollicitus timeo quicquid in orbe manet. 

Ex minimo crescit, sed non cito fama quiescit ; 

Quamvis mentitur, crescit eundo tamen (1). 
295 Parva nocentmiseris, miserosmala multa sequuntur ; 

Resque laborque meus spe manet in dubia. 

Tu mala nostra vides : tua vox eat inter utrumque, 

Deprecor ut nostrum crimen eundo tegas. 

(4) Naicitur exiguus sed opes acquirit eundo. ( Ovid. de Arte 
Am., II» 343). 

9 



146 — 



ANUS 



Aller amat quod amas, etquodpetishoc petit aller (1), 
300 Sed tamen assensum non habet ille meum. 

Est satis ille probus et honesla conjuge dignus , 
Sed michi displicuit quod dare disposuit : 
Promisit veteres cum pellicio michi vestes , 
Sed sibi vile meam munus ademit opem ; 
305 Si datur ad tempus, datetaffert commoda munus^ 
Jus legesque suo destruit ingénie. 
Quam petis (ut credo) nisi per me nullus habebit^ 
Nam Galatea michi semper amica fuit ; 
Insuper, ipsa sui sum dux et conscia facti , 
310 Et facit ipsa meis omnia consiliis. 

Non loquar ergo diu tibi : me premit altéra cura ; 
Garpat quisque vias et sibi querat opem. 



PAMPHILUS 

Hoc michi prestat opus, nec me premit altéra cura^ 
Hanc michi si dederis, omnia prestiteris. 

315 Convenit extemos mercari sepe labores , 
Emptus et ut capiat premia digna labor. 
NuUa parte tuum frustrabo (crede) laborem 
Nunc quibus indigeo si michi provideas. 
Deprecor hoc unum : mercedis die michi nomen , 

320 Et quodcumque michi dixeris ipse dabo. 

(1) Quod amas. (Ovid. Remed. Amor, 297.) 



— 147 — 



ANUS 

Plurapetunt et pluravolunt quibus instat egestas: 
Quantis indigeo tanta referre pudet. 
Divitias multas habui dum floruit etas ; 
Copia decrevit, pluribus indigeo. 
325 Me mea débilitas atque etas expoîiavit, 

Commoda nulla facit arsque laborque michi. 
Si modo nostra tibi prodesse juvamina sentis 
Deprecor ut pateat hinc michi vestra domus (1). 



PAMPHILUS 

Nunc tibi nostra domus et cetera cuncta patebunt, 
330 Sitque sub imperio copia nostra tuo. 

Multum grata michi jam nos concordia junxit, 

Pactaque sollicitet inter utrumque fides. 

Hinc precor ut vigilet ^olertia vestra laborque , 

Et ratione sua rem bene provideat. 
335 Principium finemque simul prudentia spectat ; 

Rerum finis habet crimen et omne decus. 

Verbi principium, finem quoque conspice verbi , 

Ut possis melius premeditata loqui. 



(i) Hoc si effUio, postula tua mihi domus. 
Te prœserUe, absente, pateat. 

(Térent. Eunu^h, acL v. se. ix, v. 9 et iO.) 



i 



— 148 — 



Scena seeunda 

ANUS, GALATEA 
ANUS 

Hac manet in villa nimium formosa juventus , 
340 Grescit et in cunctis moribus illa bonis ! 

Non fuit in nostro melior nec dulcior evo, 

Suscipit ipsa meam tam bene pauperiem ! 

Precellit cunctos omni boniiate coevos 

Pamphilus, exsuperat laudibus et socios. 
345 Est stulto stultus, cum miti mitis ut agnus : 

Stultitie sapiens jure resistit homo. 

Non manet hac tante pubes bonitatis in urbe ! 

Quas acquirit opes non vorat ingluvies (1). 

Est nimis ille probus, bona nam fuit ejus origo , 
350 Arbore de dulci dulcia poma cadunt. 

Demonstrat signis prolem natura fréquenter, 

Sepe solet similis filiusessepatri. 

En juxta portam video stantem Galateam I 

Queque locuta fui forsitan audierit. 
355 Hic non esse modo quemque Galatea putabam, 

Sed tamen ipsa nimis vera locuta fui. 

Pamphilus hac certe pre cunctis pollet in urbe ; 

(i) Praeclaram ingrata stringat malus ingluvie rem, 

(HoRAT. Satir, i, S). 
Harum videre ingluviem. 

( TARENT, Eunuch, act. v. se. iv , 40. v.) 



— 149 — 

Egregie vitam providet ille suam. 

lUi semper honor et laus et gloria crescit - 

360 Et merito nullus invidet inde sibi. 

Est nimium locuples, sed non tamen inde superbit^ 
Istius et nullum copia crimen habet. 
Esset ut iste tuus vellem Gaîatea maritus ! 
Hec eadem velles, tu bene si saperes ! 

365 Velle meum dixi, sed non tamen ipse rogavit , 
Vos simul arbitrium judicat esse meum : 
Et genus, et probitas et forma decens utriusque 
Mecum concedunt vos simul esse duos. 
Nostra modo vanis deducimus ocia verbis ; 

370 Res tamen interdum gaudia parva movet : 
Ex minima magnus scintilla nascitur ignis , 
Et générât parvum grandia principium. 
Mens mea concepit harum primordia rerum, 
Atque loqui nostris cepimus inde jocis ; 

375 Sed si rébus in his tua mens animusque movetur, 
Si placet aut potius displicet inde loqui , 
Deprecor ut dicas : si dixeris , ipsa tacebo 
Si celare velis, sive referre, loquar. 
Die michi, ne dubites; stultum depone timorem , 

380 Hic venit a sola rusticitate pudor. 

GALATEA 

Non michi rusticitas,stultusmichinec pudor obstat, 
Sermo sed admirer, cur venit iste tuus. 
Transmisit miror hue si te casus an ille (1) 
Pamphilus, an querat premia sermo tuus ? 

(1 ) Aliui iextui habet u Gharinus » sed magis placet casus, 

(Note de Jean Prot, sur le v. 383). 



— 150 — 



ANUS 



385 Semper iniquorum scelus impedit acta bonorum , 
Penas sepe luit quas homo non meniit ; 
Quamvis sim pauper, non sic michi premia quero, 
Nam michi sufficiens est mea pauperies. 
Primitus ut dixi, mea mens conceperat illud; 

390 Altéra non novit, conscius omnis abest. 

Hoc satis esse potest, si vos simul esse velitis, 
Hoc et uterque potest absque pudore pati : 

Nobilis ille quidem, nec nobilis es minus ipso, 
Est utriusque satis nota propage michi. 

395 Pulchrior hic sociis : sociabus pulchior ipsa , 
Gum forma species convenit atque placet. 
Hoc utriusque probat par copia parque juventus, 
Famaquesi sciret, ipsa probaret idem. 
Quando pares estis, sociare jure potestis : 

400 Déficit in vobis nil, nisi solus amor. 

GALATEA 

Quod michi nunc dicis, dici deberet amicis^ 
Gonsensu quorum conjugis opto thorum ; 
Hos prius alloquere, vel tu, vel Pamphilus ille ; 
Res erit ad libitum pulchior ipsa meum. 

ANUS 

405 Gonveniat tuus ut consensus sit sive parentum , 
Sed tuus interea militet ignis ei ! 



— loi — 

Exercet corda juvenuni Venus ingeniosa ; 
Quisque per hoc studium colligit ingenium. 
Incitai hec animos^ dat largis^ odit avaros , 
410 Leticiam sequitur tristiciamque fugit. 

Narraret nullus quantum Veneris valet usus ; 
Huic nisi parueris, inistica semper eris ( I ) ! 

GALATEA 

Per Veneris mores virgo cito perdit honores : 

Ingens ille furor nescit habere modum ; 
415 Non levé pondus habent violenta Gupidinis arma, ^ 

His maie seduci queque puella timet. 

Sepius immeritas incusat fama puellas, 

Omnia non cessât carpere livor edax. 

Quod petis annuerem, nisi Famé verba timerem 
420 Que magis in talicrimine lumen habent. 



ANUS 

Rébus in his major nimis est infamia veri, 
Sed prestat verum, rumor et ipse cadit. 
Murmura, rumores curasque, levabo timorés ; 
Vos vestrosque jocos calliditate tegam , 
425 Nam Veneris mores cognoscimus, ejus et artes, 
Et sic tuta meo res erit ingenio. 
lUum cum videam, michi consule quidsibidicam; 
Que michi predices tutius ipsa loquar. 



(i) Et poierit dici rustica si qua proba est. 
(OviD. Remed, Amor, 330). 



— 152 



GALATEA 

Velle meum metuo tibi secretumque fateri, 
430 Nam Dolus insidias tendit ubique suas ; 

Sed tamen experiar que sit tua lingua fidesque , 

Et qua parte tuum me trahat ingenium. 

Pamphilus ipse meum petiit michi nuper amorem^ 

Nosque simul vera junxit amicitia. 
435 Sed, precor, hoc cela : tamen sibi (posco) révéla ; 

Non tamen incipies hac ratione loqui : 

lUum sepe prius multo temptamine tempta : 

Que dixi, dicet forsitan ipse tibi. 

Hinc modo discede, fac et precor omnia caute-, 
440 Et tibi que dicet, cras michi cuncta refer. 



Sk^ena tertia 



ANUS, PAMPHILUS 



ANUS 



Multotiens homines frustratur spesque laborque ! 
Non res ut velles, Pamphile, nostra venit. 
Tardius ad vestrum nunc advocor ipsa juvamen , 
Nam prodesse nequit arsque laborque meus. 
445 Res ut testatur, Galatee teda paratur , 
Miror enim cul tus quos parât ipsa domus. 
Sunt centum cause, quibus istud suspicor esse , 



— 163 — 

Sed suus ista tamen celât uterque parens. 
Hoc tibi quod dico sapientius accipe verbum : 
450 Mitte quod esse nequit, quere quod esse potest. 



PAMPHILUS 

Heu me ! quo fugiunt vires et corporis usus ! 

Mens mea non servit, nec mea lingua michi. 

Heu miser ! in nostris est nulla potentia membris, 

Horum quodque suum denegat officium. 
455 Spes mea me lesit ! per spem Venus ossibus hesit, 

Spes procul abscessit, et manet ipse dolor! 

Nulla parte suos tangunt mea carbasa ventos (4) , 

Nec sentire potest anchora nostra solum. 

Nescit nostra suam quo querat cura salutem ; 
460 Fert Galatea mee sola doloris opem , 

Causa mee mortis bec est et causa salutis ! 

Qua si non potiar nunc placet ut moriar ! 

ANUS 

Stulte, quid insanis! cur te dolor urget inanis? 

Acquirit gemitus premia nulla tuus ! 
465 Temperet ergo tuum modus et prudentia fletum ; 

Terge tuas lachrymas, prospice quid facias. 

Concipit ingentes animes immanis egestas 

Et facit artificem sepius bec bominem. 

Ars bominis magnum vitat studiosa periclum , 

470 Et labor arsque vigil forte juvabit adhuc. 



(1 ) Sed non eut dederis a littore earhasa vento. 

(OviD. de Arte Am., ii, 337). 

9. 



— 154 — 



PAMPHILUS 

Quis labor heu tantum possit superare periclum? 
Spes mea tota périt, imminet hora thori ! 
Ast vivente suo non nuberet illa marito : 
i Crimen légitimes est violare thoros. 
47o Ad nichilum prorsus meus est labor iste redactus! 
Et mea cura sue perdidit artis opem ! 
Nulla dies merito dabit et nox nulla quietem , 
Semper me miserum vexât inanis amor ! 



ANUS 

Sepius exigua dolor ingens labitur hora, 
4f80 Ingens ex parvis imbribus aura cadit ; 

Estque serena dies post longes gratior imbres , 

Et post triste malum gratior ipsa salus. 

Tu modo respira ; dolor absit, fletus et ira ; 

Sunt prope magna tue gaudia tristicie ! 
485 Nostrum velle tua faciet (credas) Galatea, 

Omnino nostris se dédit imperiis. 



PAMPfflLUS 



Ut pia promissis matrum solertia vanis 
Plorantes pueros admonet ut taceant , 
Sic me fortassis falso solamine pascis , 
490 Ut dolor a nostro pectore tristis eat...? 



— 155 — 



ANUS 



Accipitris volucer elapsus ab ungue feroci , 
Anceps, in cunctis hune timet esse locis. 
Hic me nulla tibi mentiri causa coegit, 
Omnia que dixi vera sed invenies. 



PAMPHILUS 



495 Si michi vera refers et verum protulit illa, 
Tune dolor a nostris eordibus omnis abest ! 
Sed sua non semper sequitur primordia finis ; 
Inceptum casus sepe retardât opus. 



ANUS 

Cursus fatorum neseit mens uUa virorum, 
500 Solius est proprium scire futura Dei, 

Desperare noeet, votum labor improbus implet(l), 
Arsque vigil magnas sepe ministrat opes. 
Sorte sub ambigua spes et labor omnis habetur , 
Crescit principio spes magis ipsa suo. 

PAMPHILUS 

505 Noseere nonne potes bec si me diligit an non ? 
Vix celare potest intima cordis amor. 

(\) Aliva texita habet « sed sperare deeet » (Note de Jean Prot, 
sur le V. 50i). 



— 156 — 



ANUS 



Dumloquorejusadestmichi mens animusqueloquenti^ 
Dulciter omne meum suscipit eloquium , 
Curvat et ipsa suos circum mea colla lacertos. 

510 A te missa sibi dicere verba rogat , 

Dumque tuum nomen rationis nominat ordo, 
Nominis ammonitu fit stupefacta tui. 
Dum fruitur verbis pallet rubetque fréquenter, 
Fessaque si taceo, me monet ipsa loqui. 

5d5 His aliisque modis cognoscimus ejus amorem: 
Non negat ipsa michi quin sit amica tibi. 

PAMPfflLUS 

Nunc mea spes per te successus sentit adesse , 
Crescit et auxilio gloria nostra tuo ! 
Improbus interdum dubios labor impedit actus ; 
520 Maxima tollit iners commoda segnicies. 

Quantumcumque potes ceptum properato laborem. 
Ne mora segnis opus différât illa tuum. 



ANUS 

Ut reor, ecce tibi per me tua vota parantur , 
Ast promissa michi res manet in dubio. 
525 Est mens nostra suis contraria sepe loquelis , 
Nec factis sequimur omnia que loquimur. 
Irrita vénales fallunt promissa labores... 
Cum fueris felix, nil michi forte dabis? 



— 157 — 



PAMPHILUS 

Est scelus immensum si dives fallit egenum ! 
530 Te quoque si fallam gloria nuUa michi. 

Necte,nec quemquammeavox sicprodiditunquam, 
Famaque, si queras, crimine nostra vacat ; 
Estque fides nostri constans fiducia verbi , 
Que tibi tuta facit omnia que metuis. 

ANUS 

535 Plebs timetingenio superari parva potentum, 
Jura cadunt causa pauperis exigua ; 
Est et ubique fides pulchro pollita colore 
Que tegitur sceleris artibus innumeris. 
Nulla tamen fortuna potest obsistere fatis : '*' 

540 Dat mare sepe metus, nulla pericla tamen ; 
Que promisisti fortune munera mando , 
Sed que promisi dona tamen capies. 
Convenit ut vadam nunc exorare puellam 
Si placet ut veniat hue tibi sola loqui. 

545 Si vos nostra simul solercia collocet ambos , 
Cum locus affuerit, te precor esse virum (1). 
Mens animusque manet inconstans semper amantis: 
Parva î'forte) tibi quod petis hora dabit. 



(1 ) Quod 81 vos aliquis conducet casus in unum 
Mente memor tota quœ damus arma tene. 
Nunc opu8 est armis, nunc, o fortissime, pugna. 

(OviD. Remed. Amer., 673 et sqq.) 



I 



ACTUS TERTIUS 



Scena prima 



ANUS, GALATEA 



ANUS 

Occultare nequit sua lumina maximus ignis , 
550 Occultare nequU nec sua vota Venus. 

Omnis vestrarum rerum michi panditur ordo, 

Quarum mente memor, vix teneo lachrymas , 

Nam cognosco satis quod non sapienter amatis (2)^ 

Res est ipsa sue nuncia stulticie : 
5551Pallida furtivum faciès demonstrat amorem, 

Absque labore gravi tabida facta cutis. 

Pamphilus ille miser, miser extat omnibus horis ; 

Quam maie duriciem comparât ille tuam ! 

Nocte dieque satis pueriliter ille laborat, 

(2) Qu,i%qui% sapienter amabit (Ovid. de ArteAm. ii,5ii). 



— 160 — 

560 Nam sibi durus ager semina dura refert. 

Quis nisi mentis inops sua semina mandat arène ? 
Cum mercede labor gratior esse solet. 

( Hune tua forma prius et postea lingua fefellit , 
I Risque duobus eum vulnerat acer amor. 
565 Ut promisisti, sibi non medicina fuisti, 

Inde sibi gravior affuit ipse dolor ; 

Nunc ope plaga caret, dolor ejus semper abundat. 

Et licet ipsa taces, te quoque flamma gravât ; 

Plaga malum sepe parit inconfessa, necemque; 
570 Vos quoque tectus amor sepe gravare solet. 

Ergo quid inde velis, céleri circumspice mente, 

Et michi sint animi nuncia verba tui. 

GALATEA 

Me promit igniferis Venus improba sepius armis , 
Et michi vim faciens, semper amare jubet I 
575 Me jubet e contra pudor et metus esse pudicam... 
His coacta meum nescio consilium ! 

ANUS 

Sit timor iste procul! hic non est causa timons, 

His rébus nunquam proditor ullus erit. 

Ut tuus existât conjux modo Pamphilus optai, 

580 Nititur omnis ad hoc cura laborque suus. 

Mille modis acres habitus , michi prodidit ignés , 
Et michi flens graviter talia verba refert : 
Est Galatea meus dolor et medicina doloris , 
Hec dare sola potest vulnus opemque michi ! 

585 lUius ad lachrymas pietas me flere coegit , 



— 161 — 

Et tamen in tacito pectore leta fui. 
Ofnnia cemebam fieri velut ipsa volebam, 
Ardentes sensi vos simul igné pari. 
Ledere flamma solet, precor ipsi parcite vobis, 
590 Vosque duos mecum jungere possit amor ! 

GÂLATEÂ 

Quod petis afTecto, nichil hoc michi carius esset 
Si meus annueret istud uterque parens. 
Istud enim fieri nostris non convenit ausis : 
Si bene vellemus nec locus esset ad hoc , 
595 Nam mater mecum custos michi semper habetur, 
Totaque me servat nocte dieque domus. 

ANUS 

Ingeniosus amor portas et claustra relaxât, 
Vincit quicquid obest ingeniosus amor ! 
Vanos pone metus, puériles corrige sensus, 
600 Mecum dulcis amor te rogat ut venias ! 

GALATEA 

Es modo facta mee furtive conscia mentis , 
Hujus et es melior pars modo consilii ; 
Ut michi consilium te deprecor utile dones , 
Et te non pudeat consuluisse michi. 
605 Est scelus atque nephas seducere fraude puellas (1) , 
Hinc decus et magnum crimen habere potes ! 

(4) Sed modo dilectam scelus est odisse ptiellam. (Ovip. Bemed. 
4wor.,6tJtJ), 



— 162 — 



ANUS 



Non pundibunda tegam famamquamcumquelocacem, 

Nec mea facla negant consuluisse libi ! 

Si quicumque velit mecum conlrarius esse, 

610 Proférât his rébus quicquid obesse potest ! 
Viribus hic lotis veniat contendere mecum , 
Autyictus taceat, aut modo victor eati 
Et citius mecum Ratio compesceret illum , 
Cum Ratione nichil diceret ille michi : 

615 Vir benus et pulcher , genus altum , copia grandis ! 
Dulcis amor nostrum clam fovet consilium ! 
Fama loquax taceat, taceat quoque murmur iniquum^ 
Absque pudore suas res habet ista vias. 

GÂLATEA 

Deus ! in quantis animus versatur amantis , 
620 Quem timor hac illac pellit , amorque gravis ! 

He duo discordes hune die nocteque fatigant : 

Esse quod optât amor, hoc negat ipse timor ; 

Quid faciat nescit ; semper per dévia currens 

Errât , et errando vulnus amoris alit. 
625 Me sibi subdit amor , illi licet usque rebellem , 

Meque repugnantem fortius urit amor. 

Sic afflicta diu , casso quoque fessa labore, 

Mesta loquar, quam sic vivere malo mori! 



ANUS 



Ut majora suo surgunt incendia motu , 



— 163 — 

630 Lisque repugnando major et ira furit^ 
Sic Venus ipsa suis ipsi sibi noxia bellis 
Surgit, et opposita vulnera lite fovet (d). 
Non potes ei^o tuas bellis extinguere flammas, 
Sed cum pace tuus mitior ignis erit. 

635 Imperium Veneris fac, dum sua miles haberis, 
Non tibi sint damnum lisque laborque tuus. 
Insipiens, tenere maie perdis gaudia vite, 
TeT[ue tuosquedies noxius error habet! 
Tantum mente vides absentis vulnus amici , 

640 Nocte dieque tuos nec minus ille videt. 

Alter in alterius fert tantum lumina vultus , 

■ 

Res dabit ambobus ista morando necem. 

Sed reor hoc quod amas leviter depellere curas? 

Hujus discidii mors fera finis erit ! 
645 Parce juventuti , complectere gaudia vite ; 

Leta decet letis pascere corda jocis. 

Et modo sola veni paulisper ludere mecum : 

En tibi nostra domus poma nucesque dabit ; 

Vix eri t iste meus sine fructibus angulus unquam(2). 
650 De quibus esse, frui quolibet, ipsa potes. 

Sed modo nescio quid tam fortiter ostia movit ? 

Vir fuit aut ventus.... sed reor esse A^rum.... 



(i) Lœsa Venus justa arma movet telumqtie remiUtt. 

(OviD. de Arte Am., ii, 397). 

(2) Ille terrarum mihi prœter omnes 

Angulus ridet. (Horât. Carm.^ ii, 4). 

Angulus iste feret piper et thus ocius uva. 

(HoRAT. Epist., XIV, V. 23). 
si angulus ille 
Proximus accédât qui nunc denormat agellum ! 

(HoRAT. ^atir. lib. ii, 6). 



— 164 — 

Est homo ! per quoddam nos respicit ille foramen ! 

Pamphilus est ! vultus si bene nosco suos. 
655 Arte seram rétro paulatim vique recludit 

Ad nos ingreditur.... quid modo cesso loqui? 

Cur furiose fores perfringis, Pamphile, nostras? 

Ëmptas namque meo destruis ère seras. 

Quid vis? vel cujus venisti nuncius ad nos? 
660 Dicere si quid habes, die celer, atque redi ! 



Scena quarta (1) 



ANUS} PAMPHILUS, GALATEA 
PAMPHILUS 

Galatea , mei super omnia causa salutis I 
Da michi post longas basia mille moras ! 
Nec tamen bis sitiens meus ardor abibit, 
Sed crescit placidis acrior ipse jocis. 
665 En ego tota meis mea gaudia claudo lacertis I 
En complector onus dulce piumque michi ! 
Hue mea divertit felix vestigia casus, 

Nam tenet iste locus hoc quid amo melius ! 

» 

ANUS 

Me vicina vocat : loquar illi, jamque revertar, 
670 Nam nimis vereor hue modo ne veniat. 

(4) Suivant Jean Prot, cette scène serait la première du cm- 
quième acte. 



— 165 — 

Quid clamas? propero ; .veniens hec ostia claudo , 
Nullus enim remanet hic nisi sola domus. 
Me mea cura tenet , propera michi dicere quid vis^ 
Me tecum longas non decet ire vias. 



Scena quinta 



PAMPHILUS, GALATEA 
PAMPHILUS 

675 En modo dulcis amor viridisque juventa, locusque, 

Galatea , monent pascere corda jocis ! 

En lasciva Venus nos ad sua gaudia cogit (4), 

Inque suos usus nos jubet ire simul ! 

Quid moror his verbis? supplex mea vota requiro (2), 
680 Tu patiens facti deprecor esto mei? 

GALATEA 

r^ Pamphile, toile manus ! . . . frustra te nempë fatigas ! . . . 
Nil valet iste labor !.. . quod petis esse nequit!... 
Pamphile tollemanus î . . .malenuncofFendis amicam! . . . 



(i) S^à Dea nonpatitur sic ad sua gatidia cogi, 

(OviD. de Arte Am., ii, 449). 
(2) L'édition Yérard donne cette variante : 

Quid moror P hujus ope mea vota requiram. 
C'est probablement la bonne leçon, mais nous ne l'avons pas 
introduite dans le texte, parceque cet hujus nous a paru trop démons- 
tratif. 




— 166 — 

Pamphile toile manus !... jamque redibit anus I^^ 
685 Heu michi î . . . quam parvas habet omnis femina viresl . . . 

Quam leviter nostras vincis utrasque manus!... 

Pamphile î nostra tuo cum pectore pectora ledis ! . . . 

Cur me sic tractas?... est scelus atque nephas !... 

Desine ! . . . clamabo î . . . quid agis ! . . . maie detegor a te! . . . 
690 Perfida (me miseram) quando redibit anus? 

Surge ! precor ! . , . nostras audit vicinia lites î . . . 

Que tibi me tribuit, non bene fecit anus !... 

Ulterius mecum non te locus iste tenebit 

Nec me decipiet, ut modo fecit, anus ! 

695 Hujus Victor eris facti : licet ipsa relucter, 

Sed tamen inter nos rumpitur omnis amor ! 

* 

PAMPHILUS 

Nos modo paulisper requiescere convenit ambos , 

Dum , facto cursu , noster anhelat equus. 

Quid maie dilecto respectum luminis offers ? 
700 Curque lavas lacrimis flebilis ora tuis? 

Sum reus ex toto , modo quaslibet accipe penas , 

Et major meritis pena sit ipsa meis. 

En quecumque velis patiens ad verbera presto I 

Sic culpasse tamen non mea culpa fuit. 
705 Nos modo judicium'(si vis) veniamus ad equum : 

Aut modo sim liber, aut ratione reus. 

Ardentes oculi, caro candida, vultus herilis (4), 

{\) Dico, edico vobis nostrum esse illumherilem filium, 

(TARENT. Eunuch. Act. v. Se. nr, v. 40.) 
Quod mihi herœque filiœque herili est. 

(Térent, Adelph. Act. iv. Se. ii. v. 2».) 



— <67 — 

Verbula, complexus, basia grata, locus 
Fomentum sceleris michi , principiumque dedere. 

710 Institit hortator his michi verus amor , 

His furor intumuit^ rabiesque libidinis arsit, 
Hortanturque sequi facta nephanda michi. 
Iste meos sensus pervertit pessimus error 
Per quem nostra tibi gratia surda fuit.... 

715 De quibus accusor, merito culpabilis esses , 
Fons hujus fueras materiesque mali. 
Tam gravis ira duos non convenit inter amantes (1) : 
Sed si forte venit, sit tamen ipsa brevis. 
Semper amans delicta pati bene débet amantis : 

720 Culpe communis fer patienter onus (2) . 

Cum remeabit anus^ tristes, precor, exue vultus, 
Ne nos, per lachrymas , sentiat esse reos. 



PAMPHILUS , GALATEA , ANUS 

ANUS 

Ante fores vacuis tenuit me femina nugîs , 
Que Marcum proprio vinceret alloquio ! 
725 Cur Galatea tuo corrumpis lumina fletu ? 

Quem michi demonstras , hic color unde venit ? 

(i) Turpe vir et mulier, juncti modo, protinus hostes» 

(OviD, Remed. Amor,, 6b9). 
(â) Qtwd juvet ex œquo femina virqiM ferant. 

(OviD. , de Arte Am., 682). 



— 168 — 

Absens quando fui , quid tecum Pamphilus egit? 
Galatea, precor, ordine cuncta refer. 



GALATEA 

Convenit ut nostros queras (quasi nescia) fletus, 

730 Cum res consiliis facta sit ista tuis ! 

Fructibus ipsa suis que sit cognoscitur arbor : 
Tu quoque nunc factis nosceris ipsa tuis. 
Poma nucesque tuas michi tu dare disposuisti , 
Cum tuus iste fuit Pamphilus an te fores ! 

735 Ut locus esset ad hoc tua te vicina vocavit , 
Quo spoliata forem virginitate mea ! 
quam magna foris te fecit causa morari? 
Quam bene seva suas ars tegit insidias I 
Implevere suos ars et fallacia cursus : 

740 In laqueos fugiens decidit ipse lepus I 



ANUS 



Increpor injuste nunc ; hoc michi crimen inesse I 

Qua ratione velis, me satis expediam. 
t Etati nostre maie nomen criminis hujus 

Convenit , ars tanti nec studiosa mali. 
745 Si qua modo concepta jocis contentio vobis 

Gontigit, absenti que michi culpa fuit? 

Sit quodcumque potest , nil ad me lis utriusque 

Quam movet insipiens (non ego) vester amer ! 

Die tamen ignoti seriem michi , Pamphile , focti , 
750 Hujus origo mali ne sit operta michi. 



169 — 



PAMPHILUS 

Arguor ex mini ma (si scires ordine) culpa, 
Estque michi meritis durior ira meis. 
Sed decet arcanum celari semper amanium ; 
Nam dixisse pudet, cum furor omnis abest. 
755 Tantum lenire tibi rixas convenit ire 

Quam magnam inter nos non decet esse duos. 

GALATEA 

Pamphile, die illi nostros (quasi nesciat) actus, 

Res ut percipiat qualiter ista venit. 

Quod tibi consuluit a te (quasi nescia) querit, 

760 Ut videatur in boc non nocuisse micbi I 

Artibus innumeris michi dévia plura dedisti (1) , 
Sed tamen indiciis res patet ipsa suis. 
Ut piscis curvum jam captus percipit bamum (2), 
Sic mens humana capta videt laqueos I 

765 Et modo quid faciam? fugiam captiva per orbem? 
\ Ostia jure micbi claudet uterque parens. 
Metior bac illac ocubs vigilantibus orbem , 
Leta tamen misère spes micbi nulla venit ! 

ANUS 

Ut graviter doleat non pertinet ad sapientem , 
770 Cum dûlor ad dominum premia nulla refert. 

(i) Artibui innumeris mens oppugnatur amantis. Ovide. 
(S; Alius textus habet : « Ut avis humanos capta videt laqueos ». 

(Note de Jean Prot sur le v. 763). 

10 



— 170 — 

Hoc nioderanter âge reparari quod nequit arte , 
Quod maie persuasit immoderatus amor. 
Gonvenit ad nostros modus et prudentia fletus , 
Quodque sequi deceat querere consilium , 

11b Mordet enim graviter discordia pectus amantum 
Et movet in bellis vulnera seva suis. 
Que bene vos foveat placidam concedite noctem 
Hec tua sit conjux ! vir sit et iste tuus ! 
Per me votorum jam compos uterque suorum, 

780 Per me felices, este mei memores (1) I 



(i ) Finaliter tn nonnullis codieibus inscHbitur hic versui talis 
a Pamphilui ecce modo fruitur eum virgine voto, » 

(Note de Jean Prot sur le v. 780). 



.-P 



NOTES 



IlT 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



LETTRES DE M. LE DOCTEUR LOUIS SIEBER 



Directeur de la Bibliothèque publique de Bàle. 



Unlversltset 
Basel 

Oefrentllche 
BIbUothek I. 



Basel t dm 27 novembre 1872. 

Monsieur, 

J'ai toujours considéré que c'était un devoir pour 

les personnes qui s'occupent des sciences et des lettres, 
de se communiquer réciproquement les résultats de 
leurs études. Vous me trouverez donc toujours empressé 
à vous être utile et agréable, et je vous prie d'user et 
d'abuser même de moi en toute liberté. 

Le manuscrit F. vi. 15. de notre bibliothèque est 
un Codex chartaceus , petit in-^ de 363 feuillets. Il 
contient un assez grand nombre de traités en vers et 

10. 



~ 174 — 

en prose ; le poëme de Pamphilus en est le dernier ; il 
commence feuillet 339 recto et finit f* 363 verso. Le 
papier du manuscrit est le même du commencement 
jusqu'à la fin. On distingue trois mains différentes, la 
première a écrit les feuillets 1-204, la seconde, f. 206- 
307; la troisième, f. 309 à la fin. L'écrivain qui a 
écrit la première partie du manuscrit se nomme plu- 
sieurs fois et il ajoute même la date et le lieu ; p. e., 
f» 106, on lit : 

« Et sic praesens codicillus explicit, scriptus in 
y> civitate Gebennensi , anno a nâtivitate domini nos- 
» tri Jhu X?* millésime quadringentesimo quadragesimo 
» quinto , vicesima die mensis Julii , per me saepe dic- 
» tum Arnoldum Heymerici, in Registris BuUarum Sacri 
» Basiliensis Concilii et Sanctissimi in ;t;p« Patris Do- 
» mini nos tri , domini Felicis divina Providentia Papse 
» quinti scriptorem, qui pro tune in supra dicta civitate 
]!> cum sua curia residebat , Pontificatus ejus anno 
» sexto. Amen. :ù 

Immédiatement après cette notice écrite avec de l'en- 
cre rouge , l'écrivain continue en encre noire : 

« Item fui admissus ego Arnoldus Heymerici de Cli- 
» vis, alias de Amheim, pro scriptore in Registre Bul- 
]!> larum sanctissimi in Christo Patris et domini nostri, 
» domini Felicis divina Providentia Papae quinti , pro 
» tune in civitate Gebennensi residentis, anno à nati- 
» vitate Domini millésime quadringentesimo quadra- 
» gesimo quinto, die vero prima mensis Augusti, Pon- 
» tificatus ejusdem domini nostri anno sexto. Amen. ^ 

Les deux écrivains qui ont écrit la seconde partie du 
Codex ne sont pas nommés ; on ne trouve nulle part de 



— 175 — 

date , mais l'écriture appar tient sans doute aussi au xv« 
siècle. Pour que vous puissiez juger vous-même^ je vous 
envoie ci-joint un fac-similé du commencement et de 
la fin du poème de Amore ; mais vous verrez que notre 
manuscrit ne confirme guère votre conjecture. 

Du reste, Ebert dans son Lexique général bibliogra- 
phique (Leipzig, 1830) , t. u, p. 298 , dit que le vrai 
auteur du poème de Amore est Pamphilus Maurilia- 
nus, et que le poème se trouve déjà cité dans le Com- 
pendium moralium notabilium de Hieremias, mort 
en 1300 (Bandini, biblioth. Léopold, tome n, 83 (1). 

(A) Lisez , 48 : Voici ce que dit Bandini loco citato. Je dois cet 
extrait à l'obligeance de M. Eugène d'Auriac, bibliothécaire à la Bi- 
bliothèque nationale. 

« Auctores quorum testimonia in hoc opère adferuntur sunt isti : 
Gualterius de Casteilione , iib. m , opus carminibus. Auctor iibri de 
formula honestœ vitœ. Mathaeus Yindocinensis de historia Tobiae. 
cap. 16, versibus. Idem in poetria, versib. Auctor Iibri de moribus 
medicorum, versib. Gœcilius Firmianus de beata vita. Henricus 
Samariensis sive Septiniellensis, versib. Richardus judex Venusinus 
liber de pertractatione nuptiarum , versib. Bellinus in specuio vitae , 
versib. Ghronica de nugis philosophorum. Versiflcator fabularum 
iEsopi. versib. Hugo de S. Victore in Didascalo , item , in compendio 
Philosophise. Maximianus , versib. Jacobus Beneventanus cap xxv, 
versib. Montanarius in Luna cleri , cap. lviii , versib. — Martialis 
cecus (cocus) libro undique suscepto cap. v ; is est Valerius Martialis. 
Gato, versib. Johannes Solobriensis anglicus in policratone Iib. i. 
Auctor Iibri qui dicitur Rudium Doctrina Iib. i. versib. Catullus 
cap. I, cap. XIX, versib. Gualfredus in poetria cap. xxxiv, versib. 
AtLctor Iibri qui dicitur Pamphilta , cap. m, versib. Augustinus 
in Epigrammatibus Prosperi lxxiv. Baldus fabulse xxii, versibus 
leoninis. Andréas ad Gualterium de Amore libro i. Auctor Iibri qui 
incipit Astrolabi, versib. Theophrastusin aureolo tractatu de nuptiis. 
Auctor Iibri qui dicitur Facetus, versib , etc., etc. 



— 176 — 

Tout en vous laissant cette question, je me borne- 
rai à vous donner une idée du contenu du manuscrit 
F. VI , 15. On y trouve : 

1® GuiDONis Fabae varia opuscula : a ) de arte dic- 
tandi more rhetorico, f 2-72 verso, h) Arengae pro sco- 
laribus ad commune Bononiae f* 73 recto — 91 verso. 
v) Libellus de diversis principiis partium dictaminis et 
de singulis partibus epistolarum ponendis. P 93 recto 

— 98 verso, d) Summa de vitiis et virtutibus f* 99 recto 

— 106 recto, é) Exordiaadomnes casus litterarum cum 
conclusionibus, folio 109 recto — 129 recto. 

2° Libellus compendiosus de positione terminorum 
secundum rbethores et poetas factus per quemdam ele- 
gantissimum et eximium poetam f* 133 r^ — 140 y 
(scriptus in Basilea , durante Concilie 1445. 

3° Tabellae rhetoricales fo 140 v* — 144 v°. 

4* Epistolae compendiosae f* 145 r* — 190 1-**. 

5° Exordia contra absentes et pro absentibus ; exor- 
dia discipulorum et doctorum; exordia illorum qui 
suurn rectorem spemere videntur fo 193 r^ — 197 v®. 

6° Dictamina bona fo 198 r*» — 204 v». 

7o Cyrilli spéculum sapientiaî, fo 206 r® 

— 263vo . 

8oNigelli spéculum stultorum,f« 266 V* ^ demain. 

— 307 v'* en vers 

90 Henrici septimolensis sive pauperis 

elegia f« 309 ro — 338 V* . . 

lOo Pamphilus de Amore, fo 339 ro — 
363 vo 

Avant de terminer cette lettre, je ne veux pas 
manquer de vous dire que notre bibliothèque pofieède 



— 177 — 

un imprimé da poème de Pamf^iilas que je ne trouTe 
indîqiié ni dans le Ihniid de Brunet , ni dins le Re- 
pertoriom lMl>li<^Drapliicam de Haîn , ni dans le Lexi- 
qoe de EberL (Test une édition sans cfaiffines, signa- 
tures ni nom de lien, ni date , petit in-4^ de 16 feuil- 
lets , à 27 lignes par page , caractères gothiques. La 
première ligne du f» i r* contient le titre : QuermoiÊia 
Pkampkili. Après le « Explidt Pamphilus », au bas de 
la dernière fêge, on trouve la date en enoe rouge 
ci473>. 

Voilà , Monsieur , tout ce que je puis l'ous commu- 
niquo* sur Pamf^us et son poème. Si mon fac-similé 
ne vous suffit pas pour décider la questi<m de l'ancien- 
neté de notre manuscrit, je suis prêt à vous procurer 
une photographie d^une page quelconque, mais je ne 
crois pas qu'il vaille la peine de dépenser de 6 à 8 fir. 

En terminant , je vous réitère , Monsieur , mes 

offres de service les jphMS étendues, et je vous prie 

d'agréer, etc. 

D^" Louis Sjebek, 
Direc&ear de la Bîblotfaèqae pohUque de Bêle- 



— 179 — 



- II. 

llbltotlMk 

— Batel , den 30 janvier 4S7S. 

Monsieur , 

Depuis que j'ai reçu votre aimable lettre datée du 
4 décembre 1872 , je n'ai pas cessé de m'intéresser 
vivement à votre ami Pamphilus ou plutôt M. Aurilia- 
nus. J'avais l'intention de vous envoyer encore avant 
Noël une photographie de notre édition de 1473, mais 
le photographe, qui me sert ordinairement dans des cas 
pareils, était tellement préoccupé par des travaux pres- 
sants pour les jours de fête , qu'il a dû me renvoyer 
jusqu'au mois de janvier. Malheureusement , c'est jus- 
tement l'époque où j'ai le plus de travail, soit parla 
rédaction du rapport officiel pour le Sénat de l'Univer- 
sité et le Gouvernement , soit par des affaires de 
compte. Je vous prie donc instamment d'excuser que 
j'aie mis à l'épreuve si longtemps votre patience. 

Voici le résultat de mes recherches sur Pamphilus 
depuis ma dernière lettre. 

D'abord j'appelle votre attention sur un livre qui 
contient une édition du poème de Amore. Ce livre, 
assez rare, est intitulé : 

« Ovidii Nasonis Pelignensis Erotica et Âmatoria 
opuscuîa, de Amoribus, arte et modis amandi, et qua 
ratione quis amoris compos fieri debeat, nunc primum 
ex yetustis membranis et mss. codicibus de prompta 



I 



— 180 — 

et in lucem edita^ diversa ab iis quse vulgo inter ejus 
opéra leguntur ; cum aliis quibusdam ejusdem argu- 
menti libellis qui per fucum in Ovidianas inscriptiones 
transierunt, Francofurti, 1610. » 

L'auteur anonyme de ce livre est un historien alle- 
mand assez connu , Melchior Goldast , mort en 1635 
comme chancelier de l'Université de Giessen. Pag. 75- 
1 05 on trouve : 

« Pamphili Mauriliani Pamphilus sive de Arte 
Amandi elegiae. » 

Le poëme de Amore est divisé dans cette édition en 
63 élégies de différente longueur. La « Epistola dedi- 
catoria 1> donne des notes sur chacune des poésies con- 
tenues dans le volume. Pag. 26 et 27, on lit ce qui 
suit : 

« Pamphilus Manrilianus, » 
Guermundus in Commentario in artem Prisciani : 
Item invenitvr socinbus. Manrilianus in de Amore : 
«c Pulchrior hic sociis , sociabus pulchrior ipsa es. » 
Qui versus reperitur in elegia XXI. Balbus Januensis, 
qui ante annos plus minus quadringentos vixit^ in Ca- 
tholico: Pamphilus interpretatur solus amor et corripit 
pmuUimain : unde « Pamphile toile manus,jamqtie re- 
dihil anus, » Versus exstat eleg. 56. 

Vulgatus liber ejusmodi habet indicem : Pamphilus 
de Amore, plares in se continens elegantias, modumque 
que quis ameltir describens, incipit : Hinc et vulgo citari 
solet : Pamphilus de Amore, 

Franciscanus aliquis aut Dominicanus monachus 
qui commentum in hune libellum scholasticis suis 
dictavit, Ovidio adscripsit. Ejus verba sunt : « Pro 



— 181 — 

primo, actor fuit Ovidius, ni quidam dicuni, qui tam 
de Arte Amandi quam de Remédia amoris, scripturœ 
plura mandavH, » Libelluspraeterquam quod barbanis, 
est etiam fœdissime mendosus et comiptus, verbis 
passim et ipsis interdum versibus luxatis et trans- 
positis. Emendet cui libido est nugari. x> 

Je vous ai copié cette note de Goldast, non parce 
que je la trouve très-intéressante, mais parce que le 
livre de Goldast vous est peut-être inconnu et parce 
qu'il est rare. Notre bibliothèque, par exemple, ne le 
possède pas. Mon collègue de la bibliothèque de Zuric 
a eu la complaisance de me l'envoyer pour quelque 
temps. 

Un autre livre dans lequel on trouve quelques noti- 
ces surPamphilus et qui peut-être ne se trouve pas à 
Toulouse, porte le titre suivant : Polycarpi I^yserii^oes. 
prof, in Acad. Helmstadiensi Hiaioria Poëtarum et Poe- 
matummedii jEvi; decem post annum anato Ghristo 
GGCC seculorum. Gentum et amplius codicum mss. 
ope carmina varia elegantia , ingeniosa , curiosa evul- 
gantur, emendantur, recensentur. HalseMagdeb. 1721. 

Dans ce livre, Pamphilus Maurilianus est rangé 
parmi les poètes du xv^ siècle. Gomme le livre de 
Leyser est une histoire littéraire des poètes latins du 
moyen-âge, il se contente souvent de donner quelques 
extraits des poëmes dont il parle. Souvent aussi il se 
dispense même des extraits. G'est'le cas de Pamphilus, 
sur lequel il dit page 2071 (faute d'impression pour 
107i) : « Pamphilus Maurilianus. Hoc nomine prodiit 
Pamphilus sive de Arte amandi elegiae, initie : Vulneror 
fil damumquc fero sub peclore lelum ; inter Ovidii ero- 

11 



— 182 — 

tica per M. Groldastum, Francofurti, 1610 (p. 75). Non 
autem primum per Goldastum prodiit Pamphilus, sed 
jam antea circa sec. XV finem, cum Ovidiî Trium 
Puellarum libro, etc., in-q. (fol. ii, 6), ubi tamen 
primus scripii versus sic sonat : Vulneror el clausum 
porto sub peclore teliim, Cum alise quoque emendatiores 
lectiones in antiquiore editione legantur, illaque ma- 
nuscripti ad instar rarius occurrat, eas annotée non 
inutile fuerit. x> 

Après ces mots, Leyser donne une longue série de 
variantes qui remplit cinq pages. Je la laisse de côté, 
mais si les leçons de cette ancienne édition, c cum Ovi- 
dii trium Puellarum libro , y> qui m'est absolument 
inconnue, ont de l'intérêt pour vous , je pourrai vous 
les faire copier. Vous n'avez qu'à me dire un mot. 

Pendant les vacances de Noël, j'ai passé une jour- 
née à Zuric, et j'y ai trouvé, grâce à la prévenance 
de M. le docteur Horner, mon collègue, directeur de 
la bibliothèque de la ville de Zuric, un manuscrit de 
Pamphilus de Amore. C'est, comme le nôtre, un codex 
miscellaneus, écrit sur papier , au xv® siècle, à ce qu'il 
me semble. Le poème de Amore remplit 23 pages et 
demie. Vous trouverez ci-joint un fac-similé du com- 
mencement et de la fin. Les pièces qui sont réunies dans 
ce manuscrit sont écrites par des mains très-diftéren- 
tes. Sur le verso du premier feuillet, le contenu du vo- 
lume est indiqué ainsi : « Ovidius de Vetula ; Pamphi- 
lus de Amore ; Ovidius de Ponto ; Alanus de Planctu 
Naturae ; Seneca major ; Georgicorum Virgilii ; Bocu- 
licorum (sic) Virgilii ; Prudentius; Theodulus; Alanus 
in proverbiis. Mais cet index ne mentionne que les 



— 183 — 

pièces principales; il omet^ par exemple^ les versus 
Columbani Sancti ad Sethum^ qui suivent immédia- 
tement le Pamphilus. Le manuscrit de Zuric est coté 
G 103/291 . La bibliothèque de cette ville ne possède 
pas d'édition de Pamphilus outre celle de Goldast. 

Me voici arrivé à la fin de mes notices. J'ajoute 
encore que notre édition de Pamphilus de Amore (1473) 
ne contient pas la lettre reproduite dans l'édition Jau- 
mar (Paris, 1499). 

Le filigrane est un P gothique surmonté d'une* croix ; 
la forme n'est] pas' toujours la même. Ce filigrane se 
trouve aussi dans le livre qui précède le Pamphilus , 
Tulius de S^ncc/f//<?, ainsi que dans le liber Alexandri 
magni Régis Mocedoni de prœliis qui le suit. 

J'ajoute à cette lettre deux exemplaires de quatre 
photographies : 1° la fin du livre Tulius de Senectute ; 
2' le commencement de Pamphilus; 3o la fin de ce 
poëme et 4" le commencement du liber Alexandri magni. 
J'ai dépensé 24 francs pour ces photographies, que 
vous pourrez me rembourser quand il vous plaira. 

En terminant, je vous prie d'agréer, etc. 

D*" Louis Sieber. 



— 185 — 



DE LUPO ET ÂGNO 



Est lupus^ est agnus ; sitit hic , sitit ille. Fluentam 

Limite non uno querit uterque siti. 

In summo bibit amne lupus^ bibit agnus in îmo. 

Hune timor impugnat, verba movente lupo : 
5 Rupisti potumque michi rivoque decorem ! 

Agnus utrumque negat^ se ratione tuens : 

Nec tibi, nec rivo nocui^ nam prona supinum 

Nescit iter nec adhuc unda nitore caret. 

Sic iterum tonat ore lupus : Mihi damna minaris ! 
10 Non minor^ agnus ait. Cui lupus : Imo facis ! 

Fecit idem paterque tuus^ sex mensibus actis. 

Quum bene patrizes (1) , crimina patris obi ! 

Agnus ad bec : Tanto non vixi tempore ! — Predo 

Sic tonat : An loqueris, furcifer ! huncque vorat. 
15 Sit nocet innocuo nocuus causamque nocendi 

Invenit. Hi régnant qualibet urbe lupi. 

« Le mot palrizare semble indiquer une origine ita- 
» lienne.Ladateest du dixième ou du onzième siècle... 



(i) Laudo, Gtesipho. patrissas. 

Terent. Adelph. iv, vi, 49, 50. 
Plaute avait déjà dit : Psmdolus, i, v, 27. 

Idne tu miraris si patrissat filius? 
Odoiric, évéque d'Orléans, dans une lettre à Fulbert, évéque 
de Chartres, anno*i027, parlant du roi Henri I«r : « quem dicunt 
segnem, in negligendo jure patrissaturum ». 



I 



— 186 — 

» Elle est d'ailleurs fort singulière (la fable) par le ton 
» sentencieux, la rigueur symétrique et la régularité 
» monacale. C'est dur et acerbe. On entend le cri du 
» Florentin et du Génois mécontents ». 

Philarète Chasles. 
{Journal des Débits du 22 février 1863;. 



— 187 — 



AHTHOmUS BARELLDS BIMJ0P0L4 



Johanni Proto, salalen pn* DùBûiftai. 



EPISTOIA 



Instituenti michi impressomm libromm mercataram 
(quam aliquot dies sub senricio actitavi)^ denuo meo Do- 
mine meisqùe fortunis continuare : haud alienum a 
negocio ipso haudque injucundom visum est , libellum 
aliquem (paocamm quidem impensarum ) impressum 
iri tradere. Sicut enim peregrinantes soient ad cumo- 
los lapidum secus viam coacervatos^ (quos montes gau- 
diorum appellant) lapidem quisque quem jnxta offen- 
derit apponere , quo cumulus ipse altior emineat 
quoque eeteris viantibus iter innotescat : sic ego (dum 
novum aliquid dedero imprimendum)^ michi videbor 
in acervum librorum impressomm primitias mee nego- 
ciationis conjecisse, et eeteris sociis bibliopolis exem- 
plum prebuisse, ut simile, quique pro suo arbitratu^ 
factitent vel attentent. 

Hec vero michi cogitanti et quam plurimorum re- 
cordanti^ subiit in animum de Libelle Amoris Pam- 
phili^ et de ea quam^ non sine magna audientium 
admiratione, fecisti familiari ejusdem interpretatione : 



— 188 — 

cujus in recorda tione non paru m gavisus est animus 
meus reperisse quod querebat. 

Est enim libellus iste perjucundus, licet parvus qui- 
dem quantitate, sed fructu plenus et virtute, quippe 
qui et amandi preceptorum doctor copiosus, morumque 
amantum et lenociniorum vetularum ostensivus, atque 
ob eas res a quamplurimis etiam eruditis ac litteratis, 
michi crede, celebratus et desideratus. 

Cujus libelli tametsi textus de se pateat, et ut sic 
dicam, clarus est et lucidus in vocabulis, ipsum tamen 
ejusque subtile artificium tua interpretatione non me- 
diocriter illustrasti , dum ipsum , antehac sine forma 
habitum, per actus et scenas sub comédie figura divi- 
sisti , sententias et verba singula explicasti, mores per- 
sonarum demonstrasti , ceterorum poetarum precepta 
et dicta his consona apposuisti, et ut in summadicam^ 
sic partie ulas ejus omnes tam lucide ante oculos posuisti, 
ut, si Pictagore crederetur, auctoris ipsius animum in- 
geniumque tibi, cessisse facile credi possit. Qua in re 
magnum tue eruditionis spécimen prebuisti ; si enim 
singula vocabula seorsum exponere non ineruditi est 
hominis, haud dubium, sic nudum textum in particu- 
las, immo in puncta dividere, partesque ejus continue 
ordinatas ostendere, id demum artificis et magistri opus 
est, et ut ait Virgilius : 

Hoc opus, hic labor est! 

Eapropter et tue laudi futureque glorie, si multiplica- 
tusdispersusquefuerit, nonmediocriter congratuler, ac, 
pro mea parte, studeo ut longe lateque libellus ipse, 
una cum tuo nomiiie , mea opéra divulgetur. Quod ut 



— 189 — 

fiai, per amicitîam nostram oro ut qiBiii TÎra roce ad 
tuos auditores habuisti £uiifliarem . îpsam tuam înter- 
pretationem litleris mandare, et scriptam emendare 
non pigritms, michiqne eam transmittere impiimen- 
dam ne deneges. Rem quippe tnm gratam, tnm nti- 
lem, tnm postms acceptabilem îeceiis, tnaque em- 
ditione et prestantîa non indignam. Plnribus conten- 
derem id tibi persuasum fore , sed hec ad amicum 
satîs. Vale. 



\\, 



i 



/ 



— 191 ^ 



PR^FATIO JOANNIS PROT 



Ad Pampbilum de Amore. 



I. De Âmore Pamphili libellum^ aggressuro michi^ 
in primis necessarium visum est pauca quedam de 
nonnullis que in librorum initiis requin soient^ pro- 
mittere^ quatenus et apertissimus sit ad textum in- 
gressus et familiarissimus processus : videlicetde ipsius 
librimateria, ceterisque causis^ de génère sciendi^ de 
génère carminis^ de stilo seu caractère^ de modo pro- 
cedendi et partibus libri. 

II. Est itaque materia presentis opusculi^ amor 
Pamphili cujusdam adolescentis^ qui^ Veneris preceptis 
instructus et vetule cujusdam opéra adjutus^ Galatea 
puella quam amabat potitus est ad libitum^[^t«^ patet in 
argumenio qmdam. 

III. Auctorem vero hujus fuisse Ovidium haud facile 
crediderim , quippe^tametsi Ovidius plurima de amori- 
bus scripserit^ si tamen eidem credimus, tria tantum 



— 192 — 

sunt ipsius de Amore volumina : de Arte ; de Remediis; 
et de Amoribus seu Elégie. Verumtamen hujus aucto- 
rem opusculi Ovidianum fuisse non dubitamus, quippe 
qui sic, hoc in libello amandi precepta complectiiur, 
breviter docet et, ut sic dicam, practicat, ut non im- 
merito alter Ovidius fuisse credatur. 

IV. Finis vero operis non est alius quam ceterorum 
poetarum de quibus dicit Horatius : « Aut prodesse 
Tolunt aut delectare poète, » etc., etc. 

V. Genus âutem sciendi est morale, etc., etc. 

VI. Genus vero carminis est elegiacum, ex versibus 
constans hexametro et penthametro. 

VII. Stilus autem comicus est et caracter humilis. 
Nam ejus persone non sunt magistratus , sed populares 
et fere plebeie, prêter Venerem Deam, que tamen 
protatica est persona, ut videbitur. Descendit vero 
stilus loquendi et demissus est usque ad usitatissimum 
et quotidianum sermonem , ita ut alia interpretatione 
minime indigere videatur. Hanc autem ipsam cur a me 
petieristantopere, mi Antoni, tu videris. Verum cum 
stilus ejusmodi sit familiaris, necesse est familiarem 
ejus interpretationem exilem esse et aridam. Quamo- 
brem quid'excusationis afferam prêter ignorantie accu- 
sationem nonhabeo, nisiHoratianum illud interveniat : 

Scribunt indocti doctique, etc. 

VIII. At hoc ipsum poema comicum esse nemo qui 
legerit dubitabit. Ejus liamque omnia verba a quatuor 



— 193 — 

personis introductis proferuntur, ut nuUum autori di- 
cendum relinquatur, prêter unicum illud in secunda 
scena primi actus, ubi scriptum est: il ^ Venus hec in- 
quii , cujus tamen similia plurima Plautus in suis 
comediis interposuisse perhibetur. 

IX. Quum igitur poema taie est, videlicet comicum, 
oportet ejus divisionem et modum procendendi per 
actus et scenas àccipere. Comedia vero, utplurimum, 
in quinque actibus perfîcitur, secundum illud Hora- 
tii, etc., etc. [nihil ad rem.) 




{ 



LEXIQUE 



DBS 



œNGORDAMGES ET DES MOTS SINGULIERS OU FAVORIS. 




/ 



LEXIQUE 



DES MOTS REMARQUES 



DANS 



Pamphilus de Amore. — De Lupo et Agno (i). 
— Waltharius (2). — Visio Fulberti (3). — Con- 



(1) Aux Preuves. 

(2) Dans Edélestand Ouméril. Poésies popul. latines antér.au xiie 
siècle, Paris, 1843. 

(3) Ibidem, page 217. Cette vision de Fulbert est un échange de 
récriminations entre un corps au tombeau , nommé Fulbert, et son 
âme. A première vue on pourra prendre celte petite pièce pour une 
simple Moralité ; mais en la relisant, on remarquera un mot qui lui 
donne à lui seul, le caractère d'une satire (intéressante et instruc- 
tive) contre les seigneurs d'origine franque : Fulbert est un Franc , 
Francigena. Je rappelle ce que j'ai dit plus haut, que le Waltharius 
est écrit dans le même esprit d'hostilité contre la race conquérante . 
Si l'on fait attention que les deux auteurs parlent d'ailleurs la 
môme langue, on accordera sans peine qu'ils ont vécu dans le 
même temps. 



— 198 — 

flictus Ovis et Uni (1). Miraculum S. Nicolaï (2). 

— Lamentation sur la mort de Constance, éco- 
làtre de Luxeuil (3). — Carmen Adalberonis (4). 

— Mss. de S. Martial d'Auvergne (5). — Virgines 
prudentes et Virgines fatue (6). 



(i) Dans Edélestand Duméril Poésies popuL latines anlér. au xiie 
sikle. Paris«4843. Page 379. 
(S) Ibid. page 187. 

(3) Ibid. page S80. 

(4) Tome x des Historiens de France, pag. 65. 

(5) Francisque Michel el Monmerqué. Théâtre français au Mo- 
yen-Age ; p. 3. Paris, Didot. 

(6) Ibid. page 6 et suiv. 



— 199 — 



Adhuc. 

Et ferientis adhuc non audeo dicere nomen. 

Pamphilui. 3. 

nescit adhuc. 

Pamph, 203. 

Te peterem pauca libenter adhuc. 

Pamph. 234. 

Sed fortassis adhuc veniet tempus. 

PampA. 331. 

Non bene firmus adhuc. 

Pamph. 2^. 

Forte juvabit adhuc. 

Pamph. 470. 

Angulus. 

Vix erit iste meus sine fructibus angulus unquam. 

Pamph. 649. 

Angulus hic virides ac vescas gesserat herbas. 

WalthaHus, 497. 



APTA. 



Quere tuis alias infestis moribus aptas. 

Pamph. 194. 

Artibus et Yeneris apta ministra satis. 

Pamph, 282. 

Apta quidem statio latronibus illa cruentis. 

Waltharius. 496. 
parmam. . . concusserat aptam. 
Walth. 898. 

Insidiisque locum circumspexere sat aptum. 

Walth. 1128 

Usibus exceptis procuratoribus aptis. 
Carmen Adalberonis. 85. 

Quod petitur sacris apta ministeriis. 

Conflictus Ovis et Lini. 285. * 

Gum redit apta sacris hora ministeriis. 

Conflictusi 381. 



Ars. 



— 200 — 

Digna dignis parât hospitia. 

Apta cornes replet palatia. 

Mss. du xie siècle. 



Nam solet ars dominum sepe juvare suum. 

Pamph. d2. 

Arte vel officio fac tamen ut faveat. 

Pamph. 82. 

Ars animos frangit. 
Arte cadunt turres, arte levatur onus. 
Et piscis liquidis deprenditur arte sub undis. 

Pamph, 83, 84, 85. 

Rébus et in multis ars adjuvat. 

Pamph. 87. 

Infatuare tuo sermone vel arte putasti. 

Pamph. 489. 

Usus et ars docuit quod sapit omnis homo. 

Pamph. 208. 
Artibus et Yeneris apta ministra satis. 

Pamph. 282. 

Gommoda nulla facit arsque laborque michi. 

Pamph. 326. 

Nam prodesse nequit arsque laborque meus. 

Pamph. 44d. 

Ars hominis magnum vitat studiosa periclum. 

Pamph. 469. 

Et labor arsque vigil forte juvabit adtiuc. 

Pamph. 470. 

Et mea cura sue perdidit artis opem. 

Pamph. 476. 

Nam Yeneris mores cognoscimus ejus et artes. 

Pamph. 425. 
Arsque vigil magnas sepe ministrat opes. 

Pamph. 502. 
Que tegitur sceleris artibus innumeris. 

Pamph. 638. 
Arte seram rétro paulatim vique recludit. 

Pamph. 655. 

Quam bene seva suas ars tegit insidias. 

Pamph. 738. 



— 204 — 

Implevere suos ars et fallacia cursus. 

Pamph.ld». 

Ars tanti nec studiosa mali. 

Pamph. 744. 

Artibus innumeris michi dévia multa dedisti. 

Pamph. 7Qi, 

Hoc moderanter âge : reparari quod nequit arte. 

Pamph. 77d . 

AUSCULTARE. 

Sed tamen auscultet me gratia vestra bénigne. 

Pamph. 495. 

Auscultare Hcet et reddere verba puellis. 

Pamph, 220. 

Quid loquar auscultet modo gratia vestra bénigne. 

Pamph. ^m, 

interdum auscultans vallo propiavit. 

Wialth, ii86. 

AUT... AUT. 

Aut me fallit amor, omnibus aut superest. 

Pamph. 40. 

Aut tu toile tuas nostro de corde sagittas , 
Aut tu seva tuis vulnera pasce modis. 

Pamph, 65, 66. 

Aut victus taceat aut modo victor eat. 

Pamph. 6i± 

Aut modo sim liber aut ratione reus. 

Pamph. 706. 

Aut quœsita dabis aut vitam sanguine fundes. 

Walthanus. 667. 

En aut oppeto sive aliquid memorabile faxo. 

Walth. 1279. 

Aut régis cineres aut nostras flabo Camenas. 

Carinen Adalb. d8d. 



Beare. 

Me subito nimium Deus et Fortuna beavit. 

Pamph. 247. 



— 202 — 

iSic muUis nocuit, multos tamen îlla beavit. 

Pamph, 269. 

BONITAS. 

Fama tue laudis nomenque tue bonitatis. 

Pamph. 285. 

Precellit cunctos omni bonitate coëvos. 

Pamph. 343. 

Non manet hac tante pub^s bonitatis in urbe. 

Pamph, 343. 

Tua maxima bonitas. 

Miracle de S. Nicolas, fin du x« siècle *. 

BUBULCÙS. 

Dummodo sit dives cujusdam nata bubulci. 

Pamph, 53. 

Non sunt carniffces, caupones necne bubulci. 
Carmen Adalber, 249. 



Census. 

Vénales, census improbus emptor habet. 

Pamph, 78. 

CONCIPERE. 

Goncipit ingentes animos iiducia forme. 

Pamph. 57. 

Assiduasque preces cgncepit ipse dolor. 

Pamph, 70. 

mea mens conceperat illud. 

Pamph. 339. 

Goncipit ingentes animos immanis egestas. 

Pamph. 467. 
Si qua modo concepta jocis contentio vobis. 

Pamph, 745. 

* Dan« Edélestand Duméril, Poésiet populaires latines antérieures au xii* 
siècle, page 187. 



/ 



— 203 — 

Tune héros magnam juste conceperat iram. 

Walth. 632. 

^NVENIT. 

Illi me Doviter convenit ire loqui. 

Pamph. 152. 

Convenit et honor est ut det responsa petenti. 

Pamph, 215. 

Convenit ista tamen ut moderanter agant. 

Pamph, 220. 

El n^ichi, ne causer, convenit ire domum. 

Pamph. 242. 

Ergo nos aliam convenit ire viam. 

Pamph. 280. 

Convenit externos mercari sepe labores. 

amph. 315. 

Conveniat tuus ut consensus. 

Pamph. 405. 

Convenit ut vadam nunc exorare puellam. 

Pamph. 543. 

Istud enim fieri nostris non convenit ausis. 

Pamph. 593. 
Nos modo paulisper requiescere convenit ambos. 

Pamph. 697. 

Tarn gravis ira duos non convenit inter amantes. 

Pamph. 718. 

Etati nostre nomen maie criminisliujus 

Convenit. 

amp^. 743,744. 

Tantum lenire rixas tibi convenit ire. 

Pamph. 755. 

Convenit ad nostros modus et prudentia fletus. 

Pamph, 773. 

lENTUM CAUSE. 

Sunt centum cause. 

Pamph, 447. 

OPIA. 

Cum sit consihi copia nulla michi. 

Pamph. 10. 



— 204 — 

Et decus et dotes copia sepe rogat. 

Pamph. 50. 

Copia decrevit. 

Pamph. 324. 

Sitque sub imperio copia nostra tuo. 

Pamph. 330. 

Istius et nullum copia crimen habet. 

Pamph. 363. 

Hoc utriusque probat par copia. 

Pamph. 397. 

copia grandis. 

Pamph. 5i, 615. 

Et nummorum copia quam tu plus amasti. 

Visio FuJb. 52. 
Et thesauri copia pro qua pœnas feres. 

Visio Fulb. 76. 

Cor. 

cordis sécréta vicissim. 

Pamph. d75. 

V intima cordis. 

Pamph. ^ii. 
Vix celare potest intima cordis amor. 

Pamph. 506. 

Crimen. 

Ut nostrum crimen. 

Pamph, 298. 

Que magis in tali crimine lumen habent. 

Pamph. 420. 



D 



Deprenditur. 

Et piscis liquidis deprenditur arte sub undis. 

Pamph. 85. 

Dicunt que ratio, quis in his deprenditur ordo. 

Conflictus. 690. 



/^ 



- 205 — 

DOMINUS.. SUUS. 

Nam solet ars dominum sepe juvare suum. 

PamphA% 

Spes reficit dominum fallit et ipsa suum. 

Pamph. 46. 

Inque modo dominam non sinit esse suam. 

Pamph. 58. 

curam 

Que domino flenti premia nulla daret. 

Pamph. 68. 

Et fallunt dominam basia sepe suam. 

Pamph. 238. 
Gum dolor ad dominum premia nulla refert. 

Pamph. 770. 

Solo jure suos coctus alit dominos. 

Conflictui. 112. 

Duces et reges. 

Quam timet aita Ducum servitque potentia Regum. 

Pamph. 27. 
Regibus et Ducibus bona laus est nobilis ortus. 

Carmen Adalb. 24 

DUMMODO SIT. 

Dummodo sit dives cujusdam nata bubulci. 

Pamph. 53. 

Dummodo sim splendidis vestibus ornatus. 

Viiio Fulberti. 325. 



E 



Eloquium. 

Que Marcum proprio vinceiet eloquio. 

Pamph. 724. 
lilud Helisabet in médium 
De domino profert eloquium. 

Virgin, fatue. Th. franc. ^ p. 8. 

12 



— 206 — 
En I EN I 

En mala nostra vides ! en nostra pericula 

Nosti. 

Pamph. 61. 

En tibi nostra domus poma nucesque dabit. 

Pamph, 649. 

En ego tota mais gaudia claudo lacertis. 

Pamph. 665. 

En modo dulcîs amor. 

Pamph. 675. 
En quecumque velis. 

Pamph. 703. 

En hodie imperii... cecidisse columna 
Noscilur, en robur procul i^it. 

Walth. 376. 

En ultima Parcœ 

Fila legunt. 

Walth. 850. 

En cœcus mortem properat gustare nefandam. 

Walth. 870. 

en ego pactus 

Ante mori sum. 

Walth. 947. 948. 

En quocumque modo res pergant, hic recubabo. 

Walth. Um. 

En in propatulo. 

Walth. d233. 

En aut oppeto, sive, etc. 

Walth. d279. 

Primus en aligeram collectis viribus hastam. 

Walth. d287. 

En quid demoror. 

Walth. 4433. 
En dixi verum. 

Carmen Adalber. 3o5. 



Eo. 



Non bene certus eo. 

Pamph. 8. 

Tua vox eat inter utrumque. 

Pamph. 297. 



— 207 — 

Deprecor ut nostrum crimen eundo tegas. 

Pamph. 298. 
crescit eundo tamen. 

Pamph. 294. 

Ut dolor a nostro pectore tristis eat. 

Pamph, 490. 

A ut modo Victor eat. 

Pamph. 612. 

EUROPA. 

Tertia pars orbis, fratres, Ëuropa vocatur. 

Waltharius. i. 

Pars Ëuropa minus non jactat tertia mundi. 

Carmen Adalb. d63. 

ExiGUA. 

Sepius exigua dolor ingens labitur hora. 

Pamph. 479. 

Jura cadunt causa pauperis exigua. 

Pamph. 536. 

Versibus exiguis tantum temptabo dolorem. 

Carmen Abalb. 32. 



F ALLO. 



F 



Fallit et ipsa suum. 

Pamph. d6. 

Aut me fallit amor. 

Pamph, 40. 

Et multas fallit ingeniosus amor. 

Pamph. 488. 
quam falli vestro. . . ingenio. 

Pamph. 490. 

ni si fallor. 

Pamph. 290. 

Irrita vénales fallunt promissa labores. 

Pamph. 527. 

Est scelus immensum si dives fallit egenum. 

Pamph. 529. 



— 208 — 

Te quoque si fallam gloria nulia michi. 

Pamph. 530. 

Fatigare. 

Tum îllam malto temptamine sepe fatiga. 

Pamph. 126. 

Hi duo discordes hune die nocteque fatigant. 

Pamp^. 621. 
Frustra te nempe fatigas. 

Pamph, 68d. 
Sollicitatqae metus vel per loca tuta fatigans. 

WaUh. 3li0. 

Ut carnem reprimant, carnem per dura fatigant. 

Conflietus, 332. 

Ad hanc dicunt Demones tanquam fatigati. 

Visio Fulb. 285. 

Ferientis. 

Et ferientis adhuc non audeo dicere nomen. 

Pamph, 3. 

Ferox. 

Accipitris volucer elapsus ab ungue feroci. 

Pamph. 49d. 

Opperiens propius hostem adventare ferocem. 

WaUh, 650. 

Finis... Principium. 

Principium finemque simul prudentia spectat. 

Pamph. 335. 

Yerbi principium finemque conspice verbi. 

Pamph, 337. 

Sed sua non semper sequitur primordia finis. 

Pamph, 497. 

Experiens finis si fors queat œquiparari 
Principio. 

WaUh, i234, i235. 

FOVERE. 

Pulcis amor nostrum clam fovet consilium. 

Pamph, 616. 



— 209 — • 

et opposita vulnera lite fovet. 

Pamph. 633. 

que bene vos foveat 

Pamph. 777. 

Artus quos profert linea theca fovel. 
* Conflielui. 229. 

Senescente mundano filio 
Quem fovebat mentis oblivio. 

Mt. du xie siècle. 



G 

Gaza. 



cum gaza ingenti. 

Walth.M. 



Gratia vestra pour tua. 

Si non subveniat gratia vestra michi. 

Pamph. 36. 

Quid loquar auscuitet gratia vestra bénigne. 

Pamph. 287. 

Passus eras, ideoque scias quod gratia nostra 
Prse cunctis temet nimium dilexit amicis. 

Walth. 133, d34. 

in hoc, rogito, clarescat gratia vestra. 

Walth. 306. 



Herius. 

Ardentes oculi, caro candida, vultus herilis. 

Pamph. 707. 

Astitit et vultum reticens intendit herilem. 

Walth. 227. 

Non minor artificis quam Régis proies herilis. 

Carmen Adalb. 245. 



Homo. 



— 210 — 



Et pedibus siccis per mare currit homo. 

Pamph, 86. 

Est cum letitia palcrior omnis homo. 

Pamph, 404. 

Dictaque prêter nos nesciat alter homo. 

Pamph. 476. 

Usus et ars docuit quod sapit omnis homo. 

Pamph, â08. 

Vivit in hoc mundo taliter omnis homo. 

Pamph, 270. 

Stultitie sapiens. . . resistit homo. 

Pamph. 346. 

Penas sepe luit qaas homo non meruit, 

Pamph, 386. 

Et facit artiflcem sepius hec hominem. 

Pamph. 468. 

Ars hominis. 

Pamph. 469. 



HONOR. 



Salvo semper honore meo. 

Pamph, Si8. 

Per Veneris mores virgo cito perdit honores. 

Pamph. 408. 

Gompatior, propriusque dolor succumbit honori 

Régis. 

WaUh. ii09, iiiO. 

HosTiA pour OSTIA. 

Aalam sponsus intrat per hostia. 

Mst, du xie stèeU, dani Th. Franc., p. 3. 



Ille. 

Eliget ex mille quem volet illa virum. 
niius in forma nostros tremor occupât artus. 

Pamph. ^4, 55. 



— 211 — 

In quibus esse solet loca sepius ilia, fréquenta. 

Pamph. 99. 

Si locus est illi jucundus viribus insta. 

Pamph, 409. 

Non sinit interdum pudor llli promere votum. 

Pamph. 444. 

Pulcrius est illi vi perdere virginitatem. 

Pamph. 443. 

Hactenus auxilii michi spes fuit omnis in illa. 

Pamph. 447. 

Mea spes nunc spectat ad illam. 

Panfph. 4M. 

Illi me noviter convenit ire loqui. 

Pamph. 452. 

Quam formosa Deus, nudis venit illa capiilis. 

Pamph. 453. 

lUius et frustra quam sim memor, illa rogavit. 

Pamph. 249. 

Dum memor ipse fui, sit memor illa mei. 

Pamph. 252. 

Sic multis nocuit, multos tamen illa beavit. 

Pamph. 269. 

Sed tamen assensum non habet ille meum. 

Pamph. 300. 

Est satis ille probus. 

Pamph. 304. 

Grescit et in cunctis moribus illa bonis. 

Pamph. 340. 

Est nimis ille probus. 

Pamph. 349. 

Egregie vitam providet ille suam, 

Illi semper honor. 

Pamph. 358, 359. 

Illum cum videam micbi consule quid sibi dicam. 

Pamph. 427. 

Ast vivente suo non nuberet illa marito. 

Pamph. 473. 

Et verum protulit illa. 

Pamph. 595. 

duriciem comparât illa tuam. 

Pamph. 558. 



Inde. 



— 212 — 

Nocte dieque satis pueriliter ille laborat 

Pamph. 559. 

Et citius mecum Ratio compesceret illum. 

Cum ratione nichil diceret ille michi. 

Pawp^. 613. 614. 

Virgineamque manum propria constrinxit, al illa 

Astitit. 

Walth. 226. 

Descendensque ab equo coosedil et aspicit illos. 

Wam. 639. 

Aut michi pro lucro quicquam donaverat ille 

WaUh. 686. 

Sed capulum galea impegit, dédit illa resultans 

Tinnitus. 

Walth. 713. 

Strenuus ille tamen vi cuspidis expulit illos. 

Walth, 4302. 

Nequeunt accedere cominus illi. 

WaUh. 4309. 

Qua dextrum cinxisse latus memoravimus illum. 

Walth. iZ9i. 



Et me continget protinus inde mori. 

Pamph. 20. 

Tela, nec inde queo vi removere mea. 
Vulneris inde mei crescit dolor omnibus horis. 

Pamph. 42, 43. 

Demus et inde iinem fieri sic. 

Pamph, 477. 

Nosque diu frustra non decet inde loqui. 

Pamph. 484. 

Donec tu dicas quid placet inde tibi. 

Pamph. 486. 

Ipsa referre potes quid placet inde tibi. 

Pamph. 242. 

Nam nuUus leviter invenit inde fidem. 

Pamph. 276. 
Et merito nuUus invidet inde sibi. 
Est nimium locuples, non tamen inde superbit. 

Pamph. 360, 364. 



— 213 — 

Atque loqui nostris cepimus inde jocis. 

Pamph. 374. 

Si placet aut potius displicet inde loqui. 

Pamp/i. 376. 

Inde stbi gravior afficit ipsa dolor. 

Pamph. 566. 

Ergo quid inde velis. 

Pamph. 574. 

Hinc odium exilii patriœque amor incubât inde. 

Walth. 354. 

Waltharius lux Pannoniœ discesserat inde. 

Walth. 378. 

Et tellure quidem stantem hinc inde onerarem. 

Walth. 406. 

Vocibus et precibus conatur avunculus inde 
Flectere. 

Walth. 848, 849. 

. . . Virtutis propriœ qui fors vilesceret inde. 

Walth. 4095. 

PrsBsulet ille sacer loquitur Gregorius inde. 

Carmen Adalb. 224 . 

Mittit ad os alia quod redit inde via. 

Confiietus. 42. 

Infatuare. 

Infatuare tuo sermone. 

Pamph. 489. 

Quas tua falsa fides et dolus infatuent. 

Pamph. 492. 

Per mundi blanditias mox infatuatur. 

Visio Fulb. 428. 

Ingeniosus. 

Et multas fallit ingeniosus amor. 

Pamph. 488. 

Anus subtilis et ingeniosa. 

Pamph. 284. 
Ingeniosus amor portas et claustra relaxât ; 
En vincit quicquid obest ingeniosus amor. 

Pamp/i. 597, 598. 




— 214 — 

Exercet corda joveanm Yeaiis ingeoiosa. 

Pamph. 407. 



Ingenium. 



Maxima sors parvo contigit iogenio. 

Pamph. 120. 

Qaam falli vestro non decet ingeoio. 

Pamph. 190. 

Non loquor ista libi fraode vel ingenio. 

Pamph. 198. 

manns 

Jas legesqae sao destruit ingenio. 

Pamph. 305, 306. 

Quisqoe per hoc stndium coUigit ingeniom. 

Pamph. 408. 

Et qua parte taum me trahat ingenium. 

Pamph 43S. 

Plebs timet ingenio superari parva potentum. 

Pamph. 53§. 

Inclûmes. 

Quas acquirit opes non vorat ingluvies. 

Pamph. 348. 

Instare. 

Sed magis instat amor. 

Pamph. 60. 

lUi jucundus viribus insta. 

Pamph. 109. 

quibus instat egestas. 

Pamph. 321. 



Ipse. 



Quam prias ipse viam meliorem carpere possim. 

Pamph. 7. 
Perdet et ipsa sue fortassis spem medicine. 

Pamph. IS. 
Spes reficit dominum, fallit et ipsa suum. 

Pamph. 16. 



— 215 — 

lederet ipsa minus. 

Pamph. 38 

Assiduasque preces concepit ipse dolor. 

Pamph. 70. 

Qualibet et poteris ipse labore frui. 

Pamph. 72. 

Et multos animos mitigat ipsa feros. 

Pamph. 408. 

Quod vix sperasti, jam dabit ipsa tibi. 

Pamph. 4iO. 

Sed quod habere cupit hoc magis ipsa negat. 

Pamph, 442. 

sed tamen ipse loquar. 

Pamph. 462. 

Et te si locu8 est ipsa videre cupit. 

Pamph. 466. 
Primitus ipse loquar. 

Pamph. 478. 
Ipsa referre potes quid placet inde tibi. 

Pamph. 242. 
Dum memor ipse fui. 

Pami)/i.l.253. 

De quibus ipse meum nescio consilium. 

Pamph. 254. 
Insuper ipsa sui sum dux etconsciafacti, 

Et facit ipsa meis omnia consiliis. ^ 

Pamph. 309, 340. 

Ipsa suis dictis, me. nisi fallor, amat. 

Pamph. 290. 
Suscipit ipsa meam tam bene pauperiem. 

Pamph. 342. 

Sed tamen ipsa nimis vera locuta fui. 

Pamph. 3S6. 

Velle meum dixi, sed non tamen ipse rogavit. 

Pamph. 365. 
Si dixeris ipse tacebo. 

Pamph. 378. 

Sociabus pulcrior ipsa. 

Pamph. 395. 

Famaque, si scirct, ipsa probaret idem. 

Pamph. 398. 



— 216 — 

Que^michi predices tutius ipsa loquar. 

Pamph. 428. 

Que dixi dicet forsitam ipse tibi. 

Pamph. 438. 

Curvat et ipsa suos circuru mea colla lacertos. 

Pamph. 509. 

Fessaque si taceo me monet ipsa loqui. 

Pamph. 514. 

Non negat ipsa michi quin sit arnica tibi. 

• Pamph, 516. 

Inde sibi gravior affuit ipse dolor. 

Pamph. 566. 
Et licel ipsa taces. 

Pamph. 589. 

Precor ipsi parcite vobis. 

Pamph. 589. 

De quîbus esse ipsa potes. 

Pamph. 650. 
Sed si forte venit, sit tamen ipsa brevis. 

Pamph. 748. 
Fructibus ipsa suis que sit cognoscitur arbor. 
Tu quoque nunc factis nosceris ipsa tuis. 

In laqueos fugiens decidit ipse lepus. 

Pamph. 740. 
Jam tum quid Franc! fecissent ipse sciebat 

PriUceps. 

Walth. 56. 

Ipse cocus respondens narrât. 

Walth. 445. 
"^ ^ Dixerat et collem petiit mox ipse propinquum. 

WaUh. 638. 

Ipsa metu perculsa sonum prompsit. 

WaUh. 892. 

sextum conscenderat ipse. 

Et primus vallo perrexerat ipsa revulso. 

WaUh. 1496, 1497. 
Scrinia gestantem coinprendens ipse caballum. 

Walth. 4206. 
Jecit Guntherius, volitans quod adhesit in ima 
Waltharii parma, quam mox dum concutit ipse. 

Walth. 1290. 1297. 



— 217 — 

Et jam comprensam sensim substraxerat ipsam. 

Walth. 1317. 

Est gens quae 

Yescitur et crudîs cradior ipsa suis. 

Confl. 413. 114. 



JUGALI. 

absque jugali 

Me vinclo permitte meam ducere vitam. 

Walth. 159, 160. 

Et jogiter maneat divisus sorte jugali. 

Carmen Adalb. 72. 
JUVENTA VIRIDIS. 

En modo dulcis amor, viridisquc juventa, locusque 

Pamph. 675. 

Alpharides frétas pedibus viridique juventa. 

Wallh. 839. 
JURO. 

Juro Deum. 

Pamph. W. 



Lesit, Hesit. 

Spes mea me lesit, pcr spem Venus ossibus hesit. 

Pamph. 45o, 

Leviter. 

Incolumis egro leviter solatia prebet. 

Pamph. 143. 

Nam nuUus leviter invenit indc fidem. 

Pamph. 276. 

Sed reor hoc quod amas leviter depellere curas. 

Pamph. 6^3. 

Quam leviter nostras vincis utrasque manus. 

Pamph. 686. 

13 



— 218 - 

LOCA SOLA. 

Nam sola loca nocent, înfamia nascitur inde. 

Pamph. 225. 

Sollicitatque metus vel per loca tuta fatîgans. 

Walth, 3S0. 

LOCAX, LOQUAX. 

Non pundibunda tegam famam quamcumque locacem. 

Pamph. 607. 

Fama loquax. 

Pamph. 617. 



LUSCE. 



Persius indignans promet tum , lusce sacerdos. 

Carmen Adalb. i83. 

Cur tam prosilias admiror, lusce Sicamber. 

Walth. U35. 



Manere. 

Sepe labore brevi dum manet in dubio. 

Pamph. 434. 

sed manet ipse dolor. 

Pamph. 148. 

nec mea verba manent. 

Pamph. 156. 

Respuerem pro te quicquid in orbe manet. 

Pamph. 172. 

Gratior in mundo te micbi nulla manet. 

Pamph. 180. 

Hoc manet in mundo te non micbi carior uUa. 

Pamph. 199. 

SoUicitus timeo quicquid in orbe manet. 

Pamph. 292. 

Resque laborque meus spe manet in dubia. 

Pamph. 296. 

Non manet hac tante pubes bonitatis in urbe. 

Pamph. 347. 



— 219 — 

Spes procul abscessit et manet ipse dolor. 

Pamph. 456. 

Âst promissa michi res manet in dubio. 

Pamph. 524. 

Mens animusque manet inconstans semper amantum. 

Pamph, 547. 



Mens humana. 



Sic mens humana capta videt laqueos. 

Pamph. 764. 

Mens humana Deo semper vicinavidetur. 

Carmen Adalb. 20i . 



Mercari, 



Convenit exlernos mercari sepe labores. 

Pamph. 315. 

Ecce viam mercor. 

Walth. 662. 



Modo. 



Inquè modo dominam non sinit esse suam. 

Pamph. 58. 

Sed modo dicamus. 

Pamph. 475. 

Nos modo concordes. 

Pamph. i79. 

Tibi plus modo dicere nolo. 

Pamph, 485. 

Sed modo de templo venient. 

Pamph. 24i . 

Nam modo sum dives. 

Pamph. 248. 

Auscultet modo. 

Pamph, 287. 

Nostra modo vanis deducimus otia verbis. 

Pamph. S69. 

Es modo facta mee furtîve conscia mentis. 

Pamph. GOi. 

Hujus et es melior pars modo consilii. 

Pamph. 602. 



I 



— 220 — 

Âut modo Victor eat. 

Pamph. 6i2. 
Quid modo cesso loqui. 

Pamph. 656. 
Ut modo fecit anus. 

Pamph. 694. 
Et modo quid faciam. 

Pamph. 765. 



MULTI MULTA MULTO. 



Sic multi multas multo lemptamine fallunt. 

Pamph. iSl. 



MUNDUS. 



Plurima mundus habet sua que vicinia nescit. 

Pamph. 424. 

Mundus adhuc puero dominum metatur et omnis 
Congaudet. 

Carmen AdaW. 9, 40. 

Prseceptores lios mundus adoret. 

Carmen Adalb. 50. 

Scd sine te vestes, sine te lac mundus haberet. 

Conflictus. 426. 

Hos usus numquid mundus habere ncquit. 

Conflictus. 327. 

Hominum fallentium mundus habet morem, 
Quos magis amplectitur, quibus dat honorem. 
Visio Fulh. 473, 474. 

Si mundus peeuniam totam suam daret. 

Visio Fulb. 247. 



MUSSÂRE. 



Quiddiceremussas? 

Carmen Adalb, 20. 
* Si vel mussantes sentiret vel gradientes. 

Walth.i'iQi. 



— Z^SI — 



IV 



Nequire. 



Nam prodesse nequit arsque laborque meus. 

Pamph. 444. 

Mitte quod esse nequit. 

Pamph. 450. 

Occultare nequit sua lumina maximum ignis. 

Occultare nequit nec sua vota Venus. 

Pamph. 549, 550. 

Nil valet iste labor, quod petis esse nequit. 

Pamph, m . 

Si bella movere nequimus. 

Walth. 16. 

Gui nos similare nequimus. 

Walth. 58. 

Âbstulit iste dies quem nos superare nequimus. 

Walth. 375. 

Que nequeunt fieri spondet fiducia cordis. 

Walth. 1099. 

Excusare nequis quin me tune affore nosses. 

Walth. i^m. 

Âlpharides cernens semet tolerare nequire. 

Waih. 1290. 

nequeunt accedere cominus illi. 

Walth. 1309. 

Quas homo mirari sed numerare nequit. 

Conflit, 207. 

Tristibus et laetis res simul esse nequit. 

Conflit. 535. 

Hos usus numquid mundus babere nequit. 

Conflit. 327. 

Et dum quem nequeunt montem transcendere. 

Conflit. 694. 

Quos plane describere nequeunt scriptores. 

Visio Fulb. 263. 



— 222 — 

NiMis, NiMiuM avec un adjectif. 

Hac manet in villa nimium formosa juventus. 

Pamph, 339. 

Est nimis ille probus. 

Pamph. 349. 

Sed tamen ipsa nimis vera locuta fui. 

Pamph. 356. 

Est nimium locuples. 

Pamph, Sei, 

Ac stupefacta nimis. 

Walth. 543. 

Sara nimis gens cenorum de more petulca. 

Carmen Adalb. 120. 

Sanguine torrentes nimia de csede redundant. 

Carmen AdaW. i2i . 

Laus tua sit multis invidiosa nimis. 

Conflictus i^. 

Morsibus assiduis musca molesta nimis. 

ConflieL 429. 

Per te sum criminibus nimis deformata. 

Visio FuW. 36. 

Tarde nimis invocas nomen tui Dei. 

Visio FuW. 294. 

Nimis, nimium avec un verbe. 

Nec nimium taceas. 

Pamph AO^. 

Hoc nimium caveas. 

Pamph. 415. 

Me subito nimium Deus et fortuna beavit. 

Pamph, 247. 

Nam nimis vereor hue modo ne veniat. 

Pamph. 670. 

Idcircoque nimis princeps dilexerat ambos. 

Walth. 409. 

Prse cunctis temet nimium dilexit amicis. 

Walth. 134. 

NOBIUS ORTUS. 

Dicitur et fateor me nobilioribus orta. 

Pamph. 47. 



— 223 — 

Regibus et Ducibus bona laus est nobilis ortus. 
Carmen Adalber, 23. 

Si sis ortu nobilis et vultu serenus. 

FmoFttto. 321. 

NOMEN. 

Fama tue laudis nomenque tue bonitatis. 

Pamph. 28S. 

Merced is die michi nomen. 

Pamph. 319. 

Etati nostre nomen maie criminis bujus 
Convenil. 

Pamph. 743, 744. 

NOCERE , NOSCERE , NlSCIRE. 

Quidquid nocet aut prodest noscere nescil adhuc. 

Pamph. 202. 

Sic nocet innocuo nocuus causamque nocendi 
Invenit. 

De Lupo et Agno * 15, 16. 

NUNCIA. 

Res est ipsa sue nuncia stultitie. 

Pamph. ^f^'^. 

Et micbi sunt animi nuncia verba tui. 

Pamph. 572. 



O 



Obsequium. 

Nil tam dulce michi quam semper inesse fidelis 
Obsequio domini. 

Walih. 158, 159. 

Cautus ovcm nostrum tradit ad obsequium. 

Confl. 150. 

Ut natura meis te paret obsequiis. 

Confl. 160. 



* Voir aux Preuves. 



i 



— 224 — • 

Obsequii geminum prestitit obsequium. 

Cpnfl. 467. 

Tune aperit proprium quisque per obsequium. 

Confl, 559. 

Officium. 

Hcbus et in muUis ars adjuvat officiumque. 

Pamph. 87. 

Pauper sepe suo pascîtur officio. 

Pamph. 88, 

Officio justa sedatur principis ira. 

Pamph. 89. 

Hoc cxercenti jam dabit officium. 

Pamph. 94. 

Olficiumquc tuum primum si forte récusât. 

Pamph. 95. 

Per me mandavit officiumque tibi. 

Pamph. 164. 
Ilorum quodque suum denegat officium. 

Pamph. 454. 
Qui legit sapit officium muse. 

Carmen Adalbcr. 184. 
Finis et officium sapit. 

Carmen Adalber. 362. 

Quod deest officio, corrigis eloquio. 

Conflidus 162. 
Obsequii geminum prestitit officium. 

Conflidus i67. 
Id peragit iinum noclibus officium. 

Conflidus 489. 

Sedulus officiis dévote gaudia mentis. 

Conflidus 558. 

Ordo. 

Dumque tuum nomen rationis nominal ordo. 

Pamph. 511. 

Omnis veslrarum rerum michi panditurordo. 

Pamph. 551. 

Fratrum Laudunicus ordo. 

Carmen Adalb. 2. 

Ut placet imperio, sic se transformet et ordo. 

Carmen Adatb. 36. 



Deviet ille sacer de sede raonasticus ordo. 

Carmen AdaW. 78. 

Te dominum monachorum bellicus ordo salutat. 

Carmen AdaU). iS7. 

distinctus disponitur ordo supernus. 

Carmen Abalb. 228. 
Quamvis dissimilis pariât nalura val ordo. 

Carmen Adalb. 244. 
Mutantur mores hominum : mutatur et ordo. 

Carmen Adalb, 305. 
Ordo Potentum. 

Carmen AdaW. 371. 
Justitie regimen nosler non audeat ordo 

Linquere. 

Carmen Adalb. 4i3. 

Ordo sacer sancte dépérit ecclesie. 

Confl. 287. 

Tune etiam de quo tibi piaudis laniger ordo , 
Laniger ordo luus cui placet hic habitus. 

Conflictus, 520, 524. 

At pulcher numéro, meritis pulcherrimus ordo 
Patrum. 

Conflictus, 566, 667. 

Qui nulli numéro cœlestis subjacet ordo. 

Confliclus, 602. 

Dicunt quse ratio , quis in his deprenditur ordo. 



Ordine. 



Si mea plaga suos denudet in ordine vultus. 

Pamph. <3. 

Galatea, precor, ordine cuncta refer. 

Pamph. 728. 

Arguor -ex minima , si scires ordine , culpa. 

Pamph. 761. 

Qui mox militiam percensuit ordine totam. 

Walth, 174. 

Talia dicta dédit , causamque ex ordine pandit. 

Wallh. 448. 

Eventum gesta recolebat in ordine causse. 

Walth, iOM. 



1 



Pedes. 



Plaga. 



POLLET 



— 226 — 

Ordme distincto regitur, non milite pauco. 

Carmen AdaU). 197. 
Per Moysen institoit quos ordine rexit. 

Carmen AdaW. 232. 

Res fidei simplex , status est sed in ordine triplex. 

Carmen Adalb. 277. 

Hominem vestre legis 
Audite per ordinem. 

Virgin, fatue, Th. franc. ^ p. 8 *. 



Et modo fertur eques qui solet ire pedes. 

Pamph. 92. 

Desiliens parât ire pedes. 

. Walth. 380. 



Crescit et assidue plaga dolorque michi. 

Pamph. 2. 

Nec sinit aspectus plaga videre suos. 

Pamph, 4. 

Si mea plaga suos dénudet in ordine vultus. 

Pamph. 13. 

Nunc ope plaga caret. 

Pamph. S67. 

Plaga malum sepe parit inconfessa. 

Pamph. 569. 



Pamphilus hac certe pre cunctis pollet in urbe. 

Pamph. 357. 

Quorum rex Gibicho solio poUebat in alto. 

Walth.U. 



* Dans Théâtre français du moyen-âge , p. 6 



— 227 — 

Nobilitate quidem pollens ac stemmate forme. 

Walth, 37. 

Ëxtulit undecimum pollens urbs Spira Tanastum. 

Wallh. lOiO. 

Subjugat et semper sublimi poUet honore. 

Carmen Adalb, 390. 



POTENTES. 



Potes. 



Plebs timet ingenio superari parva potentum. 

Pamph. 535. 

ordo potentum. 

Carmen AdaU), 371. 



Sive potes pulcris pascere pasce jocis. 

Pamph, 100. 
Quod non es simulare potes. 

Pamph. ii9. 

De quibus acta sibi plura referre potes. 

Pamph. 123. 

Ipsa referre potes quîd placet inde tibi. 

Pamph. 212. 

Quantumcumque potes ceptum properato laborem. 

Pamph. 521. 

Hinc decus et magnum crimen habere potes. 

Pamph. 606. 

Non potes ergo tuas bellis exstinguere fiammas. 

Pamph. 633. 

De quibus esse , frui quolibet , ipsa potes. 

Pamph. 650. 

Tum bellare potes. 

WalthaHus. H23. 

Per quam scire potes quœ sunt cœlestia. 

Carmen AdaW. 85. 

Tempora multa potes. 

Con/Uctus. 40. 

Nives assimilare potes. 

Conflictus. 233. 

Hic vivas species dinumerare potes. 

Conflictus 235. 



m 



— 228 — 

Prestare. 

Hoc michi prcslat opus. 

Pamph. 513. 

Hanc michi si dederis , omnia prestiteris. 

Pamph. 314. 

Sed prestat verum. 

Pamph. 422. 

Régis quoque spODsio prœstat. 

Walth. 799. 

Eique locum prœstemus eundi. 

Walth. iUQ. 

Hos in cœlesti prsestet mihi sede videri. 

Walth. UQl. 

Quamlibet eximio prsestarct et arte métallo. 

Walth. d379. 

Prestat presidium , dulce refrigerium. 

Confl. 332. 

Obsequii geminum prestitit officium. 

Confl. 381. 

Nescia molliri pi^statmens dura tyranni. 

Confl. 422. 

PrJlsto. 

En quecumquc velis patiens ad verbera presto. 

Pamph. 703. 

Ejus amore pati toto sum pectore prœsto. 

Walth. 259. 

Pr^stolâri. 

Prœstolatur in hoc veniant ut terapora pacis. 

Carmen Adalb. i± 

PRiEMIA NULLA. 

Premia nulla daret. 

Pamph. 68. 
An querat premia scrmo tuus. 

Pamph. 384. 
Non sic michi premia quero. 

Pamph, 387. 

Acquirit gemitus premia nulla tuus. 

Pamph. 464. 

Cum dolor ad dominum premia nulla refert. 

Pamph. 770. 



— 229 — 

Probare, Probari. 

Hoc utrumque probat par copia , 
Famaque si sciret ipsa probaret idem. 

Pamph. 397. 398. 

Inter qaas gens Pannonie residere probatar. 

Walth, 4. 

Geltica lingua probat te ex illa gente creatum. 

WaUh. 76o. 
Quis tam desipiens quandoque fuisse probatur. 

Walth. 4100. 

Urbs excelsa Dei quae sit dixisse probatur. 

Carmen Adalb. ^iQ. 

Te pecoris bruti partem satis esse probasti. 

Conflictus. 28. 

Multis rationibus potest hoc probari. 

Visio Fulb, 192. 

Proferre. 

Et verum protulit illa. 

Pamph. 495. 

Proférât bis rébus quicquid obesse potest. 

Pamph. 610. 

Septenas liceat laudes proferre per horas. 

Carmen Adalb. 422. 

Waltharius contra fidenter protulit ista. 

Walth. 604. 

Principibus narrât quid protulit. 

Watlh. 616. 

Protulit ad lucem. 

Walth. 847. 

Illud Helisabet in médium 
De domino profert eloquium. 

Virg. Fatue, p. 8 du Th. franc. 

Gui dedisti gaudium 
Profert et testimonium. 

Virg. Fatue, p. 8 du Th franc. 

Nam verba que protulit fuerunt perita. 

Viùo Fulberti. 4. 

Promere. 

Non sinit interdum pudor illi promere votum. 

Pamph. 111. 

15- 



— 230 — 

Latior in médium prompsit de peciore verbum. 

Walth, 465. 

sed promere non trepidamus. 

Walth, 496. 

Tune aciem gladii promens. 

Walth. 729. 

Ipsa metu perculsa sonum prompsit muliebrem. 

Walth, 892. 

Quo recidente preces contempsit promere Trogus. 

Walth. d054. 

Persius indignans promet tum : Lusce sacerdos. 

Carmen Abalb. 483. 

Atque decem plagas promerent validas. 

Confl. 423. 

Promat cliorus hodie, 

concio, 
Canticum letitie. 

Ms. du xii^ siècle. 

Quas depromit 

Lamentando mesti cordis caritas. 

Chant funéraire sur Constance , 
écolâtre de Luxeuil. 

Postquam taies anima prompserat mœrores. 

VimFuW, 261. 



Proprius. 



Que Marcum proprio vinceret alloquio. 

Pamph. 724. 

Et non pauperiem propriam perpendere cures. 

Walth. 437. 

Virgineamque manum propria constrinxit. 

Walth. 226. 

Ut proprium quereretur forte dolorem. 

Walth. 364. 

Qui quamvis cuperet proprias ostendere vires. 

Wialth. 440. 

lllic Waltharius propria virtute coruscus. 

Walth. 525. 

Et proprium a summo clypeum fidit. 

Walth. i034. 



— 231 — 

. . replicavil honorem 



Virtutis proprie. 

Walih. 109M096. 

Propriusque dolor succumbit honori 
Régis. 

Walth. 1109. 

Protinus. 

Et me continget protinus inde mori. 

Pamph. 20. 

Detrahe ligna foco , protinus ignis abest. 

Pamph. 262. 

Protinus absistunt. 

Walth. 1241. 

Protinus abjecit. 

Walth. 1380. 

Prudentia. 

Gunctarum rerum prudentia discitur usa. 

Pamph. 207. 

Principium finemque simul prudentia spectat. 

Pamph. 33S. 

Temperet ergo tuum modus et prudentia fletum. 

Pamph. 46S. 

Convenit ad nostros modus et prudentia fletus. 

Pamph, 773. 



Q 



QUEO. 



Tela nec inde queo vi removere mea. 

Pamph. 42. 
Sed quod habere queo , quero labore meo. 

Pamph. S2. 

Et portum quero nec reperire queo. 

Pamph. 150. 

Ut sine matre queat vitam retinere teneliam. 

Walth, 30. 



i 



— 232 — 

Ëxperiens finis si fors queat sequiparari 
Principio. 

Walth. 4234. 

Quis queat in quantas rapieris dicere pœnas. 

Confl, 35. 

Regum divitias sequiparare queas. 

Confl. 237. 
Quis numerare queat commoda quanta ferat. 

Confl. 263. 

Multa queunt dici strepitu majora minori. 

Confl, 263. 



Ratio, Ratione. 

Non tamen incipies hac ratione loqui. 

Pamph. 433. 

Dumque tuum nomen rationis nominal ordo. 

Pamph. 541. 

Et citius mecum Ratio compesceret illum , 
Gum Ratione nichii diceret ille michi. 

Pamph. 643-614. 

Aut modo sim liber, aut ratione reus. 

Pamphilus. 706. 

Quœ ratione velis me satis expediam. 

Pamph. 742. 

Idcircoque meam perpendite nunc rationem. 

Walth. 130. 

Guntharius princeps est hac ratione superbus ; 
Congaudete , etc. 

Walth. 469, 470. 

Sit tamen hoc preesubtili ratione cavendum. 

Carmen Adalb. 45. 

ratione potentes. 

Carmen AdaW. 365. 

iEstimo quod tetigi , non .a ratione recessi. 

Carmen Adalb. 382, 

Quœ poscat ratio non penitus video. 

Confl. 209, 



I 



— 233 — 

Dicunt que ratio , etc. 

Confl. 692. 

Venit sponsus divina Ratio. 

Mss. du xie siècle. 

Multis ration i bus potest hoc probari. 

Visio Fulb, 192. 

Jura clamant, Ratio pariter testatur. 

Visio Fulb. 194. 
Ab eo vult ratio quod plus exigatur. 

Visio Fulb. 196. 

Corpus , tua qusestio caret ratione. 

Visio Fulb. 241 . 

Recuso. 

Solos simul esse recuso. 

Pamph. 224. 

Redundare. 

De quibus electis villa redundat ibi. 

Pamph. 168. 

Sanguine torrentes nimia de cœde redundant. 

Carmen Adalb, 129. 

Remeare. 

Gum remeabit anus. 
• Pamph, 721 . 

Requiro. 

supplex mea vota requiro. 

Pamph, 679. 

Si bene res verganl tum demum forte requirunt. 

Walth. 218. 

Restiti. 

Turgida cum primum restitit unda rati. 

Pamph. 80. 

In rébus illicitis et non restitisti. 

Visio FuVb. 203. 

Meis blanditiis minus restitisti. 

Visio Fulb. \^h. 

RUSTICA, RUSTICITAS. 

Hic venit a sola ruslicitale pudor. 

Pamph, 380. 




— 234 — 

Non michi rusticitas. 

Pamph, 384. 

Haie nisi parueris rastica semper eris. 

Pamph. Ail. 

Rusticus ille , piger, deformîs et undiqae tarpis. 

Carm, Adalb. 37. 

Hic saa per geroinas dam fundit pallia caudas 
Rusticas est nisi sit discolor hec alii. 

Co»/ïic«. 487, 488. 

Nam quae non pallet, sibi rastica qaaeque videtur. 
Saint Amelme ("de Contemptu mundij. 

SâLUS. 

Salutis opem nec medicina dabit. 

Pamph, 6. 

Si nunquam qaerat plaga salutis opem. 

Pamph. 48. 
Nescia nostra suam quo querat cura salutem. 

Pamph. 4I>9. 

causa salutis. 

Pamph. 464. 

gratior ipsa salas. 

Pamph. 482. 

Sapere. 

Usus et ars docuit quod sapit omnis homo. 

Pamph. 208. 

Hec eadem velles tu bene si saperes. 

Pamph. 364. 

Alphabetum sapiat digito tantum numerare. 

Carm. AdaW. 49. 

Qui legit sapit offîcium muse, sine musis. 

Carm. AdaW. 484. 
Finis et officium sapit. 

Carm. AdaW. 362. 

Si sapias, gaude quod vel ad ista places. 

Confl. 22. 

Si recte saperes consumi sponte negares. 

Confl. 34. 

Nosquoque, si sapias, participare sinas. 

Confl. 267. 



— 235 — 

Dli «luid sa{»iaL 

Confl. 649. 

Sapiens, Sapientu, Sapiexter. 

Tempore non longo loquitar sapientia sardo. 

Pamph. 183. 

sapiensqae nocentia vitat 

Pamph. 279. 

Stultitie sapiens jure resistit homo. 

Pamph. 346. 

Sapientios accipe verbom. 

Pamph. 449. 

Non sapienter amatis. 

Pamph. 553. 

Ut graviter doleat non pertinet ad sapientem. 

Pamph. 769. 

Sat, Satis. 

Hoc concedo satis. 



Pamph. 217. 
Pamph. S8â. 
Pamph. 301. 



Apta minlstra satis. 

Est satis iile probos. 

Hoc satis esse potest. 

Pamph. dQi. 

Est utriusque satis nota propago mictii. 

Pamph. 394. 

Nam cognosco satis quod non sapienter amatis. 

Pamph. 569. 

Qua ratione velis me satis expediam. 

Pamph. 742. 

Insidiîsque locum circumspexere sat aptum. 

Walth. 1128 

tamen arma videbas 

Nota satis. 

WaUh. 1271. 

Abstulit banc Hagano sat Isetus. 

Walth. 1382. 

Galcatisque satis bsec pede sternit ovis 
Jam satis attritis . . . incubât herbis. 

Confi. 8, 9. 



é 



— 236 — 

Te pecoris bruti partem satis esse probasti. 

Confl. 23. 

Inter dura satis esse meretur ovis. 

Confl. 333. 

Nuncjacesin lumulo breviore satis. 

Visio Fulb. 28. 

Salis liquet omnibus quod plus deliquisti. 

Visio Fulb, 204. 



Satrapa. 



SiBl. 



Nec tardant reliqui satrapse vestigia adiré. 

Walth, 43. 

Elige de satrapis nuptam tibi Pannoniorum. 

Walth. 436. 

Venerat interea satrapse (Attila). 

Walih. 170. 



Et famulos famulasque domus sibi sepe loquentes. 

Pamph. 12S. 

Mentis in afifeclu sibi dicere plura notavi. 

Pamph. 159. 

Et sibi consilium notificabo meum. 

Pamph. 284. 

Et merito nullus invidet inde sibi. 

Pamph. 360. 

michi consule quid sibi dicam. 

Pamph. 427. 

Tamen sibi, posco, révéla. 

Pamph. 435. 

A te missa sibi dicere verba rogat. 

Pamph. MO. 

pueriliter ille laborat 

Nam sibi durus ager semina dura refert. 

Pamph. 559, 560. 

Ut promisisti sibi non medicina fuisti. 

Pamph. 565. 

cui princeps talia pandit 

Uxorem suadens sibi ducerc. 

Walih. 143. 



ï 



— 237 — 

SiMILARE. 

Fabula non similat verum. 

Car m. Adalb,^\. 

Gui DOS similare nequimus. 

Walth. 58. 

Est aliquid porro cur se similaverit agno. 

Confl. 636. 

Nives assimilare potes. 

Confl. 233. 

SiNO. 

Nec sinit aspectus plaga videre suos. 

Pamph. 4. 

Inque modo dominam non sinit esse suam. 

Pamph. S8. 

Non sinit interdum pudor illi promere votum. 

Pamph, m. 

Propositumque suo non sinit esse loco. 

Pamph. 278. 

Que se, cum sit domina, non sinit anciilari. 

Visio FuU). 122. 

Si sciret. 

Famaque si sciret. 

Pamph. 898. 

Arguor ex minima , si scires ordine , culpa. 

Pamph. 75i. 
Si scires supplicia nobis preparata. 

Visio Fulb.SS. 

SOCIABUS. 

Sociabus pulcrior ipsa. 

Pamph. 395. 

SOLERE. 

parcior esse solet. 

Pamph. 22. 

Nam solet amoto plus ledere proximus ignis. 

Pamph. 37. 
Qui solet ire pedes. 

Pamph. 92. 
Qui flere solebat egenus. 

Pamph. 91. 



# 



— 238 — 

In quibus esse solet. 

Pamph. iOO. 

Sepe solet similis filius esse patri. 

Pamph. 3S2. 

Vos quoque tectus amor sepe gravare solet. 

Pamph. 570. 
Gum mercede labor gratior esse solet. 

Pamph. 562. 

Ledere flamma solet. 

Pamph. 589. 

SOLLERS. 

et quid . 

Jam faceret sollers arguta indagine quserit. 

Walth. id39. 

Sollers obliqui delusit tegmine scuti. . 

Walth. i^i. 

Hic sapiens , hic est sollers. 

Carm. Adalb. 89. 

Omnibus in rébus si sollers omnia scirem. 

Carm. Adalb. ilQ. 

Nam labor humanus , sollers , ad lucra paratus 

Cm fi. 63. 

Mille meas vires perpendens Flandria sollers. 

Confi. ii5. 

SOLLERTIA. 

Exiguo pulchram ducit soUertia vitam. 

Pamph. 117. 

Hinc precor ut vigilet solertia vestra laborque 
Et ratione sua rem bene provideat. 

Pamph. 333, 334. 

Ut pia promissis matrum soUertia vanis. 

Pamph. 487. 

Si vos nostra simul solercia collocet ambos. 

Pamph. 545. 

Provideat caveatquc, precor, soUertia régis 
Ne vestri imperii labatur forte columna. 

Walth. 125, 126 

Deputet id precio cujus soUertia digno. 

Confi. 284. 



— 239 — 

Pncierei qiîcqaid soUeità i^nu lYliqaiu 



SOPHARIS. 

Vim juins exerces, o Walthave . p<^iie sopharis. 

WaUh. iS^. 

SOPHISTA. 

Robore vincebant fortes animoque sophista& 

WaUh, 104. 

Spes. 

Perdet et ipsa sue fortassis spes medicinc* 

Pamph. 18. 
Spes reficit dominum. 

Pamph, 46. 
Spe melins dédit et dabit omnia tempus. 

Pamph. 139. 
Spes fuit omnis in illa. 

Pamph, 147. 
Spes mea discessit. 

Pamph. 148. 
Mea spes nunc speclat ad illam. 

Pamph. 151. 

Frastratur spesque laborque meus. . 

Pamph. 441. 

Spes mea tota périt. 

Pamph. 472. 

Sorte sub ambigua spes et labor omnis babetur. * 

Pamph. 508. 

Grcscit principio spes magis ipsa suo. 

Pamph. 509. 

Lcta tamen misère spes michi nulla vonit. 

Pamph. 773. 

Spondebant. 

Hi michi spondebant summa cum dote puellam 

Pamph. 169. 

Que nequcant fieri spondet fiducia cordis. 

Walth. 1099. 

Mittere perplures quam frondes Asia spondet. 

Carm. AdaW. 161. 




— 240 — 

Gum sibi jam telas spondet anus dubias. 

Confl, 2. 

Stemma. 

Stemmata nobilium descendunt sanguine Regum. 

Carmen Adalb. 22. 

Nobilitate quidem pollens ac stemmate forme. 

Walth. 37. 

Studiosus. 

vinces studiosus amicam. 

Pamph. m» 
Si studiosus eam. . . frequentem. 

Pamph» 255. 

Ars hominis . . . studiosa. 

Pamph, 469. 

Ars tanti nec studiosa mali. 

Pamph. 745. 



Temptare, Temptamen. 

Tune illaro multo temptamine sepe fatiga. 

Pamph. 13i. 

Sic multi multas multo temptamine fallunt. 

Pamph. i87. 

Illum sepe prius multo temptamipe tempta. 

Pamph. 437. 

Has de corde meo temptavi demore flammas. 

Pamph. 59. 

Excutiens dorsum , sessorem sternere temptat 

Walth. 678. 

Si convincar quod prselia primus 
Temptarim. 

Walth. 10% lOS. 

Quartus temptavit bellum. 

Walth. 757. 

Attemptabo quidem quid sit. 

Walth. 770. 



— 241 — 

Nequicquam temptare fugam. 

Walth. i024. 

Qui saltu baratrum sponte attemplarit apenum. 

Walth. liOi. 

Sic aliqoid virtutis opus temptare valemus. 

Walth. ii^\, 

Versibus exigais tantum temptabo dolorem. 

Carm. Adalb. 32. 

Nullus episcopium divina lege peritus 
Temptet. 

Camun. Adalb. 46, 47. 

Uxores ducant et prselia temptent. 

Carm. Adalb. 79. 
Hoc itidem Martis temptabitur ante Kalendas. 

Carm. Adalb. 155. 

Tergere. 

Terge tuas lacrymas. 

Pamph. 466. 

Nec mala compuncto tergeret ex animo. 

Confl. 681. 

Triucem. 

In primis galeam régis tunicamque trilicem. 

Walth. 263. 

Insuper apponas tibi loricamque trilicem. 
Carmen Adalb. 137. 



U 



Ulterius. 

Ulterius mecum non te locus iste tenebit. 

Pamph. 693. 
Ut non ulterius me cogas sumere tœdas. 

Walth. 167. 
NuUius ulterius patiar consortia carnis. 

Walth. 547. 
Si vis ulterius vitam vel habere salutem. 

Walth. 648. 



— 242 — 

Non silet ulterius. 

Confl. 14 

Ulterius noli multiplicare loqui. 

Cmfl. 30. 

Si jubeo penitus non erit ulterius. 

Confl. 251. 

nie Dei populus non tenet ulterius. 

Confl. 593. 

Yobis enim nil erit melius 
Dare preces pro hoc ulterius. 
Virgines fatue , p. 5 du Th. franc. 

Non est spes ulterius de redemptione. 

Visio FuWerti , 243. 



Valere. 

Nil valet iste labor. 

Pamph. 682. 

Equari verbis non valet hoc meritum. 

Pamph. 229. 

Narraret nuUus quantum Veneris valet usus. 

Pamph. 411. 

Si aliquid virtutis opus tentare valemus. 

Walth. ii^i. 
Quod si de exilio redeuntem nosse valeres. 

Walth. 1245. 

habituque virum rescire valebas. 

Walth. 1271. 

Gujus defensu causam supplere valeret. 

Walth. 1312. 

Velle meum, tuum. 

Hinc ideo metuo dicere velle meum. 

Pamph. 48. 

Quam dicat de me fac modo velle tuum . 

Pamph. 114. 



— 243 — 

Nesciat esse tuum pauperiemque tuam. 

Pamph. UQ. 

An faciat vel non, nescia, velle tuum. 

Pamph, iSO. 
Velle meum metuo tibi secretumque fateri. 

Pamph. 430. 
Velle meum dixi sed non tamen ipse rogavit. 

Pamph. 364. 

Nostrum velle tua faciet , credas , Galalea. 

Pamph. 485. 
Veram velle meum solis bis sestuo rébus. 

Walth. 258. 
Scire meum nihil est. 

Carmen Adalb. 200. 



Vereor. 



Tu monstrare tuosanimos nulli verearis. 

Pamph. 73. 
Nam nimis vereor bue modo ne veniat. 

Pamph. 670. 
Nam vereor ne fors fugiens Haganonem imitetur. 

Walth. 129. 

Francorum vereor, Haganone superstite , nullum. 

Walth. i^^i. 
Hic maie turbatur qui non sua verba veretur. 

Carmen Adalb. 388. 
Nonne te provincia tota verebatur. 

Vùio FuW. 22. 

Vestra pour TUA. Voir Gratu. 

Quam falli vestro non decet ingenio. 

Pamph. 190. 

Ne vestri imperii labatur forte columna. 

Walth. 126. 

Vestra quldem pietas est. 

Walth. 146. 

En bodie imperii vestri cecidisse columna. 

Walth. 376. 

Excipiar solus vestra cum pace. 

Carmen Adalb. 421. 



i 



— 244 — 

ViCINIA. 

Piurima mundus habet sua que vicinia nescit. 

Pamph. 12i. 

Nostras audit vicinia liles. 

Pamph. 691. 

ViCISSIM. 

Référant de te bona mulla vicissim. 

Pamph. 127. 

dicamus cordis sécréta vicissim. 

Pamph. 173. 

darc verba vicissim . 

Pamph. 209. 



Toulouse , Imp. Louis et Jean-Matthieu Donladoure. 



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